À propos de carnetsgustatifs

Crédit photographique : Julie Limont

Ce blog est un lieu de recherche libre. Il ne cherche ni à séduire ni à convaincre, mais à proposer un autre regard sur le goût. Amatrice de spiritueux, passionnée du goût au sens pur (pas d’achat, ni de consommation, je ne bois pas, je déguste sans jamais ingurgiter), Carnetsgustatifs niche une curatrice dont les contenus anthropologiques sont au service de l’esthétique du goût, combinant un nouvelle approche des spiritueux. En France, les consommations d’alcool sont, relativement peu investiguées par les sciences sociales, contrairement aux pays anglo-saxons. Et cela, alors même que ces problématiques ont largement pris place dans l’agenda économique. Les modes de consommation ou modalités d’usage, tout comme les manières de les définir, introduisent, en même temps de nouvelles terminologies, un ensemble de constructions sociales, voire de représentations souvent négatives, encourageant un imaginaire marqué par la transgression. Cet ensemble de changements, continuités et ruptures, invite à croiser les échelles d’analyse et les regards pluridisciplinaires afin de rendre compte de la manière dont ces différents niveaux s’inscrivent dans les contextes particuliers. Carnetsgustatifs est un blog consacré à l’esthétique du goût, permettant de penser une normativité anthropologique des relations entre individus, au sein d’une communauté, celle des amateurs de spiritueux, dont l’une des caractéristiques principales est l’indétermination de la place du lieu que chacun occupe vis-à-vis de l’objet social qu’est le spiritueux.

Le goût n’est plus un attachement irréductible à soi, mais la mesure qui en l’absence de toute position déterminée, juge de la place qui convient à chacun. Au travers de microcosme , Carnetsgustatifs tente d’interroger d’une part « l’esthétique du goût », et ce qu’inclue cette notion. Tantôt associés aux festivités et aux célébrations, tantôt relevant du pathologique, l’alcool et ses usages apparaissent comme une évidence, un acte social faussement banal, qui mérite pourtant d’être interrogé et analysé.

Ce support digital a pour vocation la mise en lumière, la singularité du regard nourri par les sciences sociales, mais aussi sa diversité, pour questionner cet objet aux multiples facettes et complexe relativement peu questionné. Cette ligne éditoriale curatée, permet tour à tour d’objectiver à différentes échelles, les trajectoires autour de l’alcool « de tordre le cou » aux représentations, d’en suivre le fil historique, ou bien encore de rendre compte des pratiques de consommation. Plus largement, les articles publiés sur ce support, renvoient à quatre axes réflexifs guidant mon investigation anthropologique de l’esthétique du goût. Ce corpus questionne la manière dont l’alcool est traité, partiellement façonné par la science et le politique, en interrogant les usages et leurs significations, et enfin offre comme perspective de décloisonner l’objet de ces espaces traditionnels en vue d’ouvrir de nouvelles approches interstitielles.

1) Le premier sujet interroge la nature du spiritueux : peut-on réduire ce dernier à un simple objet contenu dans un contenant, un signifiant comme signifié ? Quels sont les enjeux théoriques d’une telle association ? Quelles sont les attentes du producteur (toutes typologies confondues entre héritier, nouveaux aventuriers-entrepreneurs passionnés) au-delà des considérations financières, qu’ajoute-t-on à ce savoir-faire intergénérationnel?

2) La seconde problématique vise à éclairer l’expérience gustative, le spiritueux n’est pas seulement une » quille de verre » , mais aussi l’objet d’une expérience. Comment définir cette dernière ? Quelle est la place du goût dans la dégustation ? Les fonctions sociales et anthropologiques des eaux-de-vie et spiritueux par l’analyse de la transmission, contribuant à la recherche de la complexité des liens sociaux. La convivialité socialisée/socialisante, engendre un apprentissage par inculcation, imprégnation. Aussi, la relation éducative semble favorisée par l’ambiance rapprochant les âmes. Elle montre en effet que ces espaces sont ambivalents par l’aspect intégrateur en excluant la dimension festive. En présentant les différents éléments matériels et immatériels transmissibles, elle explore la variété de ces processus entre autres. Celles-ci demeurent des marqueurs étoffant une lecture croisée dynamique, un panorama cartographique du « palais français ». Cette tribune est aussi engagée dans la réhabilitation d’une image galvaudée des spiritueux. Au mieux, appréhender un certain atavisme, cette culture, aisance, facilité, innée du goût : gnôle, goutte, single cask, les bruts de fûts… De manière légion, j’entends, j’écoute les interviewés, me déposant leurs souvenirs. Tout comme les réunions festives négocient, la mémoire familiale par le partage d’expériences communes, par la narration d’anecdotes, notamment passées ou à venir. Entre pudeur et exaltations, ces groupes que sont les distillateurs, producteurs, critiques, consommateurs, constituent des entre-soi signifiants dans leur reproduction, construction mais aussi dans leur rapport à l’altérité. Dans cette chorégraphie bien réglée, les différentes phases de l’apprentissage familial, ménagent des espaces de rencontres pour une mise en dialogue, ouvrant ainsi la possibilité à l’individu de narrer son histoire, penser son identité plurielle : une récolte de paroles diverses.

3) Le troisième enjeu s’intéresse à l’histoire, et à l’imaginaire des spiritueux : j’étudie la survivance de certaines techniques, les valeurs, représentations et sens qu’ils charrient et ce qu’ils réinventent dans la création contemporaine gustative. Une histoire, un storytelling du « bon goût à la française» terme usité jadis par Monsieur Dior. Les interviewés déposent ou non leurs souvenirs familiales parfois fantasmées. Cette proximité rend les participants plus attentifs à l’autre, plus enclin à une réciprocité relationnelle.

4) Enfin le dernier propos, explore les problématiques relatives aux fidélités, loyautés d’ordre filial, souvent inconscientes appliquées aux alcooliers et acteurs de cet écosystème. J’interroge, j’appréhende les mécanismes du « bon goût», à savoir comment celui-ci se forme et / ou se transmet. L’inconscient, l’histoire, l’héritage? Que rejouons-nous du point de vue de l’alcoolier, que renvoie l’effluve, l’amertume, la longueur en bouche chez les passionnés? Une galerie de portraits: héritiers de domaines confidentiels et/ou prestigieux, entrepreneurs producteurs, cavistes passionnés, critiques, collectionneurs, jurés…Décortiqués. Pour finir, je suis fascinée depuis ma tendre enfance par le processus de création qu’il soit pictural, tactile, gustatif, sonore, visuel, olfactif, graphique.

Ce blog n’a pas pour vocation quelconque notation ou jugement, ma recherche va au-delà de « l’esthétique du goût». Pour ceux qui souhaiteraient une notation, internet pullule de blogs à la limite du Standard & Poor’s, foncez-y.

Crédit photographique Drinks and Co Madrid
Barthes, Roland

« Savoir boire est une technique nationale qui sert à qualifier le Français, à prouver à la fois son pouvoir de performance, son contrôle et sa sociabilité…Les spiritueux, par exemple, sont bus pour leur ivresse, la plus agréable, aux suites les moins pénibles », qui s’avale, se répète, et dont le boire se réduit à un acte-cause. Roland Barthes.

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