Les pays africains traditionnellement sont imprégnés d’une véritable culture du spiritueux. En effet, ils produisent des alcools depuis longtemps, en particulier des bières à l’aide de céréales. Cependant, aujourd’hui apparaissent d’autres alcools forts majoritairement illégaux car dangereux pour la santé , au regard des ingrédients utilisés. Cela devient même un véritable problème dans certains pays qui doivent faire face à des taux d’alcoolisme hors norme. Selon le rapport de l’OMS en 2014 « Global status report on alcohol and health », le Tchad est le premier consommateur mondial avec 33,9 litres par an par personne. Dans le top 15, on retrouve la Gambie, le Mali, la Namibie, l’Afrique du Sud, l’Ethiopie, le Gabon et la Tunisie, autrement dit, 8 pays africains sur 15.
1) Les alcools forts
– Lotoko au Congo

Cet alcool est réalisé à partir de la fermentation du maïs et du manioc puis distillé : considéré comme « un whisky congolais ». Traditionnel du Congo, il est souvent distillé dans des alambics artisanaux faits à partir de baril de pétrole qui lui donne un petit goût « sympathique » et il peut dépasser les 50° ! Par conséquent, il est interdit à la consommation mais la tradition à la peau dure : il est facile d’accès. Ce n’est pas seulement son degré alcoolique qui pose problème mais la présence de méthanol, composé toxique, suite à la distillation des écorces présentes sur les épis de maïs : il est donc frelaté. Le goût du Lotoko change d’une tribu à l’autre. Les provinces du Kasaï et de l’Equateur se placent en tête des plus grands consommateurs de cette boisson.
– Supu na tolo au Congo

Que l’on traduirait par « soupe sur la poitrine » en lingala. Avec son taux d’alcool proche de 45%, consommé telle un « whisky » interdit par le gouvernement en 2007 car frelaté la plupart du temps. Cependant, accessible et peu dispendieux, avec vertus aphrodisiaques, cet alcool a tout pour plaire notamment aux jeunes.
– Chang’aa au Kenya

Appelé aussi Chumi Chumi : « Kill me quick », « Tue moi vite ». Il est une alternative à la bière, lorsque le porte monnaie « tire la tronche ». Il est controversé car de nombreuses personnes sont décédées ou sont devenues aveugles suite à son absorption. Comme les précédents alcools artisanaux de cet article, elle a été interdite au Kenya avant d’être légalisée en 2010 par la loi Mututho : il s’agit de contrôler sa fabrication. Dorénavant le Chang’aa doit être mis en bouteille, scellé et doit prévenir des dangers liés à sa consommation. Le Chang’aa est une bière à base de millet ou de sorgho ou de maïs (busaa) qui est ensuite distillée : pour accélérer ce processus de distillation, y sont ajoutés des composés super comestibles tels que l’huile de vidange, le méthanol ou l’acide sulfurique… De plus, l’eau utilisée pour la distillation peut être saturée d’urine et de matières fécales… Santé !
– Laela Mmago au Botswana
Littéralement, « Au revoir Maman » , fan de noms relativement évocateurs, le Botswana a pourtant durci ses lois contre la consommation d’alcool. A côté de Laela Mmago, on trouve aussi Tho-tho-tho (étourdissements), Skop donorr, O lala fa (Dors maintenant), Bleksem, Chechisa (Dépêche-toi), Monna-totta (Vrai homme) ou encore Motes o teng godimo (Le paradis est ta maison)… Tho-tho-tho est une concoction à base de sorgho qui a été distillée et qui peut atteindre 80% d’alcool ! Son nom évoquant des étourdissements est bien justifié… Tous les alcools sont à base de millet ou de sorgho, parfois de maïs.
– ZED au Zimbabwe
Illicite comme beaucoup d’autres, c’est la nouvelle boisson à la mode au Zimbabwe qui titre souvent à plus de 40% d’alcool : ZED pour Zimbabwe’s Emergency Drink que l’on appelle aussi Double Punch. Pour ce qui est des ingrédients, mystère et boule de gomme ! La seule chose que l’on sait, c’est que ce n’est pas cher du tout et que les jeunes qui peinent à trouver du travail noient leur chagrin dans l’alcool comme ZED et la drogue.
– Arki odongtol au Cameroun
Aka Mfofo… Et ce n’est pas une boisson à prendre à la légère avec ses 80° !
– Waragi en Ouganda
L’Ouganda est l’un des pays qui consomme le plus d’alcool au monde. Le pays produit son propre alcool, semblable au gin, officiellement interdit à la consommation : le Waragi. Ce nom provient de deux mots : War et Gin (l’Ouganda était une colonie britannique) et la création de cette boisson date de 1965. Le « Enguli Act », qui date de la même année, décrète que tous les distillateurs doivent avoir un permis et vendre leur production à la distillerie nationale – East African Breweries Limited – qui en sortira une marque : Uganda Waragi. Cependant cette loi n’est pas respectée. En Ouganda, le Waragi désigne toutes les boissons distillées, que ce soit à base de manioc, de banane, de millet ou de canne à sucre. Selon les villes, les noms changent et la recette aussi : Lira Lira est à base de manioc et de canne à sucre alors que Kasese est à base de banane par exemple. Le Waragi détient également un sombre record : 80 personnes sont décédées en Avril 2010, en 3 jours, suite à l’ingestion d’un Waragi provenant de la même distillerie clandestine ayant un taux de méthanol très important…
– Areki (Araqé) et Katikala en Ethiopie
Ce sont des boissons distillées qui titrent entre 30 et 50% d’alcool. L’Areki est à base de feuille de gesho. Les feuilles sont placées dans l’eau pendant plusieurs jours. En attendant, l’éleusine est mise à germer. Les deux préparations sont mélangées pour obtenir une bière qui sera distillée. Il est possible de la re-distiller une seconde fois pour la stabilisée à 45% : son nom sera Dagim Areki.
– Katikala est une vodka à base de millet ou de maïs tout simplement.
– Alcool de Palme

Dans la famille des gins? Le Kai Kai au Nigéria mais aussi Ogogoro, Sapele Water, Kparaga, Egun inu igo (« Masquarade dans la bouteille »), Push-me-I-push-you… qui sont ses autres petit sobriquets titrant entre 40 et 80% d’alcool. Obtenue par distillation du jus de palme fermenté, il s’agit d’ une boisson dangereuse car elle fabriquée sans véritable suivi. La sève est extraite du palmier et est mélangée à du sucre pour qu’elle puisse fermenter durant une semaine dans des barrils. Puis la préparation sera chauffée pour obtenir le Kai Kai.
L’alcool de palme est très largement consommé en Côte d’Ivoire sous le nom de Koutoukou, créé grâce à la distillation de bourgeons de feuilles de palmiers (palmier à huile, raphia ou rônier). La boisson a été interdite en 1964 puis de nouveau autorisée en 1999.
Au Ghana, cela se prénomme l’alcool de palme Akpeteshie. Le vin de palme ou le vin de canne à sucre est distillé puis un alcool en est retiré entre 40 et 50% d’alcool.
SOURCES: