Spiritueux et parfums : deux arts de la distillation

L’univers de la parfumerie puise depuis toujours son inspiration dans des domaines sensoriels adjacents. Parmi eux, les spiritueux occupent une place singulière, offrant aux parfumeurs une palette aromatique riche, complexe et évocatrice. Du cognac au whisky, en passant par le rhum et les liqueurs, ces boissons nobles partagent avec la parfumerie bien plus qu’une simple proximité sémantique : elles relèvent d’un même art de la transformation, de la maturation et de l’assemblage. Cette convergence, à la fois technique, sensorielle et symbolique, a donné naissance à des créations olfactives audacieuses qui redéfinissent les frontières entre ces deux univers.

Une parenté technique et sensorielle fondamentale

Des procédés de fabrication communs

La relation entre spiritueux et parfums ne relève pas du simple emprunt créatif : elle s’ancre dans des processus de fabrication étonnamment similaires. Les spiritueux et les parfums partagent des procédés de fabrication communs comme la distillation, la macération ou l’infusion.

La distillation, procédé ancestral mis en pratique dès l’Antiquité et perfectionné dans la civilisation arabe à partir du VIIIe siècle, demeure aujourd’hui une technique majeure de la parfumerie traditionnelle . L’alambic, dont le nom provient de l’arabe « al ‘inbïq » (lui-même issu du grec « ambix » signifiant « vase »), constitue l’outil central de cette technique dans les deux industries.

Le terme « spiritueux » lui-même provient du latin « spiritus » qui correspond à la distillation et faisait initialement référence à l’âme de la boisson alcoolisée. Les premières boissons alcoolisées seraient apparues en Chine 7 000 ans avant J.-C., témoignant de l’ancienneté de cet art de la transformation.

Une richesse aromatique partagée

Cette proximité technique se double d’une parenté sensorielle profonde. Le vieillissement en fûts de chêne, commun à de nombreux spiritueux, génère des molécules aromatiques (lactones, vanilline, eugénol) que l’on retrouve dans la palette du parfumeur. Les spiritueux développent lors de leur élaboration des notes boisées, vanillées, épicées et fruitées qui constituent autant de territoires olfactifs exploitables en parfumerie.

Les spiritueux sont utilisés en complément des notes parfumées afin de mieux assimiler l’assemblage et l’équilibre des notes. Les parfumeurs les utilisent également pour leur caractère chaud et envoûtant, leurs propriétés olfactives uniques ajoutant une nuance épicée, boisée et chaleureuse aux parfums, créant ainsi une composition plus captivante .

Les spiritueux comme matières premières olfactives

Le cognac : richesse et complexité orientale

Le cognac, eau-de-vie de vin produite en France dans la région éponyme, possède une histoire intimement liée à la distillation. Sa création remonte au XVe siècle, lorsque le vin de Charentes était distillé pour préserver sa qualité lors du transport à travers l’Europe vers les contrées nordiques. Cela donnera un « vin brûlé » apprécié par les Hollandais qui lui donnent le nom « brandewijn », qui deviendra « brandy » en territoire britannique .

Le cognac s’obtient à partir de raisins provenant de cépages blancs tels que l’ugni blanc, la folle-blanche, le colombard et le folignan. Après récolte et pressage des grappes, le moût formé est mis à fermenter. Après sept jours de repos, le breuvage est distillé deux fois et vieilli en fûts de chêne pendant une durée minimale de deux ans .

En parfumerie, l’huile essentielle de cognac est extraite de la lie de vin de cognac par hydrodistillation. Le cognac apporte au parfum des notes suaves et sulfureuses. Il fait partie de la famille des matières premières orientales car il se distingue par des notes vanillées. Il contient également des notes jasminées et de fruits confits, .

Le cognac déploie des arômes avec des facettes fruitées (raisin, prune), boisées (chêne), mais aussi des nuances de fruits secs, de cuir et d’épices.

