L’alcoolisme dramaturgique entre foi, parole et mensonge.


 
Vocable
AA = Alcooliques Anonymes
NA= Narcotiques Anonymes
Al-Anons: groupe de soutien aux enfants d’alcooliques
 
Une parole rare: le mensonge devenu compagne.
Je me suis toujours interrogée et m’interroge encore sur ce qui pousse un malade alcoolique a nier la réalité de son alcoolisme.

 

Comment nous exprimons-nous sous alcool, (au delà des brèves de comptoirs) quelle est la portée de nos propos, quel visage dévoilons-nous à ses proches ou à son public que ce soit dans un contexte religieux ou lors d’un délirium tremens
Il s’agit en l’occurrence, des temps de possession strict- sensu, lorsque le corps du chamane dhami-jhankri est saisi de spasmes et qu’à travers sa voix s’expriment les esprits de « l’autre monde». 
 
L’audience est toute entière absorbée par ce point culminant du rituel, sur le plan émotionnel. Elle est à l’écoute et concentrée sur la dramaturgie qui se joue ici : l’incarnation des forces invisibles dans le visible, la mise en présence du divin et du sacré dans la spatialité humaine, ce qui est la base d’une religiosité populaire fondée sur la possession, telle qu’on la retrouve dans l’ensemble du sous-continent indien.
 
Ou bien parole d’alcoolique:
 
Pour survivre, pour ne pas faire de peine, pour avoir la paix, pour es­sayer d’y croire… À chaque mensonge, je trahis non seulement une parole donnée, mais aussi la confiance de ceux qui me l’avaient donnée. Or, il n’y a pas une plus grosse perte que de perdre la confiance des autres.
 
Le mensonge est omniprésent sur le chemin du malade alcoolique. Le mensonge figure à chaque carrefour de sa vie, à chaque embranchement de plusieurs routes dont certaines ne mènent nulle part.
 
L’alcoolique refuse la main tendue, le sourire -trop poli pour être honnête ou la gentillesse de l’autre. Il préfère mentir, se dérober. Il jure que tout est fini, qu’il a compris, que cette fois, c’est la dernière ! Le lendemain, il recommence, inexorablement, son flirt avec la mort. Les démons qui le hantent ont repris le des-sus. Les anges ont disparu d’un ciel où les nuages se sont réinstallés. Une tentative de suicide ? Mais non, un simple shoot qui a mal tourné… Une overdose d’alcool et de médicaments? Mais non, juste le besoin de partir, de s’évader… Tant pis pour ceux qui n’ont jamais ressenti ce besoin fou de dégager en touche !
 
« Pourquoi as-tu fait ça ? »Interroge le regard des gens équilibrés, des socialisés, des normaux… et l’alcoolique de répondre à cette interrogation, souvent muette, par une magistrale fuite en eaux troubles, vers un monde où personne ne pourra le rejoindre. Parce que c’est son monde, celui dans lequel il s’est installé. Un monde de faux fuyants, de mensonges et de trahisons. Au jour le jour.  Sans espoir de rémission ou de retour sur soi.  « J’ai obéi à une pulsion, vous ne pouvez pas comprendre! »…
La grande tirade est lâchée: « vous ne pouvez pas comprendre »… Seuls ceux qui ont vécu cet enfer peuvent espérer avoir le dernier mot. Seuls ceux qui « ont vécu ça » pourront trouver les mots qui délivrent. 
 
L’alcoolique ment beaucoup, tant aux autres qu’à lui même. La honte génère le mensonge et la dissimulation. Le sentiment de culpabilité engendre la fuite, de même que la souffrance demande à être soulagée… « L’alcool, l’aspirine de l’âme », le faux ami responsable de tant de mensonges et de tant de trahisons…
 
Et s’il y avait quelque part une possibilité de vivre sans mensonge? De respecter cette confiance qu’on a eu tant de mal à retrouver? Même si parfois le chemin s’a­vère glissant, la clarté intérieure ne mérite-t-elle pas quelques efforts? La paix avec soi-même, le bonheur de se regarder dans la glace sans devoir baisser les yeux, pouvoir dire aux autres, à ceux qui nous ont fait confiance: « Je ne vous ai pas tra­his »… cela ne vaut-il pas tous les mensonges et fourberies qui, pendant trop long-temps, ont constitué notre univers quotidien?
 
Seuls ceux qui ont déjà été trahis connaissent le goût de la trahison. Le mensonge ne marche que s’il s’adresse à des naïfs. De même la trahison ne peut blesser mortellement que ceux qui n’en ont ja­mais souffert… ou ceux qui ne s’en sont jamais remis. Or, qui peut se vanter de n’avoir jamais menti, jamais trahi ? Personne, pas même un enfant… pas même un saint !
 
Laure Charpentier (extrait du site Association Laure Charpentier accompagne les femmes souffrantes d’alcoolisme).

Le titre du colloque : » La langue du procès international question de justice linguistique » au sein de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, m’a  inspiré cet article. L’écoute d’un cycle de podcasts sur France Culture consacré à ces enjeux jugés encore tabou: l’alcoolisme au féminin  https://www.franceculture.fr/emissions/serie/des-femmes-qui-boivent n’a fait que renforcé ma motivation dans la rédaction de cet article. Appréciant le théâtre, les dialogues absurdes, j’ai tenté de mettre en perspective mon appétence pour la dramaturgie jumelée à cette pathologie conjuguée au féminin.

