De Mouton Rothschild aux spiritueux français : quatre femmes scientifiques au cœur de l’excellence

Un siècle d’innovation scientifique (1924–2024) : de la mise en bouteille au château aux spiritueux français premium

Comment l’excellence scientifique voulue par le Baron Philippe de Rothschild a façonné, indirectement, les spiritueux français contemporains.

Le Baron Philippe de Rothschild – Musée du Vin dans l’Art

Dans l’univers des vins et des spiritueux, certaines filiations sont visibles ; d’autres, plus discrètes, ne se révèlent qu’en retraçant les parcours des femmes et des hommes qui ont façonné le goût. Il existe pourtant un fil rouge inattendu qui relie les grands vins de Bordeaux aux vodkas françaises de raisin, aux whiskies contemporains les plus innovants et aux eaux-de-vie issues de l’alcool vinique : un fil qui mène vers l’entreprise Baron Philippe de Rothschild S.A.

Dès 1924, le Baron Philippe de Rothschild révolutionnait la production viticole : il imposait l’embouteillage intégral au château, rompant avec la tradition des tonnelleries bordelaises et inscrivant son domaine dans une logique d’intégration verticale inédite. Cette initiative pionnière est emblématique de sa vision : qualité, contrôle, responsabilité directe. D’ailleurs sa fille la Baronne Philippine de Rothschild évoque cette innovation dans cet interview chez Charlie Rose.

Cette influence n’est pas commerciale. Elle est scientifique. Elle s’incarne dans un fait simple mais décisif : depuis toujours Baron Philippe de Rothschild S.A a attiré, formé, ou distingué certaines des chercheuses les plus brillantes de la chimie œnologique française.

Ces femmes, une fois devenues expertes du vin, ont essaimé dans l’ensemble du secteur des spiritueux, portant avec elles une culture de rigueur, de précision analytique et d’excellence sensorielle qui n’existait auparavant que dans le monde des grands crus.

Il n’est pas exagéré de dire que, sans cette vision exigeante, une part significative des spiritueux français modernes: whiskies d’auteur, n’auraient sans doute pas vu le jour dans leur forme actuelle.

1. Le Baron Philippe de Rothschild : le fondateur d’un écosystème scientifique

Le Baron Philippe de Rothschild

Le Baron Philippe de Rothschild (1902-1988) n’a jamais mené de recherches en laboratoire. Mais son exigence absolue de qualité a contraint le monde scientifique à élever son niveau particulièrement en chimie analytique, contrôle qualité, et compréhension moléculaire des arômes du vin.

Deux éléments attestent de cette influence :

a) L’institution d’un prix scientifique majeur dans le secteur de l’innovation oenologique

Le Prix du Baron Philippe de Rothschild, décerné par l’Académie de Bordeaux, distingue chaque année un travail exceptionnel consacré au vin. En 2016, il récompense la thèse de Magali Picard, aujourd’hui l’une des figures françaises majeures de la R&D dans le whisky.

b) La création d’un modèle d’exigence qui se perpétue

Durant la présidence du Baron Philippe de Rothschild et de sa fille, s’ installe une philosophie de travail fondée sur :

  • le contrôle analytique rigoureux
  • l’excellence œnologique
  • la collaboration étroite entre scientifiques et maîtres de chai
  • la valorisation publique de la recherche

Ce terreau intellectuel a permis l’émergence d’une génération de chercheuses qui dépasseront ensuite le cadre du vin. Ce dernier forme des profils déterminants pour la suite, ainsi ce duo père-fille, a été le pionnier d’une excellence scientifique qui irrigue aujourd’hui les spiritueux français.

Le Baron Philippe de Rothschild et sa fille Philippine attablés chez Mouton

2. Philippine de Rothschild : la consolidation d’une élite scientifique

La Baronne Philippine de Rothschild

Philippine de Rothschild (1933-2014) a souvent été décrite à travers le prisme artistique. Pourtant, sous sa direction, la société familiale connaît une modernisation scientifique profonde :

  • structuration d’un laboratoire interne performant
  • innovations en contrôle qualité
  • collaborations accrues avec les chimistes et œnologues universitaires
  • ouverture à des expertes féminines de haut niveau à une époque où le secteur demeurait masculin

3. Trois trajectoires féminines qui ont façonné les spiritueux contemporains

Il ne s’agit pas d’un hasard si ces trois scientifiques formées à l’école de la rigueur bordelaise ont ensuite contribué à l’essor des spiritueux français haut de gamme.

(1) Dr Evelyne Chanson — chimie analytique →Service R&D de Baron Philippe de Rothschild S.A.→ spiritueux (Cognac)

Ingénieur diplômée de l’École de Physique-Chimie de Bordeaux, a été recrutée en 1986 par le Baron Philippe de Rothschild pour développer un laboratoire de Recherche et Contrôle Qualité pour les trois Grands Châteaux du groupe et le négoce Mouton Cadet. Sous la direction de Patrick Léon et Pascal Marty, elle a mené des recherches sur la maturité polyphénolique des raisins et développé de nouvelles techniques d’analyses. Ce laboratoire est devenu l’un des tout premiers laboratoires d’analyses de vins à être accrédité par le COFRAC.