Le whisky : puissance tourbée et malté

Le whisky est une eau-de-vie fabriquée à partir de céréales maltées, comme le maïs, l’orge, le blé ou le seigle. Son origine fait l’objet d’une dispute historique : les Écossais et les Irlandais se disputent l’origine de cette boisson, chacun affirmant en être le pays de naissance. Lorsque les Écossais se reposent sur des écrits pour prouver leur antériorité, les Irlandais l’expliquent par l’histoire des conquêtes historiques

En parfumerie, on utilise généralement du whisky pure malt, c’est-à-dire un alcool élaboré exclusivement à partir d’orge maltée. Il faut procéder à la distillation de l’alcool pour obtenir une essence à la senteur complexe et racée

Le whisky fait partie de la famille boisée. Il confère au parfum des notes tourbées et boisées, mais évoque aussi la fleur fraîche, les fruits secs, le miel, la bruyère, le caramel, le foin, l’orge fumé, et même parfois les agrumes, la framboise et l’herbe fraîchement coupée

Son parfum déploie des nuances boisées et tourbées, avec des accents de fleurs fraîches et d’herbe coupée. Il évoque également des aspects plus gourmands de miel, de fruits secs et parfois des fruits rouges et des agrumes .

Le rhum : gourmandise tropicale et épicée

Le rhum est une eau-de-vie originaire d’Amérique centrale qui trouve ses origines en Amérique. Des rhumeries auraient existé à la Barbade dès 1688. Le rhum est produit par distillation de la canne à sucre. Après fermentation, broyage et distillation, le rhum peut être mis en vieillissement pour en obtenir de différentes qualités.

Originaire d’Amérique, le rhum développe une complexité aromatique rare au très grand potentiel, bien qu’encore peu utilisé en parfumerie. Après une extraction aux solvants volatils, le rhum peut être incorporé aux compositions pour leur apporter des nuances gourmandes de noisette, de vanille ou de miel. Nous pouvons y décèler également des tonalités épicées de gingembre et de cannelle et parfois même un aspect de cuir brûlé qui le rend très suave.

En parfumerie, le rhum est utilisé naturellement après extraction. Le rhum fait partie de la famille olfactive gourmande. Il possède des notes noisette, vanille, miel, gingembre, cannelle ou encore de cuir bruni qui subliment merveilleusement les fragrances orientales ou boisées.

Quel que soit sa variété, le rhum exhale des arômes puissants qui s’associent avec tous les types d’ingrédients ou presque. Le rhum s’associe avec des fleurs comme la rose ou la violette, mais on le découvre également accompagné de musc blanc, de bois de cèdre, de vanille, de poivre ou d’absinthe.

L’absinthe : fraîcheur aromatique et excentrique

Cette plante aromatique, originaire d’Europe et de Russie, est pourvue d’un large rhizome et de feuilles vertes. Découverte par les Égyptiens en 1600 av. J.-C., la culture de l’absinthe se pratique dans les régions montagneuses, sèches et ensoleillées. Après macération, distillation, coloration, blanchiment, collage et vieillissement, la liqueur d’absinthe est prête.

En parfumerie, l’huile essentielle d’absinthe est obtenue par hydrodistillation. L’absinthe fait partie de la famille olfactive aromatique. Elle dégage des notes fraîches, anisées, mentholées, amères et légèrement boisées. Cela donne au parfum un côté excentrique et dynamique .

Obtenue par la distillation des feuilles et des tiges, son parfum est très aérien et aromatique. Il apporte beaucoup de dynamisme, de légèreté mais également des facettes plus florales et des notes presque mentholées.

Le champagne : effervescence festive

Le champagne est un vin effervescent produit en France. Le nom champagne trouve son origine dans les terres qui le cultivent. Les terres de champagne situées dans le Nord-Est de la France produisent depuis le IIIe siècle après J.-C. ce vin luxueux et joyeux. Cependant, la première maison de Champagne n’est créée qu’en 1729 .

Boisson de fête par excellence, le champagne émoustille les papilles par son effervescence. Il est possible d’obtenir une huile essentielle en distillant la lie de vin de champagne. Mais la plupart des parfumeurs reproduisent son accord pétillant en associant plusieurs matières premières comme l’ambrette, le genièvre ou des molécules de lactones .

Majoritairement, nous retrouvons en parfumerie des accords champagne reconstitués à l’aide de matières premières telles que l’ambrette, le davana, l’huile essentielle de genièvre et les lactones fruitées. Le champagne fait partie des notes fruitées et offre une myriade de notes subtiles et mystérieuses grâce à ses facettes réglisse, sous-bois, caramel, champignons, fruits rouges, pain d’épices, noix, hespéridées, miellées, amandées et vertes).

