Influenceur, réseaux sociaux et « porn spiritueux »

SPI= Spiritueux

Ce soir, vous retrouvez un ami. Il va vous tenir informé des dernières actualités, vous conter de nouvelles aventures ou vous dire dans quel restaurant il a déjeuné ce midi. Impossible par contre de lui répondre ; d’ailleurs, il ne vous demandera jamais « et toi, ta journée ? ». Non par impolitesse, mais simplement parce que cet « ami », c’est en fait votre présentateur préféré, le personnage principal d’une série télévisée, ou l’influenceur dont vous ne manquez aucun post sur les réseaux sociaux.

Comment expliquer que l’on puisse tisser des liens affectifs avec des personnes ou personnages qui, pourtant, ignorent tout de notre existence ? Si vous vous sentez véritablement proche d’une personne que vous ne connaissez que par média interposé, vous faites l’expérience de ce que certains chercheurs nomment une « relation parasociale ». 

Bien que le phénomène ainsi décrit n’ait rien de nouveau, le développement du numérique et des réseaux sociaux semble lui donner un nouveau souffle – au point d’agacer certains internautes qui voient dans l’utilisation à tout-va de cette expression issue du vocabulaire des sciences de la communication, une nouvelle mode. Car si de récentes études tendent à dé-stigmatiser ces formes de relations unilatérales, démontrant même leurs possibles bénéfices, elles ont pu être décrites comme pathologiques. 

Intimité à sens unique

Généralement associé à l’essor des médias de masse dans les années 1950, le phénomène des relations parasociales connaît une première définition en 1956, sous la plume de deux chercheurs américains en sciences sociales, Donald Horton et R. Richard Wohl. Dans leur article « Mass communication and parasocial interaction: Observations on intimacy at a distance » (« La communication de masse et l’interaction parasociale : observations sur l’intimité à distance »), ils décrivent la proximité qu’entretiennent les téléspectateurs avec des figures médiatisées, présentateurs ou acteurs, qu’ils retrouvent quotidiennement sur leur écran de télévision à l’écoute de leur poste de radio, dans des talk shows. 

Le format de ces programmes donnait au spectateur le sentiment d’être témoin d’une conversation informelle : plateau avec des fauteuils ou des canapés, tons chaleureux, confidences…

Tout concours à créer chez le spectateur une sensation d’intimité avec ces personnes qui pénètrent virtuellement l’espace privé. En avance sur les podcasts de développement personnel et les vidéos asmr, la radio américaine diffusait par exemple à cette époque une émission nommée « Lonesome Gal« , dans laquelle une femme à la voix feutrée s’adressait directement à l’auditeur, lui intimant de retirer ses chaussures avant de lui glisser des mots doux. 

Horton et Wohl proposent alors d’appeler « ‘interaction parasociale » ce moment d’exposition lors duquel quelqu’un a « l’illusion d’avoir une relation face-à-face » avec une personne qui l’atteint grâce à un média.  

Réitérés, ces moments d’interactions parasociales peuvent donner naissance à de véritables « relations parasociales ». Si les deux expressions ont longtemps été utilisées de manière interchangeable, la littérature scientifique distingue désormais ces deux phénomènes. Lorsque l’on continue de penser à une célébrité alors que l’écran est bien éteint (et donc, que l’interaction parasociale à proprement parler est terminée), en s’attachant à elle le malgré la dissymétrie de la situation, la relation et ses effets sont bien réels, mais de nature « parasociale ».

À la différence de l’identification, dans une relation parasociale, le spectateur se sent proche d’une figure médiatisée sans s’imaginer à sa place ; il interagit avec elle comme avec une autre personne.

Aussi est-il possible de s’investir émotionnellement dans une relation avec un personnage fictif ou une célébrité, au point d’être sincèrement touché par son sort. Certains chercheurs parlent même de « rupture parasociale » lorsque cette relation prend fin. Dans une étude parue en 2006, des chercheurs ont ainsi analysé la réaction d’un groupe d’adeptes de la populaire série télévisée Friends à l’annonce de l’arrêt de sa diffusion. Ils ont découvert que plus les relations parasociales des téléspectateurs avec les personnages étaient intenses, plus leur détresse était grande. De plus, le sentiment de perte ressenti par les fans de Friends était globalement similaire à celui exprimé par les personnes ayant perdu une relation réelle… 

