
Héhé les mecs… Devinez quoi en tapant sur Google image critique de spiritueux devinez sur qui je tombe!!! Mathieu Accard…Mais Sergio le Bilto, mais oui Alex Vingtier l’Einstein, mais oui Cyr Mald le taiseux, mais oui Jerry le Gosse Beau… Mais oui ce n’est aucun d’entre vous et surtout pas moi…Je retape expert spiritueux, pire les mecs, il n’y a pas de photo d’individu…Juste de quilles. Vous êtes très mal référencé les mecs… Vite un community manager!
Nous évoquons souvent la figure du Prince Machiavel lorsque nous évoquons le politique, qu’en est-il du critique? Qu’est ce qu’un critique? Quelqu’un a l’esprit critique lorsqu’il a reçu non seulement la faculté d’appréhender le gustatif sensoriel qu’il juge, une âme passionnée pour les une, un être irritant pour les autres, une figure contre la médiocrité?
Nous constatons que la concurrence devient rude pour les professionnels de l’écrit dans le secteur de la critique d’alcools. Pour se démarquer de leurs concurrents amateurs bloggeurs, les critiques sont obligés de faire preuve de sérieux mais aussi d’originalité afin de retenir leur lectorat.
Le critique de spi : un rôle de passeur
Puisant ses origines dans le terme grec « kritikē », le premier rôle de la critique est de discerner. Et le critique de spi ne déroge pas à la règle : il doit d’abord comprendre les produits dans leurs grandes lignes. Ensuite, il se charge de les transmettre, de les vulgariser ou de les commenter. À cela s’ajoute une autre dimension : suivre l’actualité et la partager. En ce sens, les critiques de spi sont avant tout des passeurs d’informations, car ils transmettent et diffusent l’art de déguster les nouveaux produits. Ils s’en nourrissent et proposent ensuite leur regard expert à un public plus large. Souvent sous la forme d’articles papier ou web, le critique spi offre d’abord une sélection et commente des quilles.
Aussi nous conspuons l’hypocrite, nous redoutons le pédant. Nous craignons le puriste. nous pressentons l’exalté , le faucheux, le snob. Pour autant cela n’empêche pas d’avoir de l’esprit tout court. Rendons à César ce qui est à César ce qui apparient à Destouches, auteur dramatique dont l’oubli a recouvert le nom , mais nous disons aux auteurs de la critique est utile. La critique est biaisée et les spiritueux écrit-il dans sa comédie morale. Le Glorieux.

Le critique est née avec le XIX simultanément que les professeurs et journalistes. D’ailleurs, l’endogamie est légion dans leur recrutement, cooptation, lors de l’après révolution. Ils s’en distinguent par leurs apparences plus relâchées et d’une certaine allure, La critique est-il le prolongement de la cléricature universitaire? Une extension batarde? Son rôle est ambigu, comme celui de journaliste, de l’enseignant, du médecin. Comme eux, il est pigiste comme eux, responsable de sa production.
Auréolée d’un prestige certain, la critique spi a pour vocation de délivrer un avis sur un produit afin de faciliter son accès achat par les consommateurs. Cet effort de discernement des spi a ainsi pour but d’éclairer l’amateur potentiel sur les goûts, profils gustatifs sous-jacents, les subtilités, la longueur, la corpulence d’un spi que l’on souhaite offrir car le spi est un objet social passeur de messages en particulier dans le cas d’un présent à un tiers.
C’est aussi parfois les codes de la » bonne société » (les violons d’Ingres et autres danseuses) ou les messages implicites disséminés au travers du produit ( packaging et goût). Cet art a acquis ses lettres de noblesse depuis fort longtemps. Nous faisons souvent de Charles-Augustin Sainte-Beuve « le premier des critiques », ce qui apparaît comme tout à fait injuste pour beaucoup. Certains diraient même qu’il a été le dernier à être « critique journalistique » et « critique universitaire ». Quoiqu’il en soit, c’est à la critique dite journalistique, celle que nous trouvons dans la presse, qui intéresse ici.