La vodka : fraîcheur aromatique et tonique

La vodka, obtenue à partir de la distillation fractionnée de seigle, de céréales et de pommes de terre, apparaît au XVIIIe siècle en Russie. Elle peut être aromatisée pour donner du goût et casser le côté brut de cet alcool blanc : le piment, les noix de cèdres, les orties, les airelles, les baies de sorbier, le bouleau, le poivre et l’herbe aux bisons peuvent parfumer cette eau-de-vie .

En parfumerie, la vodka est reconstituée sous forme d’accord, faisant partie de la famille aromatique-épicée. Ses notes vertes, épicées, aromatiques, parfois boisées ou fruitées subliment le parfum de fraîcheur et de tonicité .

La lie de vin : sensualité et chaleur

La lie de vin est le dépôt organique composé de tartre et de levure qui est formé au fond des cuves lors de l’embouteillage du vin. Les huiles essentielles de lie de vin blanche ou verte, de cognac ou de brandy, sont toutes extraites par hydrodistillation de la lie. Il existe une multitude de vins et spiritueux, ce qui donne plusieurs types d’huiles essentielles de lie de vin. Les notes lie de vin procurent au parfum une certaine note alcoolisée fruitée sensuelle et chaude.

Évolution historique : de la confidentialité à l’audace

Une présence discrète jusqu’aux années 1990

Malgré la diversité et la richesse des nuances des notes alcoolisées, ces facettes olfactives sont restées peu utilisées dans la parfumerie pendant longtemps. Toutefois, elles commencent à s’intégrer franchement à des compositions audacieuses ou à se dévoiler plus timidement pour sublimer certains accords .

Le tournant des années 1990-2000

La vague gourmande des années 1990 contribuera à pousser les notes alcoolisées sur le devant de la scène. D’une saveur à une autre, il n’y a qu’un pas. Mais c’est surtout l’avènement de la parfumerie de niche qui favorisera l’utilisation de ces ingrédients enivrants dès les années 2000;

Les années 1980 avaient vu le bourbon tomber en désuétude au point de déserter le marché américain, ne devant sa survie qu’aux consommateurs japonais qui en raffolent. Mais cet univers doit tout à la nouvelle génération, dont le plaisir expert et contemplatif de la dégustation de spiritueux les a ramenés sous les projecteurs .

L’essor de la parfumerie de niche

La parfumerie de niche tout particulièrement embrasse cette vague, les accords ambrés, orientaux et tabac se mariant particulièrement bien aux notes liquoreuses. Celles-ci offrent une large palette de nuances, tour à tour sombres, denses, piquantes, voire astringentes, renouvelant ainsi le terrain de jeu créatif .

Les parfumeurs osent désormais dévoiler des nuances liquoreuses, astringentes voire pétillantes. Comme on déguste un bon cru ou un verre de brandy, les parfums cherchent à mettre des arômes plein les narines. Les senteurs tourbées, la puissance des effluves maltés ou les arômes de fût de chêne deviennent alors de réelles sources d’inspiration pour les nez

La traduction olfactive : entre reconstitution et évocation

Une approche narrative plutôt que figurative

Les parfumeurs ne cherchent généralement pas à reproduire fidèlement l’odeur d’un spiritueux, mais plutôt à en capter l’esprit, l’ambiance, l’émotion. Il ne s’agit pas de reproduire l’odeur exacte du vin ou du spiritueux, mais d’en capturer l’essence, l’atmosphère, les émotions qu’ils évoquent .

Ces ingrédients peu communs évoquent à la fois la fraîcheur désaltérante de l’alcool, comme un shot de vivacité, mais également le côté plus rond et gourmand d’une dégustation aux mille saveurs .

Les outils du parfumeur

Pour y parvenir, les parfumeurs utilisent diverses matières premières. Dans la palette du parfumeur: différents types de matières premières alcoolisées qui peuvent être intégrées pour sublimer des accords, tantôt ronds, amers ou sirupeux .

Les méthodes incluent :

  • Absolus et extraits naturels : absolu de cognac obtenu par hydrodistillation de la lie, extrait de davana (aux facettes rhum-abricot), absolu de figue (évoquant le vin rouge)
  • Molécules de synthèse : héliotropine (amande amère, amaretto), vanilline (rhum vieilli, bourbon), whisky lactone (notes lactées du whisky)
  • Accords complexes : assemblages de notes boisées (chêne, cèdre), épicées (cannelle, muscade), fruitées (prune, raisin) et balsamiques (vanille, benjoin)

Fonctions olfactives et polyvalence

Une adaptabilité remarquable

Les notes alcoolisées possèdent la particularité de pouvoir se marier avec un grand nombre de créations. Dans les jus frais et floraux, elles apportent de la rondeur, de la puissance et du relief. Dans les accords orientaux, ces notes se dévoilent en subtilité pour souligner des nuances ambrées, épicées et vanillées. Elles permettent de rendre une fragrance encore plus « veloutée » et mystérieuse;

L’avis des professionnels

Selon Jean Jacques, parfumeur de la Maison Caron : « Le cognac, le whisky ou autres alcools dits ‘forts’ offrent des accents boisés, sirupeux, ambrés, tourbés ou vanillés qui se marient avec de nombreuses notes du répertoire classique. Ce sont des notes très figuratives avec un fort impact sensoriel.

Innovations techniques : l’alcool devient matière première active

La révolution Scents of Wood

L’innovation la plus remarquable dans ce domaine vient de la marque Scents of Wood, qui a développé une approche inédite : faire vieillir des parfums dans des fûts de bois destinés aux liqueurs. La marque a déniché des fûts de chêne, d’érable et d’autres bois destinés à la maturation du bourbon ou de l’armagnac pour faire macérer l’alcool de ses parfums. En somme, la marque remplace l’éthanol traditionnel, inodore, par un spiritueux qui vient bonifier les fragrances imaginées par les parfumeurs .

Chaque parfum utilise un alcool de canne bio vieilli dans un tonneau en bois qui avait souvent été utilisé pour infuser d’autres substances nobles : whisky ou cognac de luxe, sirop d’érable. Ce procédé unique et révolutionnaire assure une senteur impossible à reproduire .

Ces fûts anciens et neufs provenant du Kentucky, de l’Écosse ou de Cognac sont sélectionnés avec soin. Chaque tonneau, par son essence et son histoire, influence l’alcool qu’il accueille. Ce vieillissement, d’ordinaire réservé aux spiritueux, confère à l’alcool des nuances riches, boisées, parfois fumées ou résineuses. Une fois intégré à la composition, cet alcool vieilli devient une véritable couche olfactive, renforçant la profondeur et la singularité des parfums .

Cela donne des créations aux noms évocateurs tels que « Plum in Cognac » ou « Oud in Bourbon », conçues en partenariat avec IFF .

Le précédent Mugler

L’idée n’est pas totalement neuve et avait été adoptée par Mugler avec les « Liqueurs de parfums ». Le principe différait : les parfums eux-mêmes étaient sublimés dans des fûts de chêne ou de merisier. Huit semaines de contact avec le bois leur donnaient des tonalités de rhum, de whisky ou de cognac.

L’approche Nicolas Juhlès

Nicolas Juhlès a mis son savoir-faire en matière de spiritueux au service d’une nouvelle dimension du parfum, reconnectant le monde de la parfumerie à celui de l’artisanat. « L’alcool vit, se tend, s’oxygène, se manipule… » explique-t-il. Pour chaque parfum, il a façonné un alcool sur-mesure, riche de toute sa maîtrise technique.

Pour C1, il a travaillé sur des distillats de fermentation de canne à sucre. L’alcool est vieilli en barrique, alors que pour J1 et ses baies de genièvres, il utilise des dames-jeannes en verre. Enfin, pour sublimer les notes d’érables d’une bougie parfumée créée par Annick Ménardo, il crée un distillat de poire « qui amène une sorte d’intensité subtile et vient complètement réinterpréter le concentré ». C’est en somme une partition à quatre mains qui s’écrit ici, entre le parfumeur et le distillateur .

L’inspiration dans l’autre sens

L’univers des spiritueux s’inspire lui aussi des parfums pour se réinventer. Par exemple, 44 N°Gin allie des méthodes de distillation modernes à des techniques d’extraction inspirées du milieu de la parfumerie. Ainsi, il est « le premier gin distillé sur la Côte d’Azur, inspiré par l’art des maîtres parfumeurs de Grasse ».