Pour Horton et Wohl, ainsi que d’autres auteurs ayant étudié les relations parasociales après eux, le développement de tels liens était le résultat de l’isolement social de ces individus, voire le symptôme d’une forme d’anxiété sociale. Les pères de l’expression « relations parasociales » considéraient ainsi que les relations parasociales offraient aux personnes seules et marginalisées, un sentiment d’appartenance sociale qu’elles ne pouvaient obtenir autrement…

« Ce phénomène n’est pas pathologique en soi »

La littérature scientifique sur le sujet s’est depuis détachée de ce stéréotype de la personne timide et solitaire qui entretiendrait des relations virtuelles. C’est ce que souligne Pierre de Bérail,

Pierre de Bérail

psychologue clinicien et doctorant à l’Université Paris Descartes, dont la thèse porte sur « les relations parasociales entre viewers et YouTubers » :

Il faut prendre en compte la notion d’intensité : certaines formes de relations parasociales peuvent être pathologiques, mais en soi, le phénomène ne l’est pas. Les chercheurs qui s’intéressent aux formes extrêmes de relations parasociales qui, elles, peuvent être dommageables pour l’individu, parlent plutôt de « celebrity worshiping« . Dans ces études, il est montré que cela peut avoir des impacts négatifs sur l’humeur, les relations sociales ou le fonctionnement de l’individu.

De même, souffrir d’anxiété sociale n’entraîne pas nécessairement le développement de relations parasociales, assure Pierre de Bérail. La naissance et l’évolution de ce type de relations sont à bien des égards similaires à celles des relations interpersonnelles de la vie réelle. Une étude parue à la fin des années 1980 montrait déjà que les téléspectateurs avaient tendance à développer des relations parasociales avec les figures médiatisées dont la personnalité les attirait le plus, exactement de la même façon que nous le faisons dans nos relations interpersonnelles de la vie courante. Dans ses propres travaux, le psychologue observe cependant « une tendance d’association entre le niveau d’anxiété sociale et l’intensité des relations parasociales établies avec les YouTubers » :

Les individus qui ressentent de l’anxiété sociale pourraient être davantage attirés par les relations parasociales que d’autres, voilà une explication théorique possible. En effet, celles-ci ne génèrent pas l’anxiété que peuvent causer les relations sociales, tout en venant combler un besoin social, appelé « besoin d’appartenance », c’est-à-dire le sentiment d’interagir avec quelqu’un, même s’il ne s’agit pas d’une interaction symétrique.

Certes, mon ami parasocial ne me répondra pas, mais je ne pourrais jamais non plus le décevoir ou être abandonné par celui-ci – voilà la zone de confort qui se niche derrière la profonde inégalité de la relation parasociale… Au risque de l’idéaliser et de s’y réfugier lors des moments difficiles, comme l’expriment des internautes sur un forum de discussion consacré au « dépassement des relations parasociales »  : « C’était une relation idéale (…). Je rêvassais pendant près de 5 heures par jour… Cela perturbait ma vie sociale et mes besoins fondamentaux, je négligeais mon sommeil et mon alimentation pour continuer cette fiction imaginaire« , confie ainsi l’un d’eux, fan d’un musicien. Aussi, si la relation parasociale n’est pas l’apanage des personnes isolées, elle peut dans certains cas entraîner une forme d’isolement. Avec les médias sociaux, il semble d’ailleurs plus facile de se replier auprès d’une personnalité que l’on ne connaît que par média interposé ; disponibles à portée de main, ils élargissent le cercle des relations parasociales possibles

Les liens parasociaux à l’ère des nouveaux médias : le dialogue retrouvé ?

Les relations parasociales seraient-elles plus fortes à l’heure des réseaux sociaux ? Peut-on considérer ces plateformes comme des « tiers-lieux de la sociabilité », à mi-chemin entre le réel et le virtuel ? Du point de vue de l’intimité, les médias parasociaux contemporains permettent une exposition plus courante à des personnages de fiction ou des créateurs de contenus sur Internet, mais également plus d’interactions, sortant le spectateur de sa passivité.

La dissymétrie propre à la relation parasociale tient-elle alors toujours ? Si les réseaux sociaux offrent davantage d’occasion d’élargir nos relations en dehors des liens interpersonnels que nous tissons in real life, ils sont aussi le lieu où il est possible de traverser l’écran et échanger avec la figure médiatisée.