                                                     

J’ai donc questionnée les fonctions du langage au delà de l’outil, fonction communicative en particulier dans le cadre de ce blog. 

Une voie qui mérite d’être soulevée et creusée, en ce début d’année… Les arbres sont dépouillés, les feuilles mortes se ramassent à la pelle… Les mensonges et les trahisons aussi ! Ils sont omniprésent sur le chemin du malade alcoolique, ils sont autant d’actes « flatteurs » pour la face d’autrui.
L’origine de la dépendance entre facteurs physiologiques, environnementaux et loyautés
Dans la constitution d’une maladie de la dépendance, il y a des causes qu’on appelle des déterminants. Pour l’alcool, ces déterminants sont au nombre de trois. Il y a des causes biologiques, des déterminants psychologiques et enfin environnementaux.
– Les causes biologiques sont liées à des déterminants génétiques. Chez certains, le cerveau a une plus forte sensibilité à l’alcool et à ses effets psychotropes (qui désinhibent, rendent plus confiant, relaxent…). Ces effets dits positifs, que l’on se provoque dans un but de convivialité, vont s’inscrire dans une zone de notre cerveau qu’on appelle l’amygdale.
C’est là qu’est notre mémoire sensitive, la zone de la madeleine de Proust.
Chez l’adolescent, ce stockage se fait précocement. À la recherche de sensations fortes, les ados boivent de plus en plus tôt, de préférence en bande, parfois en association avec d’autres produits toxiques.
Car le problème de l’alcool est quasiment tabou en France, contrairement à celui de la drogue, le constat: un grave décalage entre la prise en compte de ce phénomène et sa réalité, démontrée notamment par les chiffres. Et si l’on admet et dénonce la responsabilité de l’alcool dans les accidents de la route, on commence tout juste à parler de ses ravages dès le collège jusqu’aux grandes écoles.
L’alcoolisme de plus en plus précoce met en péril l’avenir des jeunes, inquiète à juste titre les professionnels de santé, les enseignants et les familles, et touche à des enjeux sociaux essentiels.
Or chez ceux qui descendent de personnes alcoolodépendantes, les premières expériences avec l’alcool vont se stocker plus dans le positif et occulter les effets négatifs qui surviennent après l’effet psychotrope (sommeil, irritabilité…).
Comparable à un tag neuro-biologique dans le cerveau. Il s’agit de vulnérabilité génétique, certains sont plus à risque de rechercher encore ces effets de plaisir en oubliant le déplaisir qui suit. Ils sont plus à risque de devenir dépendants.
– Des causes psychologiques peuvent aussi pousser à la dépendance. Quand on a un trouble psychologique (anxiété, insomnie, dépression…), l’ utilisation de l’alcool compense les effets. Au début c’est efficace, mais c’est éphémère. Rapidement, c’est rajouter un problème initial mais psychologiquement une dépendance s’est instauré une béquille sans laquelle nous avons peur de ne pas y arriver.
– Enfin, il y a des déterminants environnementaux. Surtout en France pays  premier  producteur et exportateur de vin et d’alcool et dans lequel nous nageons en pleine tradition judéo-chrétienne. En religion le sang du Christ est représenté par le vin et culturellement chaque événement de notre vie (naissance, baptême, mariage, décès…) se conclue par l’ouverture d’une bouteille !
Refuser de boire, consommer dans un pays comme le notre est un véritable handicap social tellement l’alcool est inscrit dans nos codes sociaux. Les politiques ne sont d’ailleurs pas clairs à ce sujet dernier tabou médical. Lorsque vous faites une visite chez le médecin, ce dernier  vous  questionne  toujours sur votre consommation de tabac et/ou d’alcool.
Que dire aussi des recours circonstanciels dont nous retirons l’impression , même majorés par la dépendance? Nous citerons pour exemple ces couples précoces, constitués entre amis d’enfance en transgression des lois d’exogamie. 
Les conjoints dans ces cas ont autant de mal à vivre ensemble qu’à se séparer et la situation sensiblement incestueuse dans laquelle ils se trouvent contient un ferment névrotique dans lequel l’alcool pourra jouer son rôle biblique, leur permettant, de fait, la cohabitation conjugale. 
Exemple: A star is born – Un film de Bradley Cooper – 2018

Ce troisième remake d’un célèbre film des années trente laisse encore une fois nos deux protagonistes se dépatouiller seuls avec ces problématiques complexes d’alcoolo-dépendance, et de co-dépendance, qui traversent tant d’oeuvres cinématographiques. L’accompagnement familial et sentimental montre ici ses limites s’il est confiné dans la sphère intime, et réservé aux seuls intéressés sans aide extérieure… 

Ici, dans l’intimité d’une salle de bain, un matin, un verre d’alcool posé sur le rebord de la baignoire, on se déprécie l’un l’autre, on s’humilie, on s’invective à coup de « T’es en vrac, ressaisis-toi », « t’es pathétique, t’es pas belle »… Le verre d’alcool présent dans la pièce ne sera pas celui de la réconciliation, mais bien celui de la discorde. 

Il est bu du bout des lèvres par Ally qui vient de le confisquer à son mari Jackson qui boit, lui, dès le réveil. Elle le provoque pour qu’il réagisse. Est-ce qu’il attend d’elle qu’ils soient tous les deux compagnons de biture, “déglingués“, comme elle dit, et qu’elle se laisse aller, elle aussi, sans pouvoir profiter alors de l’opportunité professionnelle qui lui est offerte en ce moment, et que son mari dénigre tant ?… 

L’histoire est celle d’une rencontre, celle d’une star de la country musique sur le déclin et d’une jeune chanteuse aspirant à la célébrité, ou du moins au succès. Jackson mettra tout en oeuvre pour que sa protégée, avec qui il vit une histoire d’amour, soit sur le devant de la scène et devienne une star. Au fur et à mesure que la carrière de la jeune chanteuse décolle, celle du chanteur décline, et sa consommation quotidienne et intensive d’alcool l’enfonce encore plus, jusqu’à ce qu’il ait du mal à assumer ses obligations professionnelles… 

Ally lui échappe désormais, et a choisi une voie musicale qui empêche Jackson de la soutenir tant elle ne correspond pas à ses exigences musicales. Le musicien est en quête d’authenticité et d’intégrité. La chanteuse est, elle, en quête de gloire et de reconnaissance, et est prête à bien plus de compromis que lui pour réussir dans ce métier… 

La jeune femme a tenu la route tout ce temps et accompagnait, sans se plaindre, les affres de la consommation d’alcool d’un compagnon qu’elle a toujours soutenu. Pas question de se laisser embarquer plus longtemps dans une codépendance qu’elle fuit…

Cela rejoint le cas de certaines personnalités « limites » accumulant, à leur entrée dans la vie adulte ou même l’adolescence, une somme de difficultés psychologiques, justifiant parfois des recours médicamenteux. 
L’alcool en est un qui, pour certains, à peut-être présenté l’avantage de favoriser le lien social et donc de contribuer, par ce biais, à cultiver un besoin primordial pour toute personnalité, et donc éviter le pire. L’alcoolisme, pathologie la moins enseignée mais aussi la plus répandue, a encore beaucoup à nous apprendre.

Enfant, je veillais tardivement pour ne pas manquer Apostrophe et j’ai la souvenance d’avoir vu Charles Bukowski se relever difficilement après une cuite. Car très éméché ce jour-là.

Le mensonge tragique chez le malade alcoolique : un rapport ambigu coupable
Le mensonge essentiel à l’humanité. Il y joue peut-être un aussi grand rôle que la recherche du plaisir, et d’ailleurs , est commandé par cette recherche. Nous mentons pour protéger  on plaisir ou son honneur . on ment toute sa vie, même surtout , peut-être seulement à ceux qui nous aiment.  Marcel Proust, Albertine Disparue.
La minimisation : une diminution systématiquement de la consommation à tel point que nous finissons par y croire nous même.
Un malade dépendant, dans la phase de déni de la maladie, peut être très convaincant et si efficace qu’il arrivera à faire douter l’autre à propos des accusations qu’il professe ! Se comportant tel un enfant que nous sommes toujours au fond de nous, l’enfant qui se cache après un larcin.
C’est un comportement enfantin, irrationnel, nous sommes les seuls à penser que nous dupons les autres. Pourtant , même nous ne sommes pas dupes de nos mensonges, nous savons que nos paroles sont fausses, mais cela demeure plus fort que nous. La notion de honte, peur de l’abandon nous poussent à mentir d’avantage.
Pourquoi ces mensonges sur notre consommation sont-ils aussi importants pour nous, je dirais même vitaux ? Ce phénomène le mensonge tragique exprime toute la tragédie que vit un malade alcoolique…l’espace de parole, à peine masqué par le prétexte d’une figure, des longs espaces de parole sont un type de la matière même de l’écriture. Toutes ces formes troublent la question du dialogue, des « répliques », voire des classiques « tirades ».
Le pouvoir anxiolytique de l’alcool l’aura parfois fait utiliser par des personnes qui, en dehors et en sus de leur dépendance, présentent un fond dépressif, des phobies, une psychose. Autant de troubles qui peuvent s’associer à une alcoolisme pour la seule raison de leurs fréquences respectives. 
En somme, nous pouvons souffrir de l’un et l’autre, et qui peuvent faire bon ménage. Cela s’appelle co-morbidité, avec de réelles difficultés avant de parvenir à la guérison. La sortie de l’alcoolisme est une telle épreuve psychologique, une  rupture (une perte d’objet quasi expérimentale) qu’elle paraît balayer au passage bien des troubles préexistants de la personnalité, pour le plus grand bénéfice du patient.Le déni est une attitude très fréquente chez l’alcoolo-dépendant.
« Je mens donc je suis »…

Diverses formes de mensonge chez la victime d’alcoolisation : l’entourage trinque aussi

Les proches, se retrouvent face à quelqu’un qui ne se considère pas malade. Devant cette attitude, l’entourage ou le corps médical cherche demeure incquisiteur. Or nous avouons chez les flics, ou à son conjoint trompé mais pas à un médecin que l’on souffre d’addiction ou à son entourage. Plus nous nous incarnons en bourreau de la vérité, plus le malade s’enferme dans une attitude absurde de négation. 
 
Le déni est un mécanisme de protection psychologique inconscient, permettant de contourner le problème afin évacuer la culpabilité. L’entourage doit donc apprendre à conjuguer plutôt que de confronter, afin d’ouvrir une porte au dialogue.

-La minimisation : se définit avec une diminution systématiquement de notre consommation à tel point que nous finissons par y croire nous même. 
 
Pourtant , même nous , nous ne sommes pas dupes de nos mensonges, nous savons que nos paroles sont fausses, mais cela est plus fort que nous. Les travaux des psychologues (Castro, 2012) ont cherché à comprendre le sens et les fonctions du mensonge dans le développement de l’enfant et tenté de montrer pourquoi le mensonge est inhérent à la vie en société. 

La honte, et la crainte d’être abandonné incitent aux mensonges de manière exponentielle. Pourquoi des mensonges sur la consommation sont-ils aussi importants, je dirais même vitaux ? 

Car, autre paradoxe, l’alcool empêche de parler. L’alcoolique est réduit au silence et au mensonge. Il l’est comme toute personne rendue pudique par la soumission à un acte corporel. Nous somme loin de la prétendue « mauvaise foi ». 

-La culpabilisation de l’autre : un malade dépendant, dans la phase de déni de la maladie, peut-être très convaincant, efficace qu’il arrivera à faire douter l’autre (son conjoint) à propos des accusations qu’il professe ! 

– L’infantilisation : Nous nous comportons là aussi comme l’enfant que nous sommes toujours au fond de nous, l’enfant qui cache avoir volé les bonbons ou les avoir tous mangés. C’est un comportement enfantin et irrationnel, nous sommes les seuls à penser que nous dupons les autres. 

Sommé d’avouer, l’alcoolique se dérobe ou se révolte, comme chacun peut le faire lorsque sa pudeur est offensée. Cela lui arrive souvent et ne nous étonnons pas qu’il devienne, comme un « artiste du mensonge ». A moins qu’il ne se défende en jouant le mauvais caractère.
 
Mais la pudeur n’est pas uniquement verbale, elle est aussi visuelle et nous fait dissimuler ces actes corporels qui dénoncent la soumission de l’esprit : « Ce qui m’étonne c’est que je me cachais même chez moi où pourtant j’étais seule. » – « Je ne cachais pas les bouteilles dans les placards du salon,… parce que dans cette pièce il y avait des photos de ma famille et un Christ sur un crucifix… c’est comme s’ils avaient des yeux. » – « Cela m’intriguait que, étant seule, je cache la boisson sous les matelas, dans ma chambre, parce que dans ma chambre il n’y avait ni photos ni Christ. » – « Je n’avais pas le courage de me servir un verre ou de laisser la bouteille sur la table dans le salon ». 
 
« Personne ne m’aurait vu, mais il y avait ces photos et ce Christ…. » – « J’allais boire au goulot en me baissant sous le matelas, comme si là ils ne me voyaient pas ». Ce qui ne se dit pas, ne se montre pas et chacun sait « que tous ceux qui sont sains d’esprit … s’efforcent, aux besoins mêmes de la nature, d’obéir le plus secrètement possible. » Anonyme
 
C’est ce que fera l’alcoolique pour la boisson, avec beaucoup de minutie, prouvant pas là qu’il est sain d’esprit. 
 
Cette pudeur coûte le plus cher dans la maladie alcoolique. Plus le patient est en perdition, plus le besoin des autres est impérieux, moins il peut verbaliser. Caché comme un vice, la surconsommation amplifie irrémédiablement ses dégâts et le temps thérapeutique est trop souvent dramatiquement différé.
Ce procédé rappelle des techniques connues d’écriture romanesque du dialogue. Chaque scène alcoolisée peut- elle être assimilée à une pièce de théâtre comique, voir dans le plus souvent des cas dramatiques? Combien d’accidentés de la route à cause des méfaits de l’alcool?
 
La scène théâtrale: l’alcoolique et le cadavre (bouteille vide)
 
Platon est le fondateur du refus de la dramaturgie sociale. En opposant l’immobilité éternelle des vérités transcendantes au mensonge des choses sensibles, le philosophe athénien a planté des premières graines d’un mépris réel et d’un idéalisme promis à un bel avenir. Ce dernier est la première forme de l’esprit d’utopie qui s’épanouit aujourd’hui, après plusieurs siècles de gestation set de lentes progressions. 
 
Si la comparaison avec Silène a fait de Socrate l’exemple de même du décalage entre les apparences et la réalité, le philosophe ou du mon celui que Platon met en scène dans les dialogues a fondé le refus forcené de l’hypocrisie. 
Silène
Socrate
Platon
Cette émission sur France Culture m’a permis de poser un liant entre mensonge et alcoolisme
 
Dans cet article, je cherche à cerner l’objet suivant :l’accumulation d’épisodes, souvent violents, se trouve à prendre le contrepied des usages dominants des « raconteurs d’histoires » ( les one shot d’une nuit, les baratineurs, le dragueurs invétérés, les prédateurs de la drague en soi) au sein de l’espace public contemporain. 
« Mentir vrai », la célèbre formule de Louis Aragon reprise par Antoine Vitez, a contribué à mettre en lumière les liens entre la fiction (la littérature, le théâtre) et une certaine façon de mentir.
 
 
 
 
Louis Aragon
Antoine Vitez
Corneille a fait du Menteur le portrait implacable d’un tout jeune homme saisi par l’engrenage du mensonge, forcé pour rester crédible aux yeux de ses différents interlocuteurs, d’augmenter la mise, d’inventer toujours davantage, jusqu’aux invraisemblances les plus folles.
La dimension dramaturgique du fonctionnement social ne fonctionne qu’à condition que les individus connaissent la règle du jeu, comme les spectateurs de théâtre : le décalage entre le signifiant et le signifié , autrement dit le faut que la pièce représentée est bine une mise en scène utilisée à des fins de coordination sociale.
Le personnage théâtral ( sur le terrain, familial  affectif et/ou amoureux) est souvent l’objet d’un malentendu ; des distorsions considérables existent aujourd’hui entre l’idée classique qu’on se fait de lui et la réalité de ses écritures (sms mail, chat what app). La question du personnage semble concentrer des choix dramaturgiques essentiels aussi bien du côté textuel que de la représentation,
Côte à côte, subsistent des personnages-personnes tels que le malade alcoolique ou des entités mal définies, d’improbables figures honnies par leurs auteurs. Endossées comme ils le peuvent par des acteurs-trices parfois surpris de n’avoir plus de « peaux » dans lesquelles entrer, comme ils le veulent. Enfin, le lieu commun fatigué, obligés d’occuper seul(e)s le terrain de la représentation.
Entre les deux, toute une gamme aux apparences contrastées, personnages monstrueux ou évanescents, fruits d’hybridations diverses ou créatures orphelines adoptées.Elle est à l’écoute et concentrée sur la dramaturgie qui se joue ici : l’incarnation des forces invisibles dans le visible, la mise en présence du divin et du sacré dans la spatialité humaine, ce qui est la base d’une religiosité populaire fondée sur la possession, telle qu’on la retrouve dans l’ensemble du sous-continent indien.https://thedevildiesforfrenchspirits.blogspot.com/2021/12/livresse-une-sororite-religieuse.html
 
La comédie del Arte alcoolique entre religiosité et soi-même.
Les premières manifestations au théâtre de ce qu’on peut appeler l’angoisse moderne datent de la Révolution française. En apparence il ne s’agit que de pièces grossièrement anti-clérical  où les problèmes métaphysiques ne sont pas abordés. En fait, la désacralisation des prêtes et des nonnes donnait lieu à des défoulements sexuels trahissant le désemparement des consciences.
Le théâtre révolutionnaire fut avant tout un théâtre de défoulement où se libèrent les instincts les plus primitifs, un théâtre profondément sacrilèges fort de ce mot.
Cependant le théâtre abandonnait peu à peu lui aussi sa besogne de dénonciation: il s’installait dans le confort médiocre de l’entre-deux-guerres. Seuls, des poètes, des essayistes, comme les daidaistes, les surréalistes, continuaient à témoigner de leur révolte et à préparer la ruine de ce que Mounier nommera le désordre établi.
Cette fois, le théâtre n’eut pas à attendre bien longtemps avant d’exprimer cette impression de béance qui s’ouvrait devant tous les hommes et nous avons vu éclore toute une série de pièces dont les dimensions métaphysiques n’étaient plus contestables. Ce fut qu’on appela le théâtre nouveau….
La tragédie n’a pas à se soucier de leur assurer une existence matérielle , ni même , ni même d’évoquer leurs occupations habituelles, nous dirions presque professionnelles…Les personnages de la tragédie se retrouvent ainsi placés dans une situation irréelle, et au sens primitif du mot dans une utopie.
Le domaine de la tragédie est l’univers des passions, est de nous aveugler. Nombreux s’accordent pour dire quel théâtre est né de rites religieux, ces derniers ayant eux-même pour origine la volonté de participer aux sentiments des dieux par ce moyen s’associer à leur puissance humaine, un besoin d’agir malgré tout sur l’évènement qui vous échappe.
Mais cela ne suffirait pas à expliquer pourquoi soudain la prière s’est faite dialogue née d’un refus de l’impuissance humaine, d’un agir malgré tout sur l’évènement qui vous échappe. Hormis le fait que les Dieux étaient divisés entre eux, les uns bienveillants , les autres bienveillants et pour tout dire , les uns contre les autres.
Cette opposition entre les dieux bons et dieux mauvais ont permis la naissance  d’un dialogue proprement dramatique  supposant toujours que l’un des interlocuteurs affirme, l’autre infirme, créant ainsi l’incertitude de l’avenir qui est le ressort profond de toute action dramatique.
L’exemple du rite tibétain guru-puja
Le rite du guru-puja se déroule dans la maison d’un(e) chamane réputé(e) dans la région qui, à l’occasion, réunit une vingtaine de membres de son groupe ethnique, incluant vieux, femmes et enfants en bas âge. Il se déroule de nuit, sous la forme d’une longue cérémonie qui transforme temporairement l’espace résidentiel des chamanes en espace de prêtrise. Pour ce faire, l’ergonomie du lieu est aménagée pour servir de théâtre à cette invitation des esprits surnaturels ou « maîtres » (guru) à être célébrés par des offrandes (puja).Il s’agit en l’occurrence, des temps de possession strict-sensu, lorsque le corps du chamane dhami-jhankri est saisi de sans e qu’à travers sa voix s’expriment les esprits de « l’autre monde ». L’audience est toute entière absorbée par ce point culminant du rituel, sur le plan émotionnel. 
Il n’est donc pas surprenant que le théâtre, qui peut être considéré comme un « miroir grossissant » des interactions humaines, mette en scène, quels que soient les genres du dramatique, des personnages qui pratiquent le mensonge sous diverses formes (feintes, fourberies, ruses, dissimulations…). Je pense  notamment aux affabulations de Dorante dans Le Menteur de Corneille,
 
Dorante
Le Menteur de Corneille

 

 
aux stratégies mensongères de Iago dans Othello de W. Shakespeare, 
 
                       Iago 
   Othello de W. Shakespeare 

 

aux ruses de Scapin dans Les Fourberies de Scapin de Molière, à l’hypocrisie d’un Tartuffe dans la pièce du même Molière, 
 
 
 
aux mensonges de Victor et à ceux de son père dans Victor ou les enfants au pouvoir de Vitrac, etc…
 
 
 
Les Fourberies de Scapin
Molière
 
Ils apportent la preuve que « L’homme est avant tout un animal mendax », comme le rappelle Guido Almansi (1975), 

Guido Almansi 
 
 
à la suite de M. de Montaigne ou de Jean-Jacques Rousseau.
 