Créations emblématiques et références notables

L’héritage Kilian Hennessy : Angels’ Share et sa collectionLe roi en la matière, héritage oblige, est sans nul doute Kilian Hennessy et sa collection « Les Liqueurs » au sein de la marque Kilian. Les notes de spiritueux y tiennent le rôle principal, d’Angels Share et son essence de cognac à Roses on Ice et ses notes de gin.

Kilian Hennessy et sa collection « Les Liqueurs »

Héritier de la maison de cognac Hennessy, Kilian Hennessy a créé Angels’ Share en s’inspirant de « la part des anges », la partie la plus volatile du cognac qui disparaît lors du vieillissement en fût. Le parfum, qui contient une touche de cognac dans la formule, s’inscrit dans la récente collection The Liquors, dont les flacons rappellent des verres à alcool.

Lancé en 2020, Angels’ Share est le parfum le plus personnel de Kilian Hennessy, inspiré par son héritage de huitième génération dans le savoir-faire Hennessy en matière de cognac. Le parfum plonge au cœur des caves des souvenirs du fondateur, dans sa dimension la plus mystérieuse : « la part des anges », cette évaporation de liqueur dans les fûts de chêne qui s’élève, lors du vieillissement, comme une offrande silencieuse aux dieux .

Tout comme un Maître Parfumeur qui compose des accords et des essences dans un parfum, un Maître Assembleur combine les eaux-de-vie dans des proportions parfaites pour un cognac exceptionnel. Angels’ Share contient de l’essence de cognac dérivée de la liqueur pour lui donner une couleur caramel naturelle. S’ouvrant sur de l’huile de cognac, sur un mélange d’absolu de chêne, d’essence de cannelle et d’absolu de fève tonka, les notes durables de bois de santal, de praliné et de vanille du parfum offrent une finale délicieuse, une concoction rare que seuls les anges devraient expérimenter .

By Kilian fait un usage courant des notes de spiritueux, l’héritage Hennessy se manifestant dans plusieurs compositions. Plusieurs autres créations de Kilian s’inspirent également du rhum ou de la vodka .

Frapin : l’incarnation parfaite de la double expertise

La maison Frapin représente un cas unique d’alliance entre cognac et parfumerie, puisqu’elle est d’abord et avant tout une maison de cognac historique fondée en 1270, installée au cœur de la Grande Champagne, Premier Cru de Cognac. La famille Frapin y produit du cognac depuis 21 générations sur un domaine exceptionnel de plus de 240 hectares .

En 2002, Béatrice Cointreau, arrière-petite-fille de Pierre Frapin, décide de prolonger cette démarche en créant une ligne de parfums. Elle cherche à souligner la complicité entre deux savoir-faire d’exception, proposant des fragrances inspirées par l’histoire et le terroir de Frapin.

Le premier parfum de la collection, 1270, lancé en 2010, porte le nom de l’année de fondation de la maison. Créé par le parfumeur Sidonie Lancesseur en collaboration avec le Maître de Chai de Frapin, ce parfum rend hommage au cépage Folle Blanche, autrefois utilisé pour produire le cognac et aujourd’hui presque disparu de la région.

1270 est conçu comme une évocation olfactive des caves à cognac : les fleurs de la vigne Folle Blanche, l’herbe du vignoble, l’entrepôt de vin, l’odeur riche de la terre humide dans les caves, le bois des fûts neufs et l’odeur terreuse de l’humus où sont stockés les cognacs ancestraux. La composition s’ouvre sur des notes d’ananas, d’orange confite, de pruneaux, de raisins secs, de noisettes, de cacao et de café, évoquant la complexité gourmande d’un cognac vieilli, avec des touches de fleurs de vigne, de tilleul, de miel blanc, de vanille fumée et de tabac de La Havane.

La carafe du cognac XO VIP de Frapin est d’ailleurs elle-même inspirée de la rencontre entre un flacon de parfum et un encrier, symbolisant l’alliance entre l’élégant parfum du XO et l’amour des lettres de la Maison Frapin, lointain héritage de François Rabelais, prestigieux ancêtre de la famille (Maison Soulat, date non précisée.

Depuis 2004, sous la direction artistique de David Frossard, Frapin développe des parfums d’exception qui prolongent l’art de vivre français. L’élaboration des cognacs et des parfums de la Maison s’inscrit dans une tradition d’excellence et un savoir-faire séculaire, prenant le temps de rechercher et de sélectionner les matières premières les plus nobles.

David Frossard

Autres parfums emblématiques

Certaines maisons ont particulièrement bien joué des notes spiritueuses. By Kilian se distingue avec des créations comme Straight to Heaven, Apple Brandy ou Black Phantom, où la mousse de chêne (dont les tonalités peuvent évoquer une facette tourbée) est la clef de voûte d’un accord liquoreux.

Parmi les créations notables exploitant les notes spiritueuses :

  • Spiritueuse Double Vanille de Guerlain, avec sa facette rhum
  • Jazz Club de Maison Margiela, évoquant le whisky
  • Juniper Sling de Penhaligon’s, inspiré du gin tonic
  • Bourbon de Chris Rusak, qui pousse l’exploration d’un thème à son paroxysme, celui de la richesse et de la complexité d’une liqueur
  • Les Jeux sont Faits de Jovoy, considéré comme un petit bijou dans le style « spiritueux »

Des notes qui plaisent aussi en ambiance

Les notes spiritueuses séduisent également dans les créations d’ambiance, comme l’accord cognac ambré de Drunk in Love d’Art of Paradox .

L’inspiration des millésimes

Lors d’une récente conférence, le parfumeur de Symrise Maurice Roucel a évoqué le domaine de Doisy-Daëne dont l’analyse de différents millésimes lui a inspiré des accords de parfums. Une tendance déjà expérimentée en 1997, révèle-t-il, dans Envy de Gucci, inspiré de l’odeur de fleurs de vigne de Champagne .

Un imaginaire partagé : luxe, temps et transmission

Des valeurs communes

Au-delà des aspects techniques et aromatiques, spiritueux et parfums partagent un imaginaire commun : celui du luxe, du temps long, de l’artisanat d’excellence et de la transmission. Les deux univers cultivent une esthétique de la rareté, de la préciosité et du savoir-faire ancestral.

Palette olfactive, maturation, macération : les ponts sont riches, inspirants… et à double sens .

Une philosophie commune

Scents of Wood incarne particulièrement cette philosophie. Le nom japonais de la marque, Shinrin-yoku, se traduit par « bain de forêt », une forme de méditation en marchant parmi les arbres. L’Âme du Bois, le nom français de la marque, évoque cette volonté de faire du bois une matière vivante, vibrante et centrale dans chaque création .

Collaborations et convergences

Cette proximité symbolique explique pourquoi de nombreuses marques de spiritueux se sont lancées dans la parfumerie (Rémy Martin, Hennessy) et inversement. Les collaborations entre maisons de parfum et distilleries se multiplient, donnant naissance à des créations hybrides qui célèbrent cet héritage commun.

Le Studio des Parfums propose même un champagne exclusif en association avec un vigneron, disponible en option pour apporter de la pétillance aux ateliers olfactifs. Ce champagne contient des notes inspirées de la parfumerie, telles que le jasmin ou la pêche .

Perspectives et avenir de cette alliance

Une source d’inspiration infinie

Esprit festif, héritage, ingrédients et techniques : les alcools sont une source d’inspiration infinie pour les parfums. Avec modération, bien sûr .Liqueurs et alcools intéressent les marques depuis quelques années pour créer de nouvelles addictions olfactives .

Un renouvellement créatif continu

Les notes spiritueuses offrent une large palette de nuances, tour à tour sombres, denses, piquantes, voire astringentes, renouvelant le terrain de jeu créatif des parfumeurs. La parfumerie de niche continue d’explorer largement cet horizon olfactif, proposant des créations toujours plus audacieuses et sophistiquées.

Une tendance durable

Cette alliance entre spiritueux et parfums ne constitue pas une simple mode passagère. Elle s’inscrit dans une tradition séculaire de transformation des matières nobles et continue de se réinventer grâce aux innovations techniques et à l’audace créative des parfumeurs contemporains.

Conclusion

L’alliance entre spiritueux et parfums révèle une affinité profonde, à la fois technique, sensorielle et symbolique, qui dépasse largement le simple emprunt créatif. Cette rencontre s’enracine dans des procédés de fabrication communs, distillation, macération, maturation, qui témoignent d’un même art de la transformation et de l’assemblage.