Par le biais de commentaires postés sous la vidéo ou dans le chat d’un créateur de contenus sur Internet, de messages adressés sur le compte Twitter ou Instagram d’une célébrité auxquels elle peut potentiellement répondre, l’interaction, alors visible par tous, sort du domaine purement imaginaire. Des sites comme Patreon ou Twitch permettent même de monnayer ces interactions, sous la forme de « dons » adressés directement à la personne médiatisée ; on parle alors de « soutien » et non d’achat. En échange, un artiste offrira un contenu personnalisé, par exemple, ou un streamer citera le nom de son donateur pour le remercier, l’individualisant parmi une foule de pseudonymes.

« Horton et Wohl pensaient que les personnes seules et isolées qui regardaient des talk shows étaient des gens naïfs dupés par des producteurs insensibles, écrit l’historien américain et podcasteur Brendan Mackie, dans un article sur les relations parasociales publié dans le magazine Real life

Dans le même ordre d’idée, les personnes qui critiquent aujourd’hui les médias sociaux accusent les créateurs et les plateformes d’exploiter des fans vulnérables. » Or, les spectateurs peuvent aussi porter un regard critique sur le rapport qu’ils entretiennent avec ces espaces parasociaux. « Le terme parasocialité lui-même a pris de l’importance grâce aux communautés de fans, remarque Mackie. Nombre d’entre elles mettent explicitement en garde contre les dangers de la parasocialité« . 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, soutient Pierre de Bérail, le spectateur ne souhaite pas nécessairement se servir des outils interactifs offerts par les médias sociaux pour briser l’aspect unilatéral de la relation parasociale :

Au cours de mes entretiens [avec des personnes qui suivent des YouTubers], certains disent n’avoir aucune envie de rencontrer la personne médiatisée et sont d’autant plus à l’aise qu’elles n’interagissent pas avec. Au contraire, d’autres vont avoir envie de franchir ce pont-là. Cela dépend véritablement des individus.

Bien que les médias sociaux renforcent le facteur d’intimité et la possibilité de communiquer avec des figures médiatisées, les relations parasociales qui se nouent sur ces plateformes ne sont pas forcément envisagées comme « une étape vers une relation plus directe« , explique le psychologue :

Il semblerait que cela dépende de certains facteurs psychologiques des individus, comme leurs « styles d’attachement ». Par exemple, certaines personnes préfèrent établir des relations sociales sans chercher à entrer dans l’intimité. Ce sera la même chose dans le cadre des relations parasociales : ces personnes ne vont pas avoir envie de passer le cap de la rencontre, et vont garder une distance avec la figure médiatisée. 

En revanche, le type de média pourrait avoir une influence sur la modalité de la relation parasociale. S’engage-t-on dans une relation parasociale de la même manière quand elle est née dans un roman ou sur YouTube ? Probablement pas. « C’est une hypothèse qui est posée, indique Pierre de Bérail_. Seulement, nous avons encore peu de données empiriques sur le sujet ».

Les spécificités des différents types de réseaux sociaux pourraient également avoir un effet sur la façon dont sont vécues ces relations. Pensons à des médias comme Twitch (une plateforme de streaming vidéo en direct) où le moment d’interaction parasociale se fait dans une temporalité partagée par le spectateur et la personnalité médiatisée : qu’apporte alors le direct à la relation parasociale ? 

Les créateurs de contenus en ligne ont en tout cas saisi l’importance de la vitalité des ces liens parasociaux dans leur économie – en témoigne la façon dont les études de marketing se sont emparées de la notion pour développer des guides d’engagement sur les réseaux sociaux. Mais qu’en pensent les nouvelles célébrités de ces médias sociaux ? Comment vit-on le fait d’être l’objet d’une relation parasociale ? Voilà une question encore trop peu traitée dans la littérature scientifique, estime Pierre de Bérail.

Sur les réseaux sociaux, des personnalités médiatisées commencent en effet, elles aussi, à s’exprimer sur le sujet, expliquant comment la relation parasociale peut les atteindre. Car si le personnage de votre série préférée ne saura jamais rien de la déception qu’il a suscité en vous lors de la diffusion du dernier épisode, il n’en est pas de même du podcasteur qui vous aura conseillé un mauvais spiritueux et auquel vous aurez laissé un commentaire dépité. Vaut-il mieux être déçu par une personne que vous n’avez jamais rencontrée ou décevoir quelqu’un que vous ne connaissez même pas ? La boucle de la relation parasociale – et tous ses paradoxes – est presque bouclée !