 

Jean-Jacques Rousseau
 
 
M.de Montaigne

 

Corneille a fait du Menteur le portrait implacable d’un tout jeune homme saisi par l’engrenage du mensonge, forcé pour rester crédible aux yeux de ses différents interlocuteurs, d’augmenter la mise, d’inventer toujours davantage, jusqu’aux invraisemblances les plus folles.
 
 
Pierre Corneille

 

 
Depuis, les mensonges, les vrais, ont envahi l’espace social exemples : quelques mensonges  d’ordre privés ont fait couler beaucoup d’encre. Certainement pas davantage que par le passé, en effet à l’air des réseaux sociaux , communication digitale ces derniers sont jetés sur la place publique…

 

 

 
Il semble que cette accélération, un mensonge en entraînant forcément un autre, soit une des constantes des grands menteurs depuis Pinocchio, même si bien peu soit comme lui trahis par leur nez. Nos propres menteurs, en l’occurrence les inventeurs de fictions, ou les malades alcooliques. 
 
Coïncidence ou pas, la metteure en scène Véronique Bellegarde a eu l’idée dès le printemps 2013 d’investiguer, avec l’auteur Frédéric Sonntag, la parole politique sur les scènes européennes à travers le thème du mensonge public. 
 
 
 
 
Véronique Bellegarde
Frédéric Sontag

Ainsi de très courtes pièces ont été commandées à plusieurs auteurs européens avec le projet de les rassembler dans une forme unique qui deviendra un spectacle.

Ainsi l’angoisse se transforme en certitude, l’homme s’intègre dans le plus grand mouvement cyclique, de l’univers et il y puise un réconfort absolu. Absolu mais momentané car les doutes et l’angoisse recommencent sans cesse et c’est pourquoi le théâtre va dérouler d’âge en âge sa chaine sans fin d’angoisses et de certitudes, exprimer tour à tour nos désespoirs  qui ne peuvent venir à bout d’inquiétude. Au fond, le chemin qui mène, de la première œuvre dramatique connue , à une pièce contemporaine comme… 
 
Comment se fait-il qu’un tel spectacle apporte cependant une joie profonde au spectateur ? Quelle exaltation allons-nous découvrir qui lui permette de s’identifier sans déchirures atroces aux héros qu’on lui propose? Qu’allons nous chercher au théâtre qui nous mène sans cesse, si nous n’y véhiculons l’image de désespoir? C’est ce que nous essayons de chercher en arborant avec la tragédie grecque, le problème de la catharsis, de la purgation des passions. 
 
La tragédie, est limitation d’une action de caractère élevé et complet d’une étendue dans un langage relevé d’angoisse d’une espèce particulière suivants les divers parties, imitation qui s’est faite par des personnages en action et non au moyen d’un récit.
 
Cet effet du spectacle dramatique, est à ce point reconnu qu’on utilise aujourd’hui dans certains hôpitaux psychiatres, comme l’hôpital St Anne à Paris , une méthode consistant à confier des malades à de metteurs en scène professionnels, pour que ceux-ci leur fassent : le psychodrame.
 
La tragédie est limitation d’une action de caractère élevé et complet, d’une certaine étendue, dans un langage relevé d’assaisonnement d’une espèce particulière suivant les diverses parties, imitation qui est faite par des personnages en action et non anonyme d’un récit.
 
Le héros de la tragédie est un être pur, désincarné dont la beauté, plastique elle-même a un caractère irréel. Même, si brutal, malfaisant, il propose toujours une image de l’homme libre. Il peut aller jusqu’au bout de ses actes. 
 
D’autres part, les projections sont aisées, l’identification via celui-ci lui, en raison de sa puissance. Secondement, il satisfait en moi des instincts que la civilisation, l’éducation et le surmoi, interdisent  d’assouvir car à tord ou à raison ils les condamnent.
 
Le théâtre et notamment la tragédie pose le problème avec intensité. Il est né pour tenter de nous libérer de cette angoisse, nous comprenons mieux le message de la tragédie selon les grandes époques de l’humanité et selon les milieux. 
 
C’est par ce détour que le théâtre grec rejoint la psychanalyse qui n’a d’autre but, elle aussi que de permettre à chacun de demeurer ou de redevenir, fidèle au plus profond de son être. 
 
Dans le théâtre, la concordance des buts avec l’analyse freudienne est plus apparente, car c’est chez lui que la force des pulsions inconscientes de l’homme est le plus nettement assimilés à la volonté inconnaissance des dieux. 
 
En ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que les scènes d’alcoolisation privées se montrant en spectacle  famille ressemblait étrangement à une scène de théâtre, c’est en partie pour cela que je fais le parallèles entre logorrhées alcoolisés, dramaturgie, et linguistique.
 