En puisant dans l’univers aromatique des eaux-de-vie, cognacs, whiskies, rhums et liqueurs, les parfumeurs enrichissent leur palette d’accords chaleureux, gourmands et sophistiqués qui évoquent la convivialité, le raffinement et le plaisir partagé. Ces notes liquoreuses apportent rondeur, puissance et relief aux compositions florales, tout en soulignant avec subtilité les nuances ambrées, épicées et vanillées des créations orientales.

L’essor de la parfumerie de niche depuis les années 2000 a particulièrement favorisé cette exploration créative, permettant aux parfumeurs d’oser des compositions audacieuses où les senteurs tourbées, maltées et boisées trouvent pleinement leur expression. Les innovations techniques, comme le vieillissement de l’alcool en fûts développé par Scents of Wood ou les distillats sur-mesure de Nicolas Juhlès, démontrent que cette alliance continue de se réinventer et de repousser les frontières de la création olfactive.

Cette rencontre entre deux arts de la distillation s’inscrit dans un imaginaire partagé du luxe, du temps long et de la transmission artisanale. Elle donne naissance à des créations où l’ivresse devient purement olfactive, célébrant un héritage commun qui unit depuis des siècles l’art de sublimer la matière première.

Claude AI m’a assisté dans la recherche d’informations.

RHL


Sources principales

  1. Premium Beauty News (21 décembre 2023), « Parfums et spiritueux : à la croisée des savoir-faire », https://www.premiumbeautynews.com/fr/parfums-et-spiritueux-a-la-croisee,23069
  2. Delacourte (4 août 2021), « Vin et Spiritueux en parfumerie », https://blog.delacourte.com/vin-et-spiritueux-en-parfumerie/
  3. Delacourte (4 août 2021), « La distillation », https://www.sylvaine-delacourte.com/fr/guide/la-distillation
  4. Carrément Belle (8 novembre 2021), « Parfum et notes alcoolisées : vins et spiritueux », https://carrementbelle.com/blog/fr/2021/11/10/notes-alcoolisees-vin-spiritueux-parfum/
  5. Studio des Parfums Paris (12 janvier 2024), « Les spiritueux dans la parfumerie », https://studiodesparfums-paris.fr/les-spiritueux-dans-la-parfumerie/
  6. Fragrance Foundation France (7 février 2023), « Liqueurs et vins inspirent les parfumeurs », https://www.fragrancefoundation.fr/2023/02/liqueurs-et-vins-inspirent-les-parfumeurs/
  7. By Kilian (date non précisée), « Angels’ Share », https://www.bykilian.com/product/19797/82905/perfume/angels-share/the-liquors
  8. Olfastory (date non précisée), « Parfum Rhum, Rhum en parfumerie », https://www.olfastory.com/matiere/rhum
  9. Le Paravent (date non précisée), « Scents of Wood | L’Âme du Bois », https://le-paravent.fr/collections/scents-of-wood-lame-du-bois
  10. Ministry of Scent (date non précisée), « Scents of Wood », https://ministryofscent.com/collections/scents-of-wood
  11. Cognac Frapin (date non précisée), « Bienvenue à Frapin Cognac », https://www.cognac-frapin.com/fr/
  12. 50 ml (date non précisée), « Frapin Parfums », https://50-ml.fr/marques/frapin
  13. Fragrantica (2010), « 1270 Frapin perfume », https://www.fragrantica.com/perfume/Frapin/1270-5325.html
  14. H Parfums (date non précisée), « 1270-Frapin », https://hparfums.com/products/1270
  15. P. Frapin (date non précisée), « Inspirés par l’histoire du Cognac », https://parfums-frapin.com/
  16. Maison Soulat (date non précisée), « Cognac Frapin – XO VIP », https://maison-soulat.fr/fr/spiritueux/1551-cognac-frapin-xo-vip.html
  17. Fragrance Passion (date non précisée), « Scents of Wood – L’Âme du Bois », https://fragrancepassion.us/collections/scent-of-woods
  18. Fragrantica (date non précisée), « Plein phare sur les notes liquoreuses : trois parfums pour s’enivrer », https://www.fragrantica.fr/news/Plein-phare-sur-les-notes-liquoreuses-trois-parfums-pour-s-enivrer-3156.html
  19. L’Essence du Mâle (date non précisée), « Quand parfum et spiritueux ne font plus qu’un, notre sélection », https://www.lessencedumale.fr/blog/quand-parfum-et-spiritueux-ne-font-plus-quun-notre-selection/