La mise en lumière d’une impression de fausse proximité que chacun d’entre nous peut avoir vis-à-vis d’un influenceur spi ou producteur d’alcool, est ce que les spécialistes des sciences de la communication appellent une « relation parasociale ». Une relation fantasmée qui nous donne cette étrange sensation de connaître un acteur ou star lorsqu’on le croise dans la rue – quand bien même vous ne l’auriez jamais rencontré auparavant.

Ce phénomène, généralement associé à l’essor des médias de masse dans les années 1950 est définie pour la première fois par deux chercheurs américains Donald Horton et R. Richard Wohl. Dans leur article intitulé « La communication de masse et l’interaction parasociale : observations sur l’intimité à distance » (« La communication de masse et l’interaction parasociale : observations sur l’intimité à distance »), publié en 1956, ils décrivent cette illusion de proximité par écran interposé est ce que les deux chercheurs appellent une « interaction parasociale ».

Plus ces interactions deviennent fréquentes, plus elles peuvent donner naissance à de véritables « relations parasociales » justement la proximité qu’entretiennent les téléspectateurs avec certaines figures médiatisées . Notons que la télévision, de nombreuses émissions proposaient aux spectateurs des programmes qui se voulaient intimes, dans un cadre chaleureux et rassurant. Des formats qui donnaient souvent au spectateur d’assister à une conversation informelle entre amis. 

Depuis quelques années, l’explosion des réseaux sociaux comme YouTube, Twitch, Twitter ou Instagram a largement amplifié ce phénomène. Certains métiers comme influenceur ou streameur reposent d’ailleurs principalement sur la construction de telles relations pour gagner leur vie. Sur ces différents réseaux, il est en effet beaucoup plus aisé de monnayer ces interactions entre fans et célébrités. 

Les spécialistes de sciences de la communication et psychologues parlent de « relations parasociales » pour décrire ces liens à sens unique que l’on tisse avec des personnages de fiction ou des célébrités. A l’ère des médias sociaux, le phénomène se renforce. Mais ne change-t-il pas aussi de nature ?

Sur Twitch, il est possible de faire des dons adressés directement à la personne médiatisée. En échange, les créateurs pourront offrir un contenu personnalité à leurs spectateurs en lisant son message ou en citant son nom pour le remercier – une façon de le faire sortir de l’anonymat. Les fans les plus assidus pourront alors participer à des tirages au sort, débloquer des contenus bonus ou avoir la chance de rencontrer cette célébrité lors d’un événement exceptionnel. Une façon de récompenser leur loyauté mais aussi d’entretenir cette relation parasociale, si importante pour le créateur. 

Aujourd’hui, la vitalité de ces liens parasociaux est devenue d’une importance cruciale pour l’économie de nombreux métiers du web. En témoigne d’ailleurs la façon dont les études marketing se sont emparées de la notion pour proposer des guides d’engagement sur les réseaux sociaux. « Il ne faut pas se leurrer, il y a un certain nombre d’influenceurs ou créateurs de contenus qui encouragent ce genre de relations, estime Léo Grasset, vidéaste et créateur de la chaîne YouTube Dirty Biology.

Léo Grasset

Notamment parce que ça peut rapporter énormément d’argent. Il y a beaucoup d’entreprises et de marques qui paient très cher pour utiliser la confiance qui s’est installée entre un créateur et ses fans pour faire passer des idées dans tous les sens. C’est extrêmement dangereux. »

Alors que les interactions entre les célébrités et leur public sont longtemps restées relativement distantes, le développement de ces nouveaux médias a renforcé l’accessibilité de ces nouvelles stars du web. Par le biais de commentaires postés sous une vidéo ou dans le chat d’un créateur de contenus, de messages envoyés sur le compte personnel d’une célébrité, l’interaction qui était restée alors purement du domaine de l’imaginaire.  