La cible du critique spi
Le rôle du critique n’est pas de faire plaisir aux auteurs, son rôle est d’aiguiller le consommateur avide de se procurer de bons produits. Pour cela, le rédacteur fait abstraction des producteurs, pour ne prendre en compte que les acheteurs potentiels qui lui font confiance. Il y a un contrat implicite entre le rédacteur de l’article et le passionné de spis, d’où une forte responsabilité du rédacteur. Pour être honnête avec le lectorat, il s’agit de délivrer une critique la plus personnelle et la plus étayée possible.
La sélection des produits
Le magazine reçoit un certain nombre de spi chaque année – des centaines chaque semaine – et doit faire une sélection. Les produits qui semblent les plus intéressants aux responsables sont mis de côté et répartis entre les différents lecteurs chargés de rédiger une critique. Le but n’étant pas de réaliser des critiques négatives, les spi semblant les moins intéressants sont écartés. Cela dit, il arrive qu’un produit soit justement goûté pour être critiqué.
La fonction du critique
Le critique est une intermédiation, car c’est lui qui présente pour la première fois un produit au lectorat, son rôle est donc très important. C’est lui qui va donner ou non l’envie aux passionnés d’acheter, consommer. Malgré tout, il n’est en aucun cas un juge absolu et impartial puisque le bon goût ne saurait être une science exacte.
Un avis, quel qu’il soit, n’est toujours qu’une opinion subjective qui peut cependant être étayée par une argumentation. Or, le rôle du critique est justement de présenter une critique qui soit la plus construite et développée possible : il ne s’agit pas seulement de donner un avis mais d’expliquer les spis. Qu’est-ce qui nous fait apprécier ou non cette quille ? Quel est l’apport particulier de ce produit ? Quels enjeux ? Quelle particularité a cette écriture gustative? Quel est le but de cette cuvée/millésime ? Le producteur remplit-il l’objectif qu’il s’était donné ?
Le critique doit apporter une réflexion sur le spi qu’il présente. Il ne fait pas seulement un résumé, mais il y apporte son éclairage personnel, son sentiment quant à la confection, etc.Comment définir ?La règle principale, demeurer soi-même, appréhender notre ressenti, une bonne critique, est un regard singulier. Il ne s’agit pas de mathématiques, ni de la physique, mais du ressenti. Comme le cinéma et la musique, cela est extrêmement subjectif.
Ainsi, lorsqu’un producteur, déjà critiqué et défendu par un fanzine, sort une quille décevante par rapport aux précédentes, le rédacteur a-t-il le devoir de le dire? Il s’agit d’honnêteté intellectuelle aussi bien que d’intégrité. Le critique n’est pas à la botte des producteurs, il passe avant tout un contrat de confiance avec les lecteurs envers qui il s’engage à donner son opinion véritable. Il ne s’agit pas de détruire un producteur ou de chercher à l’humilier mais d’interroger la quille, la substance et de réfléchir aux raisons indiquant que le jus n’est pas au moins bon. Le rédacteur cherche à comprendre ce qu’a voulu faire le distillateur/ maître de chai. Quelle était l’ambition de ce dernier? Et les raisons éventuelles du désaccord. La critique peut ainsi permettre à un artisan de prendre conscience d’un défaut et de chercher à s’améliorer. La critique n’est pas et ne doit pas être gratuite et/ou violente.
Durée de rédaction d’une critique
J’ai l’habitude de prendre beaucoup de notes lors mes dégustations : des sensations ou des idées qui me viennent me servant de matrice dans la rédaction de flash note. Il y a des produits enthousiasmants, tout paraît évident pour cette dernière qui peut-être bouclé en 1 heure. D’autres, assez mauvais, dont la dégustation est vite pliée. Parfois l’écriture s’avère complexe, il m’ arrive d’entamer quelques lignes, puis de laisser mijoter, de reprendre le lendemain, etc.