Dans l’article consacré l’ivresse religieuse nous avions noté que le champs lexical, vocable du dramaturgique entrait en résonance avec l’alcool: 
Au théâtre, la multiplication des didascalies marquant l’intervention du mal de à chaque changement de prise de parole, aussi courte qu’elle soit, produit divers effets, en tout cas à la lecture, et a des conséquences pour la scène. En premier lieu, c’est littéralement l’auteur qui se trouve au centre du groupe de personnages, comme s’il imprimait le rythme du jeu selon son bon vouloir.
En conséquence, l’importance individuelle de chaque silhouette diminue au profit d’un effet de groupe, l’intervention de chacun se trouvant médiatisée par le donneur de parole. Il semble difficile de supprimer ces didascalies, très écrites, dans une mise en scène, la parole du malade se trouvant intégrée .
Cette brève séquence est assez emblématique de ce qu’on nomme, en dramaturgie, la « perte des liens » : entre malade/ entourage, des liens entre l’acteur- une identité marquée/ l’ancien pôle du caractère ,paroles prononcées/ situation, l’action ou l’information.
La physiologie des discours :
Le personnage entre laconisme et excès vont dans le sens de l’excès. On a pu noter des excès de je m’en foutisme, quand la réplique, amaigrie et quasi anémique, ne délivre plus qu’une parole rare.
 
Cette tendance s’est accentuée à mesure que le dépendant s’autorise une parole en lambeaux, obéissant à des principes de rythme plutôt qu’à des justifications logiques de rattachement à une identité.
Les exemples opposés sont très nombreux : des figures sont à la tête de discours très abondants, parfois redondants, jouant des répétitions, des variations, des listes, d’une prolifération générale de textes de tous ordres. Naturellement, de longues tirades existent lors du rituel alcoolique.
Mais dans ces cas-là, d’ordinaire, les longs discours délibératifs, explicatifs ou relevant du commentaire, se justifient du point de vue de la logique du personnage et de celle de l’action. Il est plus difficile de trouver des explications du même ordre à certaines débagoulées verbales qui ne semblent pas appartenir à la caractérisation de la Doxia, mais à une volonté manifeste du malade qui envahit .
Raconter ne suffit pas, encore faut-il savoir jouer des modalités énonciatives que l’acte de parler libère chez l’interlocuteur.
Cette poétique de la parole est certes marquée par le Gestus de la comparution, du témoignage d’après les faits temporalité dans l’après-coup et responsabilité de dire le vrai , mais aussi par la vivacité émotionnelle de la mise en confidence, du commentaire, amène un dispositif apte à faire de la victime un partenaire du chœur des parleurs pipoteurs.
Là est l’originalité de cette choralité à la fois intime et publique, objectivante et parfaitement subjective. Les exemples opposés sont très nombreux : des figures sont à la tête de discours très abondants, parfois redondants, jouant des répétitions, des variations, des listes, d’une prolifération générale de manière textuelle de tous ordres.
Cet affaiblissement du sujet derrière la parole n’a fait que croître à mesure que les « surfaces de langage » ont gagné en autonomie. Il n’est désormais plus indispensable qu’une cohérence soit repérable entre celui qui parle et ce qui est parlé.
La coupure s’est faite plus profonde, les écarts se sont aggravés ; au point que l’on peut se demander si l’intérêt n’est pas passé entièrement du côté d’une parole qui se déploie de manière indépendante, en elle-même et pour elle-même, sans qu’il soit désormais indispensable de l’attribuer à qui que ce soit en référence aux co dépendants ( famille)
Le fait de parler est devenu, en tant que tel, un centre digne d’intérêt. Dans ces écritures d’entre parleurs, le théâtre des humains est  aux prises avec la parole ses tragédies, ses drames, ses pouvoirs, ses coquetteries, ses faux-semblants – qui se voit mis en scène. Il arrive que le simulacre d’autonomie des personnages (dont nous pouvions encore dire qu’ils « prennent la parole ») soit interrogé par la mise en place d’autres conventions.

Modification des liens entre le soigné et sa parole

En opposant, à la dramaturgie de l’action, une dramaturgie des actes de parole, les auteurs substituent à la logique narrative du personnage classique, construit et confirmé au fil du dialogue, une poétique d’identités performatives : leur principe de caractérisation se confond avec le mouvement propre à leur énonciation.

Ce mouvement, n’étant plus vectoriel par une action à mener, n’est plus forcément intentionnel ni orienté. Cet affaiblissement du sujet derrière la parole n’a fait que croître à mesure que les « surfaces de langage » (voir Lehmann, 2002) ont gagné en autonomie.

Le comportement normal, quand on vous enferme alors que vous n’avez rien fait, c’est de crier, d’hurler. Mais si vous le faites à l’hôpital psychiatrique, on vous enferme. Faire le bon garçon, c’est un comportement complètement anormal dans cette situation, et, pourtant, c’est celui que l’on adopte. Il faut jouer la comédie. Interné, je ne laissais rien paraître de mes attaques de panique, de peur de reprendre 6 mois. Marius Jauffret fils de Régis Jauffret.

Les réunions Al-Anons un lieu de parole circulaire

L’approche sociale et groupal donne aussi de bons résultats via les thérapies de groupes , c’est le cas des mouvements d’anciens buveurs.
Au sein de ces groupes personne n’est jugé mais l’identification avec les autres demeure très efficace. Il incarne le meilleur traitement du déni au travers des mots de l’autre.