Dans une interview accordée à France Culture sur le sujet, le chercheur et spécialiste Pierre de Bérail expliquait ceci : « Aujourd’hui, de plus en plus de personnes vont générer des relations parasociales, puisqu’il est plus simple de se médiatiser sur les réseaux sociaux. Il va donc être intéressant de se poser la question des enjeux psychologiques que peut engendrer le fait de se savoir suivi par des milliers voire millions de personnes qui vous connaissent, mais qu’il est impossible de connaître individuellement. » 

« Contrairement à un acteur ou un chanteur, on apparaît comme accessible, poursuit Léo Grasset. On est plus proche des gens. Mais même si je voulais discuter avec tous les spectateurs de ma chaîne, ce serait impossible, il y a beaucoup trop de monde. Ce n’est même pas sûr que tout le monde en ait envie d’ailleurs. » Bien sûr, le fait de développer instinctivement une relation parasociale vis-à-vis d’une célébrité ne signifie pas pour autant que tout le monde souhaite briser son aspect unilatéral. Certains fans estiment d’ailleurs être très heureux en restant dans l’ombre et d’apprécier leurs créateurs préférés sans essayer de devenir leur ami. 

« La majorité des personnes qui me suivent sur les réseaux comprennent la limite de ces relations, poursuit Laure Valée.

Laure Valée

Mais il y a une petite minorité de personnes à qui je n’arrive pas du tout à faire prendre conscience que tout ça est fantasmé et qu’ils ont une image préconçue de qui je suis. Ils ne veulent pas se rapprocher de moi mais de l’image que je renvoie sur les réseaux. » Cette image fantasmée peut parfois même se retourner contre les créateurs. 

Plusieurs études ont constaté qu’on avait tendance à attribuer aux personnes connues un rôle hiérarchique et moral plus fort que chez les autres personnes. D’une certaine façon on se dit qu’une personne célèbre doit forcément être cool, sympa ou intelligente. Quand bien même tout ceci ne serait qu’une illusion. Alors forcément avec de grandes attentes morales envers nos personnalités préférées… viennent aussi de grandes déceptions. Des messages d’amour qui peuvent se transformer en haine si les réponses tardent à arriver ou ne sont pas à la hauteur de notre imagination. 

« Avec cette impression qu’à un moment donné certaines personnes se rendent compte qu’au final nous sommes aussi nuls que tous les êtres humains et les gens sont déçus de cela, s’attriste. Sauf que oui, moi je fais juste du contenu sur Internet, ça ne fait pas de moi quelqu’un de mieux ou moralement au-dessus des autres. Même si j’ai bien conscience que d’une certaine façon ça fait de moi un modèle. » Léo Grasset

Pour le chercheur Pierre de Bérail, il faut tout de même prendre en compte une certaine notion d’intensité dans ces relations. Même si certaines formes de relations parasociales peuvent être pathologiques, le phénomène, en soi, ne l’est pas. «Les chercheurs qui s’intéressent aux formes extrêmes de relations parasociales qui, elles, peuvent être dommageables pour l’individu, parlent plutôt de « celebrity worshiping ». Dans ces études, il est montré que cela peut avoir des impacts négatifs sur l’humeur, les relations sociales ou le fonctionnement de l’individu. »

Sur le forum de discussion Reddit consacré à la question du « dépassement des relations parasociales » certains internautes expriment qu’il est parfois facile d’idéaliser ces relations et de s’y réfugier lors de moments difficiles. « C’était une relation idéale (…) Je rêvassais pendant près de 5 heures par jour… Cela perturbait ma vie sociale et mes besoins fondamentaux, je négligeais mon sommeil et mon alimentation pour continuer cette fiction imaginaire », confiait l’un d’eux, fan d’un musicien.  

Que ce soit du côté des célébrités ou de leurs fans, le développement à l’extrême de ces relations parasociales peut avoir des effets extrêmement nocifs. A tel point que certaines personnalités médiatisées ont finalement commencé à s’exprimer sur le sujet et expliquer quels sont les dérives toxiques de ces relations parasociales. « Lorsqu’on se lance sur Internet, on est trop naïfs, on fait confiance à tout le monde, se souvient Léo Grasset. Personnellement j’essaie de limiter au maximum le fait de parler de ma vie privée ou d’entretenir ces relations qui certes me sont utiles dans mon travail mais ne sont pas toujours très saines. Au fond, je pense qu’on a une responsabilité morale vis-à-vis de nos communautés. »

Malgré quelques prises de parole, il faut tout de même se rendre à l’évidence : le débat reste encore timide. « Je comprends que beaucoup de femmes, notamment, essaient de se protéger et décident de ne pas s’exprimer sur le sujet, admet Laure Valée. Comme si le fait d’en parler donnerait trop d’importance au phénomène ou apporterait quelque chose de négatif.