Il y a des spi chez lesquels la critique est évidente et ceux qui résistent. Ou bien, je rédige quelque chose et je me dis que ce n’est pas exactement ça, ce que j’ai ressenti. Je suis un peu à côté.Tout dépend aussi de la longueur de l’article. Enfin, il y a tous les autres produits, ceux qui sont entre les deux, le plus difficile, est au demeurant la masse de spis qui sont bons, mais ni mauvais, ni très bons, car nous n’avons pas forcément la place de tous les évoquer.
Le travail de critique spis tels qu’Alexandre Vingtier, ou Christine Lambert dans un magazine est ainsi également un travail d’équipe. Il s’agit de discuter les uns avec les autres afin de confronter des points de vue et de discerner quels sont les produits qui apporteront le plus aux lecteurs, attitude qui demande une grande ouverture d’esprit et une capacité à prendre en compte l’opinion d’autrui.
Comment entre-t-on dans ce métier ?
Il y a beaucoup de façons différentes d’arriver au métier de critique spi, « mais il n’y a pas vraiment de formation pour ça, c’est surtout de l’expérience ».
Position par rapport aux producteurs.
À partir du moment où elle est justifiée toute critique s’avère intéressante. Certains critiques n’apprécient guère les blogs d’amateurs car orientant soit disant vers une critique qui est de l’ordre de cette notion personnelle « Je », « j’aime », « j’aime pas ». Ne confondons pas une expérience gustative et le souci d’une attitude critique : celle d’une certaine objectivité. Personnellement, cela oblige à rédiger autrement. Même pour les critiques installés, je pense que l’existence des blogs exigent que les critiques se dépassent…Pour tendre à l’objectivité, il convient au critique, amateur ou non, d’avoir dégusté les produits d’un producteur, pour pouvoir placer ce dernier en perspective par rapport aux autres.
Regard d’un lecteur et critique amateur
De nombreux passionnés du goût, dont moi-même par exemple, en ont assez de retrouver toujours les mêmes noms dans les magazines de spi et de vins, c’est une des raisons pour laquelle de très nombreux blogs amateurs de passionnés de spi se sont ouverts. Des fans y parlent avec naturel et franchise des spis qu’ils ont découverts et aimés. Me concernant : ne pas lire une ligne éditoriale qui m’intéressait, m’a obligé à créer ce blog.
Aussi les notions de gratuité, liberté sont des arguments qui séduisent tout particulièrement une partie de plus en plus importante du consommateur actuel qui tend à se détacher des quilles promues par les titres de presse. L’idée est aussi de mettre à l’honneur les petits producteurs systématiquement oubliés ou laissés dans l’ombre.
La critique gustative : des juges expert un rôle avant tout politique ?
Pour autant, ce n’est pas parce que le critique spi est un passeur qu’il recrache l’information. Bien au contraire, son avis d’expert importe, au point d’avoir un véritable poids et des conséquences concrètes. Par son rôle de juge, le critique spi occupe donc une place de pouvoir. Il est en charge de donner son avis sur la qualité du nectar. De ce fait, il peut décider qu’un produit est réussi, qu’un packaging est fantastique, qu’une édition limitée est médiocre… Il établit la valeur des quilles et peut faire fluctuer la côte des produits. En fonction de sa notoriété, il peut même influencer le marché du spi exemple
Du fait de cette position de juge, il peut advenir le pire ennemi, que le meilleur allié des producteurs émergents. De nombreux distillateurs n’auraient d’ailleurs jamais eu une telle notoriété si certains critiques n’avaient pas cru en eux. En s’imposant comme étant juge du « bon goût », la critique peut donc agir au service ou contre cette reproduction. Un rôle politique et social que les critiques de spi ont tout intérêt à faire passer avant toute considération narcissique.