Dont‘ worry, he won’t get far on foot – Un film de Gus Van Sant – 2018

Ici, la consommation se pratique avec les moyens du bord, assis sur son fauteuil roulant, un bras en vrac mais qui aidera l’autre à saisir la bouteille et l’amener à la bouche. Il boit à même le goulot dans l’intimité d’un chez soi rien qu’à soi. C’est au-dehors qu’il avancera à toute allure, plus vite que la moyenne des tétraplégiques, dira l’une des responsables de l’organisme de soutien financier… I

l tente de se battre contre les fantômes du passé, mais il a renoncé à lutter contre l’alcool, car il accepte de se sentir impuissant devant lui, comme le propose du moins la première étape des douze que constitue le parcours de sevrage des Alcooliques Anonymes dont l’implantation est si forte Outre-atlantique…

Même si ce film est une adaptation de l’autobiographique d’un dessinateur satirique américain mort en 2010, John Callahan, il ne s’agit pas vraiment d’un biopic, mais bien plutôt du temps de reconstruction d’un jeune homme qui, à vingt ans au début des années 70, suite à un grave accident de la route, se retrouve tétraplégique. Il poursuit alors une consommation chronique d’alcool commencée à la pré-adolescence…

Un jour d’abandon, de frustration, et de grande déprime, la mère biologique qu’il n’a jamais connue lui apparaît symboliquement, et le réconforte. John a une révélation. Il décide d’arrêter de boire. Un long parcours de sevrage commence alors, parcours qui suit donc les douze étapes des Alcooliques Anonymes.

Il assiste tous les samedis à des réunions informelles organisées par un jeune ex-alcoolo-dépendant dans sa demeure cosy. La différence entre ces rencontres et les séances classiques des AA ou NA, avec une valorisation des prises de paroles successives, c’est qu’ici on peut interrompre, questionner, bousculer la parole des autres participants. Il n’est pas là pour s’envoyer des fleurs, mais bien plutôt pour approfondir les tenants et les aboutissants de sa dépendance alcoolique, sans s’apitoyer sur son sort…

John vit son sevrage en acceptant petit à petit son handicap, et en dessinant à la force de ses deux poignets qui tiennent le crayon. Le dessin est satirique et irrévérencieux, à l’image de son auteur dont le travail sera très vite reconnu…

Nous comprenons ici que malgré l’accompagnement, qu’il soit formel ou informel, le travail de fond est bel et bien celui de l’usager confronté à ses forces et ses faiblesses, à ses anges et ses démons qui jalonnent son parcours de vie avec ou sans alcool…

 

Il n’est désormais plus indispensable qu’une cohérence soit repérable entre celui qui parle et ce qui est parlé. La rupture s’est faite plus profonde, les écarts se sont aggravés;  au point que l’on peut se demander si l’intérêt n’est pas passé entièrement du côté d’une parole déployée de manière indépendante, en elle-même et pour elle-même, sans qu’il soit désormais indispensable de l’attribuer à qui que ce soit.
Le fait de verbaliser est devenu, en tant que tel, un centre digne d’intérêt au travers des AA ‘ Alcooliques Anonymes) et Alanons. Dans ces écritures d’entre parleurs, le théâtre des humains est aux prises avec la parole, ses stratégies, ses tragédies, ses drames, ses pouvoirs, ses coquetteries, ses faux-semblants qui se voit mis en scène. Il arrive que le simulacre d’autonomie des acteurs du drame alcoolique (dont on pouvait encore dire qu’ils « prennent la parole ») soit interrogé par la mise en place d’autres conventions.
 
– « Qu’est-ce qui vous plaît dans l’alcool, quels bénéfices vous en tirez ? . 
– « Je me sens plus à l’aise pour discuter quand j’ai bu.Enfin après, je ne me sens plus très capable de discuter…. C’est une période très ambivalente entre j’arrête et je continue ».  
Alcoolique anonyme.
AP
Le corpus de cet article a été constitué ainsi
Thèse de doctorat: Paroles Éthyliques du discours de François Perea
Alcoolisme du discours alcoolisme du discours http://jean.morenon.fr/PDF/identite.pdf 
Autres articles rédigés par des spécialistes des sciences humaines :
 
La structure inconsciente de l’angoisse
Théatre et angoisse des hommes

Le théâtre de l’éffroi
https://livre.fnac.com/a1613566/Rene-Marc-Pille-Le-theatre-de-l-effroi

Bologne, Jean-Claude, 1991. Histoire culturelle et morale de nos boissons. Paris : Éditions Robert Laffont.

Obadia, Lionel, Le « boire ». Socio-anthropologie, numéro 15, 2004

https://socio-anthropologie.revues.org/421, consulté le 10 mars 2017

https://www.cairn.info/revue-societes-2007-1-page-129.htm

https://www.academia.edu/37359948/Des_rhums_et_des_hommes_Questions_d_alcoolisation_

sur_des_terrains_de_recherche_en_sciences_humaines

https://journals.openedition.org/assr/27818

http://www.alcooleaks.com/2018/05/alcool-et-religions/

Vol. 66, No. 1/2, L’alcool rituel et les ethnographes (2017), pp. 9-22 (16 pages)

Published By: Institut de Sociologie de l’Université de Bruxelles
https://www.jstor.org/stable/26867719