Une typologie d’amis (quand tu es passionné par les spi) sur Facebook

Libres-penseurs à chapeau, colocataires trentenaires et DJs – une liste non-exhaustive des gens qui contaminent votre fil d’actualités.

Il y a quelques semaines, une lettre anonyme envoyée à une nouvelle maman est devenue virale. À sa lecture, on comprend que ce sont des amies de la jeune femme qui l’ont rédigée, visiblement lassées qu’elle parle de son bébé en permanence sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnes se sont ensuite offusquées de voir ces jeunes femmes imprimer une missive détaillant les discussions qu’elles avaient eu dans son dos, comme si les boutons « Retirer de la liste d’amis » ou « Se désabonner » n’existaient pas.

Mais au fond de nous, ne sommes-nous pas tous fatigués de ces mamans qui occupent une place prépondérante dans notre fil d’actualités Facebook ? Personnellement, je le suis. Je sais que quelque part en région IDF, il existe une nana dont un ex m’a loué les qualités que je connais intimement sans jamais l’avoir rencontré. Je connais énormément de choses sur elle. Je sais qu’elle est particulièrement zouave avec ses copines. Je sais que son plat préféré est le croque-monsieur, sans béchamel, avec beaucoup de fromage de chèvre et un peu de poivre. Je sais qu’elle s’est lancée dans le free lance RH, a acquis une maison qu’elle met en AIRBNB, qu’elle a fait sa pendaison, il y a quelques mois…

À une époque, un type disposant d’un nombre aussi conséquent d’informations sur un petit garçon aurait été envoyé en prison – puis violé et mutilé, avant d’être torturé de la pire façon qui soit. Mais désormais, Facebook existe, ce qui permet à de nombreux gens stupides d’interagir entre eux. Personnellement, je suis particulièrement débile sur Facebook, et je mettrais ma main à couper que vous l’êtes aussi. Je ne fais pas grand-chose d’autre que poster les articles que j’écris avec une phrase empreinte de fausse modestie, type « Hey, j’ai écrit ce truc ». À vrai dire, dans le tragique monde des réseaux sociaux, tout le monde est d’une nullité infinie – et ça ne risque pas de changer de sitôt. Voici un florilège des gens avec qui vous êtes probablement ami sur Facebook.

LE COUPLE DE PRODUCTEURS QUI SE FAIT DES BLAGUES EN PERMANENCE
« Je l’ai envoyé faire les magasins », écrit la jeune fille entre trois émojis rieurs. « Je lui ai demandé de me ramener des serviettes pour les flux abondants et il est revenu avec des protège-slips ! » S’ensuivent vingt échanges de commentaires entre la fille et son copain. Deux semaines plus tard, ils annonceront leurs fiançailles. Cette histoire est vieille comme le monde.

LE TYPE OBSÉDÉ PAR SES QUILLES QUI PARLE CONSTAMMENT DE SES NOUVELLES ACQUISITIONS
Tout est parti d’un lien eBay renvoyant vers l’annonce d’une sublime quille à vendre, ce qui a déclenché une conversation de 88 commentaires avec ses autres amis passionnés de whisky. Il a passé l’intégralité de son dimanche à montrer sa collection.

LE TYPE QUE VOUS AVEZ RENCONTRÉ UN SOIR DANS LE FUMOIR D’UNE SOIREE DE DEGUSTATION OU SALON ET QUI AIME VRAIMENT PARTAGER CES DERNIERS ACHATS
En France, il existe un sous-spécimen de Français non renseigné par les biologistes. Vous croiserez le digne représentant de cette espèce dans la zone fumeur. Il vous demandera probablement de l’ajouter sur Facebook. « C’est quoi ton nom sur Facebook, mec ? » demandera-t-il après une poignée de main trop ferme pour être honnête. Si vous avez le malheur de répondre, il tapera instantanément votre nom et zoomera sur votre photo de profil avant de vous la brandir en pleine face : « C’est toi ? », fera-t-il remarquer, non sans fierté. Vous acquiescerez bêtement et il vous enverra une demande d’ami dans les nanosecondes qui suivent. Il vous suivra ensuite intensément du regard jusqu’à ce que vous sortiez votre téléphone afin d’appuyer sur le bouton « Confirmer ». Ainsi, vous vous retrouverez lié à un type qui inondera votre feed de ces dernières acquisitions spi. Ce type ne disparaîtra plus jamais de votre vie. Il est immortel. Quand un astéroïde s’écrasera sur nos têtes et que les cafards hériteront de notre planète, il sera toujours là, dans le coin fumeur du Society 1717.