En 1994, elle quitte Baron Philippe de Rothschild S.A. pour créer le LEC (Laboratoire Evelyne Chanson) à Cognac, en s’associant avec Robert Leaute pour répondre aux besoins spécifiques des distillateurs et producteurs de spiritueux . Ce laboratoire a obtenu son accréditation en 1996 et une reconnaissance internationale dans le domaine des spiritueux. Aujourd’hui consultante indépendante, elle est devenue une référence mondiale en matière de contrôle qualité des spiritueux.

Elle fonde ensuite un laboratoire indépendant à Cognac, apportant aux eaux-de-vie son expertise en analyses fines, profils aromatiques et sécurité qualité. Evelyne Chanson a consacré les trente dernières années de sa carrière à l’expertise en spiritueux, devenant une référence mondiale pour les distillateurs.

(2) Dr Isabelle Cutzach-Billard — Service R&D de Baron Philippe de Rothschild S.A. → arômes du vin → arômes des spiritueux

Originaire du Roussillon, a réalisé une thèse de doctorat sur « l’origine de l’arôme des vins doux naturels » sous la direction du professeur Denis Dubourdieu à la faculté d’œnologie de Bordeaux . Elle a ensuite occupé le poste d’ingénieur de recherche puis responsable du laboratoire d’œnologie chez Baron Philippe de Rothschild S.A. de 2000 à 2003.

Ses travaux ont abouti à la mise en évidence du sotolon, molécule marqueur de l’arôme « rancio » des vins, aujourd’hui utilisé comme marqueur de vieillissement prématuré des vins blancs. Depuis 2017, elle assure le conseil scientifique pour les Éditions Jean Lenoir,

notamment pour la partie spiritueux et vins. Œnologue et docteure spécialiste des arômes, elle passe plusieurs années dans les équipes techniques de la Baron Philippe de Rothschild S.A. Isabelle Cutzach-Billard apporte aujourd’hui son expertise scientifique à l’univers des spiritueux, notamment à travers son conseil auprès des Éditions Jean Lenoir. Aujourd’hui consultante, elle travaille aussi bien sur les vins que sur les spiritueux (arômes, profils sensoriels, outils analytiques).

(3) Dr Magali Picard lauréat du Prix Baron Philippe de Rothschild 2016 → science des arômes → whisky français

Quant à Magali Picard, son parcours incarne parfaitement cette passerelle entre vin et spiritueux. Elle est co-fondatrice et Whisky Master de la Maison Lineti, distillerie de whisky français située près de Bordeaux .

Ingénieure chimiste diplômée de l’ENSIACET de Toulouse, a complété son cursus par un doctorat et un post-doctorat en œnologie à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de l’Université de Bordeaux . Ses recherches sur le bouquet de vieillissement des vins rouges de Bordeaux lui ont valu le Prix Baron Philippe de Rothschild en 2016, décerné par l’Académie nationale qui a salué ses recherches sur l’étude sensorielle et moléculaire d’un concept olfactif complexe.

Elle est chargée de recherche au CRD (Centre de Recherche Demptos), où son expertise dans le domaine sensoriel et ses connaissances sur le bouquet de vieillissement des vins de garde sont appliquées aux travaux de recherche sur les spiritueux . Sa thèse a renouvelé la compréhension moléculaire du bouquet de vieillissement. Elle dirige en parallèle la R&D de Maison Lineti, l’un des projets de whisky français les plus novateurs.

Au sein de la Maison Lineti, elle allie ses connaissances approfondies du vieillissement sous-bois des spiritueux à son sens aigu de la créativité. Cette distillerie innovante utilise sept cuves en béton de forme ovoïde pour la fermentation des moûts, une première mondiale dans l’univers du whisky et un clin d’œil aux cuviers bordelais.

Ces trois parcours sont décisifs : sans leurs expertises, une part importante des innovations spiritueuses françaises actuelles n’aurait pas été possible.

Le développement spectaculaire des spiritueux français d’auteur, qu’il s’agisse des vodkas de raisin ou des whiskies français doit beaucoup à cette culture scientifique initiée par le Baron Philippe de Rothschild.

Les vodkas françaises de raisin, comme Cîroc ou Nadé, tirent parti d’un savoir-faire hérité du cognac pour créer des alcools de haute qualité . Les distilleries de whisky français, quant à elles, héritent de la fabrication des spiritueux historiques français comme le cognac, l’armagnac ou les eaux-de-vie de fruit, témoignant de l’inventivité des producteurs.

La rigueur scientifique que le Baron Philippe de Rothschild et sa fille Philippine a insufflée dans l’industrie vinicole contrôle qualité, recherche permanente, analyse fine, constitue aujourd’hui le socle sur lequel repose l’excellence des spiritueux français.