LE PRODUCTEUR QUI VIENT D’AVOIR UN NOUVEL ALAMBIC OU DU NOUVEAU MATOS
Il vient juste de poster des photos de sa bestiole ultra performante sur Instagram et il aimerait savoir si quelqu’un sait comment poser astiquer le cuivre. Si vous connaissez aussi un tips, il vous en serait éternellement reconnaissante. Il a aussi trouvé un sac rempli de vis, mais elle ne se souvient plus à quoi elles servent – du coup, Il en a pris une photo floue et l’a postée avec un point d’interrogation. Aussi, son associé Étienne le pire reste donc encore à venir.

LE TYPE QUI NE SE CONNECTE À INTERNET QU’UNE FOIS PAR SEMAINE ET QUI PASSE 45 MINUTES À RATTRAPER SON RETARD EN PARTAGEANT DES VIEUX POSTS, CE QUI LES FAIT CONTINUELLEMENT REMONTER DANS VOTRE FIL D’ACTUALITÉS – AVANT DE SE DÉCONNECTER ET DE RETOURNER À SES OCCUPATIONS
Qu’est-ce que tu fais le reste de ta semaine, Tom ? Où vas-tu ?

LE TYPE QUI VOUS INVITE À UN ÉVÉNEMENT ET QUI DISCUTE DES DÉTAILS DE L’ÉVÉNEMENT SUR LA PAGE DE L’ÉVÉNEMENT DEGUSTATION, QUITTE À INONDER LE FIL DE NOTIFICATIONS
Depuis l’existence de Facebook, l’organisation de soirée est devenue une épreuve aussi longue que pénible. Si vous avez le malheur de répondre présent à un événement, vous acceptez inconsciemment de recevoir une avalanche de messages de type « Je peux pas ce week-end ! On sera à Berlin » ou encore « Désooooooolé je peux pas ! Barcelone ! » À mesure que l’événement approche, les gens seront tellement énervés par les notifications de la page qu’ils finiront par ne pas s’y pointer. Il n’y a rien de plus triste qu’un « N’oubliez pas les copains, c’est pour aujourd’hui ! » de la part d’une personne qui a eu la témérité de planifier une dégustation trois mois en avance. !

TOUTES LES PERSONNES QUI INITIENT DES CONVERSATIONS GROUPÉES
Si vous avez déjà entamé un groupe de discussion avec moi, sachez que j’ai sérieusement pensé à embaucher quelqu’un pour vous tuer à l’aide d’une corde de piano.

LA PERSONNE QUI QUITTE UN GROUPE OU FORUM SPI, AVANT DE REVENIR
« Annonce : je quitte Facebook dès ce soir (20h). Ce site est devenu une drogue pour moi, et je me fiche sincèrement de votre vie et de vos invitations Farmville. Je me tire pour aller DEHORS, prendre une BOUFFÉE D’AIR FRAIS et me confronter au MONDE RÉEL. Si vous me connaissez, vous savez comment me joindre – la famille et les amis, vous avez déjà mon numéro. Et à tous les gens que j’ai rencontrés en soirée… CIAO !!!!!! » – Un sombre enfoiré.

« De retour après une petite absence (trop de boulot). J’ai raté quelque chose ? » – L’enfoiré susnommé, huit jours plus tard.

LA PERSONNE QUI A TOUJOURS DES QUILLES À REFOURGUER
Cette personne cache probablement un lourd secret, parce que même les maisons de ventes aux enchères ne parviennent pas à avoir des lots aussi fréquemment.

LA PERSONNE QUI POINTE SUR FACEBOOK À CHAQUE FOIS QU’ELLE ARRIVE À SON BUREAU
Sa vie est tellement vide que ma propre tristesse rebondit sur les murs vides de son existence, telle une petite balle de pelote basque. Par pitié, apprends à jouer d’un instrument. Essaye de t’adonner à une activité qui donnera un sens à ta vie. Achète-toi une cuisine équipée s’il le faut.

LA PERSONNE QUI VEUT MONTRER QU’ELLE S’EST TROP AMUSÉE AVEC SES DEGUSTATIONS HIER SOIR EN POSTANT UNE VIDÉO D’ELLE ET DE SES POTES EN TRAIN DE SAVOURER DES SPIS
Tout est dit.