Le Baron Philippe de Rothschild et sa fille Philippine

Les parcours d’Evelyne Chanson, Isabelle Cutzach-Billard et de Magali Picard illustrent cette transmission d’un savoir-faire scientifique de l’univers du vin vers celui des spiritueux d’auteur, confirmant que l’innovation vinicole bordelaise continue d’irriguer l’ensemble du secteur des boissons alcoolisées premium.

L’héritage scientifique mise en exergue par Baron Philippe de Rothschild S.A. dans les spiritueux français contemporains s’oriente autour de deux axes:


4. Vodkas françaises à base de raisin : une innovation rendue possible par la science du vin

Les vodkas françaises issues du raisin (Cîroc, Cobalte, Guillotine, Veuve Capet, Pyla des Vignes, etc.) reposent sur des compétences techniques très spécifiques :

  • maîtrise du vin à l’état fermenté
  • neutralisation des arômes tout en conservant la pureté du raisin
  • distillation vinique multiple
  • gestion stricte des impuretés volatiles
  • compréhension des signatures aromatiques résiduelles
  • travail sur les esters, aldéhydes, alcools supérieurs

Or, ces compétences n’existent que grâce aux formations académiques exigeantes: chimie/oenologie, un écosystème dans lequel le Baron Philippe de Rothschild et ses descendants a joué un rôle structurant. Ce sont exactement les domaines où ces trois scientifiques : Evelyne Chanson, Isabelle Cutzach et Magalie Picard se sont illustrées.

En clair : la vodka française de raisin est le prolongement lointain indirect des savoirs œnologiques développés dans le Bordelais.


5. Le whisky français moderne : héritier de la science bordelaise

La nouvelle génération de whiskies français (Benjamin Kuentz, Lineti, Domaine des Hautes Glaces, Roborel de Climens…) doit beaucoup à la chimie du vin :

  • transfert aromatique du bois
  • compréhension des oxydations lentes
  • gestion des esters fruités
  • sélection des barriques (cépages, origines, chauffes)
  • analyse moléculaire fine du vieillissement

Là encore, les chercheuses issues ou distinguées par Baron Philippe de Rothschild S.A. sont au cœur de cette révolution: https://thedevildiesforfrenchspirit.wordpress.com/2025/11/19/du-vin-au-whisky-le-bouquet-aromatique-du-vieillissement-traverse-les-spiritueux/


Conclusion : une filiation invisible, mais présente

Baron Philippe de Rothschild S.A. n’a jamais revendiqué de rôle dans les spiritueux. Pourtant, en valorisant la science œnologique, en structurant un laboratoire d’excellence, en récompensant des travaux académiques majeurs, et en attirant des docteures d’exception, elle a posé les fondations de l’innovation dans les spiritueux français.

Le Baron Philippe de Rothschild et sa famille, ont façonné un écosystème dépassant largement le vin, ont participé indirectement à la création de spiritueux contemporains:

  • les vodkas françaises à base de raisin
  • une partie de la qualité des eaux-de-vie contemporaines
  • le renouveau du whisky français
  • l’émergence d’une génération de chercheuses dont l’impact dépasse les frontières de leur domaine originel

Le renouveau des spiritueux français vodka vinique/ whisky maturé en fût de vin, doit beaucoup à la vision et à l’exigence scientifique d’une devise : Concordia, Integritas, Industria.

Sources :

  • Site officiel Baron Philippe de Rothschild (www.bpdr.com)
  • Château Mouton Rothschild (www.chateau-mouton-rothschild.com)
  • EC Consulting – Evelyne Chanson (evelyne-chanson.fr)
  • ICB Œnologie – Isabelle Cutzach-Billard (icboenologie.com)
  • Demptos – Équipe de recherche (demptos.fr)
  • Maison Lineti (maison-lineti.com)
  • Decanter Magazine (article sur Maison Lineti, mai 2024)
  • Picard, Magalie (2015). Recherches sur le bouquet de vieillissement des vins rouges de Bordeaux : Études sensorielle et moléculaire d’un concept olfactif complexe. Thèse de doctorat, Université de Bordeaux. https://theses.hal.science/tel-01345846/
  • Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux https://academie-sbla-bordeaux.fr/prix-2016/
  • Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux https://academie-sbla-bordeaux.fr/prix-2021/
  • Vignault, Adeline (2019). « Oenological Tannins : characteristics, properties and functionalities. Impact on wine quality. » Thèse de doctorat en cotutelle, Université de Bordeaux et Universitat Rovira i Virgili (Tarragone, Espagne).
  • Lien HAL : https://theses.hal.science/tel-02499650
  • Lien Theses.fr : https://theses.fr/2019BORD026
  • « De nouvelles perspectives pour les tanins œnologiques », Réussir Vigne, 7 février 2024
  • https://www.reussir.fr/vigne/de-nouvelles-perspectives-pour-les-tanins-oenologiques
  • Vignault, A.; Pascual, O.; Gombau, J.; Jourdes, M.; Moine, V.; Fermaud, M.; Roudet, J. Canals, J.M.; Teissedre, P.-L.; Zamora, F. (2020). « Tanins œnologiques: Nouvelles connaissances, applications et règlementations », Revue des Œnologues N°299, mai-juin 2020

RHL

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