LA PERSONNE TOUJOURS EN VACANCES EN TRAIN DE SIROTER UN SPI
En fait, je dois avouer que j’aime bien ces gens-là. OK, quand je les vois poster des photos de leurs dégustations je ne peux pas m’empêcher de les classer dans la catégorie des pires monstres de l’Histoire. Mais en réalité, personne ne fait autant de rupture psychologique au bureau que les gens qui consomment régulièrement. Et à moins qu’ils ne fassent passer des olives de shit entre la France et Marrakech pour payer leurs quilles, cela signifie qu’ils doivent travailler le reste du temps. Ils ont tout donné au bureau, sans jamais rien avoir en retour. Ils se vengent en postant des photos pour rappeler à leurs collègues qu’ils boivent de bon. Et si vous n’arrivez pas à être content pour eux, sachez qu’ils ont statistiquement bien plus de chances que vous de tomber sur un cancer qui remontera dans leur foie avant de les ronger de l’intérieur. Consolez-vous avec ça.

LA PERSONNE SUFFISANTE QUI SE DÉCRIT COMME UN « EXPERT SPI »
Un nombre conséquent de psychologues de comptoir estiment que les gens ne publient que des photos les montrant sous leur meilleur jour, ou qu’envier la vie des autres ne peut que vous rendre plus dépressif. Mais sincèrement, je ne trouve aucune excuse qui puisse justifier le fait qu’un type partage ses « moments spiritueux» à raison de six foirs par semaine. Je ne trouve aucun sens à donner à ses photos de framboisiers et autres mignardises. Qu’est-ce que je suis censé foutre avec ça ? Je ne sais pas comment ces gens peuvent continuer déguster des bonnes quilles aussi fréquemment sans qu’un huissier ne vienne leur faire mordre la poussière. Techniquement, leur vie n’a absolument aucun sens. Ça me rend presque triste d’y penser – en plus de penser que leurs photos de quilles intéresseront qui que ce soit, leurs finances doivent être dans un état alarmant.

LE LIBRE-PENSEUR À CHAPEAU
Un jour, ce type a complété un test de QI sur une page Geocities – depuis, il arbore fièrement le résultat sur son CV. Il pense être la seule personne sur Terre à trouver un intérêt dans l’œnologie, et il qualifie à peu près tout ce qui a trait à la culture populaire de kitsch. Quand quelqu’un parle de DIPLOMATICO, il commente systématiquement « DON CACA qui ? », exhibant par la même occasion sa photo de profil – où il est coiffé d’un chapeau souple. Il poste régulièrement des statuts sur l’état déplorable de notre monde celui des, avant de partir dans de longs monologues auto-fellatoires – dans lesquels il affirme que si tout le monde lisait un peu plus Whisky mag et passait un jour dans la vie d’un consommateur lambda peut-être que ce monde irait un peu moins mal.

LE FOU DES PHOTOS DE PROFIL REPRESENTANT FORCEMENT UNE QUILLE
Au cas où vous n’auriez pas compris à quoi joue cette personne qui jongle au travers les différentes photos de son profil : court après les likes, change régulièrement sa photo pour qu’elle réapparaisse dans votre fil d’actualités, au cas où vous auriez oublié de la liker il y a deux semaines. Cette personne est assoiffée de spi. Si vous faites partie de ces personnes, servez-vous immédiatement un verre d’eau. Parce que vous avez soif de spi.

LA PERSONNE QUI CHANGE SA DATE D’ANNIVERSAIRE POUR EXHIBER SES BOUTEILLES EN GUISE DE KDO
« Merci pour tous vos messages les gars, mais ce n’est pas vraiment mon anniversaire !!! Je l’ai changé il y a quelque mois parce que je ne voulais pas que les gens me le souhaitent. » Bien entendu, c’est un mensonge. « Mon VRAI annif est dans un mois et j’aimerais que vous veniez tous à [insérez le nom d’un bar pourri situé près du canal, où les cocktails coûtent tous un minimum de 15 euros] !!!

Pour aller plus loin : l’influenceur:

https://www.radiofrance.fr/franceculture/youtubeurs-podcasteurs-nos-relations-parasociales-avec-ces-amis-qui-nous-ignorent-5081620

Thèse de doctorat dEtude des relations parasociales entre viewers et
YouTubers Pierre de Bérail

https://www.france.tv/france-2/complement-d-enquete/4096813-arnaques-fric-et-politique-le-vrai-business-des-influenceurs.html

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