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| Sculpture en verre Jean-Bernard Métais |
J’adore l’ivresse, c’est une parenthèse d’ espérance. Patrick Pelloux urgentiste SAMU Paris
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« L’ivresse ne s’improvise pas. Elle relève de l’art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part. Si la première cuite est si souvent miraculeuse, c’est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant : par définition, elle ne se reproduira pas.
« Pendant des années, j’ai bu comme tout le monde, au gré des soirées, des choses plus ou moins fortes, dans l’espoir d’atteindre la griserie qui aurait rendu l’existence acceptable : la gueule de bois a été mon principal résultat. Je n’ai pourtant jamais cessé de soupçonner qu’il y avait un meilleur parti à tirer de cette quête.
Mon tempérament expérimental a pris le dessus. À l’exemple des chamans amazoniens qui s’infligent des diètes cruelles avant de mâchouiller une plante inconnue dans le but d’en découvrir les pouvoirs, j’ai eu recours à la technique d’investigation la plus vieille du monde : j’ai jeûné. L’ascèse est un moyen instinctif de créer en soi le vide indispensable à la découverte scientifique.
Rien ne me désole plus que ces gens qui, au moment de goûter un grand vin, exigent de « manger un truc » : c’est une insulte à la nourriture et plus encore à la boisson. « Sinon, je deviens pompette », bredouillent-ils, aggravant leur cas. J’ai envie de leur suggérer d’éviter de regarder de jolies filles : ils risqueraient d’être charmés.
Boire en voulant éviter l’ivresse est aussi dés-honorant que d’écouter de la musique sacrée en se protégeant contre le sentiment du sublime ».Extrait de Pétronille d’Amélie Nothomb.
Il s’agit de la scène la plus célèbre de l’histoire de la philosophie. Elle se déroule dans une somptueuse maison athénienne.
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| Maison athénienne |
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| Hypnos: dieu du sommeil |
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Alcibiade
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La soirée étant déjà bien avancée. L’huile des lampes s’est consumée en grande partie, remplissant la pièce d’odeur âcre. Les convives du banquet son affalés sur un lit où ils ont dîné tout à l’heure. Contrairement à l’usage, personne n’est ivre; Plutôt que de boire le vin qui les déposerait dans les bras d’Hypnos, le dieu du sommeil, les convives se sont livrés à un des concours informels d’éloquence que l’on affectionne encore.
En cette fin du V’s avant notre ère, deviser est la principale occupation des citoyens, un hobby pris très au sérieux, la seule qui vaille tout compte fait, avec la participation aux décisions politiques , toutes les autres étant indignes d’un homme libre. Les Grecs ont alors la passion des palabres.
Ce soir-là, chaque convive est prié chacun à son tour d’improviser un discours louant le dieu Amour. Socrate vient d’achever le sien, lorsque tambourine à la porte Alcibiade, le plus beau, jeune brillant des jeunes Athéniens, fait irruption dans la pièce, il est fin saoule, et n’a pas encore été convié, mais, s’assied. Son aura est telle qu’il n’a nulle besoin d’être convié pour s’introduire à une fête.
Alcibiade éprouve l’alcool bavard et mélancolique. Il fait part à l’assistance de son désarroi; Socrate qui ne dispose pourtant ni de l’atout ni de l’âge ni celui de la beauté repousse ses avances. Alcibiade vient d’entrevoir pour la première fois qu’il ne faut pas se fier aux apparences ni aux évidences. En souvenir de cet épisode relaté dans le Banquet de Platon le » Silène d’Alcibiade » est resté une expression employée pour évoquer la supercherie des apparences ici dans ce contexte sous ivresse.
La fête, convivialité, socialisée/ socialisante, engendre un apprentissage par inculcation, imprégnation. La relation éducative semble favorisée par l’ambiance particulière de ces festivités rapprochant les âmes au même titres que les messes, prêches, sermons religieux dans lesquels le vin se trouve omniprésent.
Le vin se substitue très tôt au sang de l’animal sacrifié et offert aux dieux, et permet de communier avec les divinités. L’Église catholique a donné au vin une dimension sacrée, en évocation du sang de Jésus Christ. se conclue par l’ouverture d’une bouteille !Le vin, par contre, y demeure la boisson promise du paradis.
Le vin constitue un élément central des religions judéo-chrétiennes. Le christianisme envisage la consommation d’alcool dans un contexte de partage et de convivialité, mais condamne l’ivrognerie, car celle-ci est rattachée au péché de gourmandise, puisqu’elle ne vise que la satisfaction d’un plaisir charnel et égoïste.
En religion le sang du Christ est représenté par le vin et culturellement chaque événement de notre vie (naissance, baptême, mariage, décès…).
Dans le judaïsme, il est sacralisé et sa consommation est intégrée au rituel. Chaque repas de fête et du shabbat commence par le ‘kiddouch’, la bénédiction du vin, avant celle du pain. La coupe de vin circule ensuite entre les participants.
Pendant le repas du Seder de Pessa’h, une des fêtes les plus observées du judaïsme, adultes et enfants boivent quatre coupes de vin à des moments bien précis. Ces coupes permettent, entre autres, d’exprimer la joie de la liberté retrouvée, de se réjouir et de louer la générosité de Dieu.
Le vin est à l’honneur durant la fête de Pourim qui commémore le salut du peuple juif dans l’ancien Empire perse, et celle de Simhat Torah, la réception de la Torah. Une certaine ivresse est même recommandée à Pourim, pour manifester l’allégresse. Toutefois, malgré ces fêtes plus permissives, la consommation d’alcool en général reste modérée et très fortement codifiée.
Enfin, il y a des déterminants environnementaux. Surtout en France premier producteur et exportateur de vin et d’alcool, ne pas consommer dans un pays comme le nôtre est un véritable handicap social tant l’alcool est inscrit dans nos codes sociaux. Les politiques ne sont d’ailleurs pas clairs à ce sujet, c’est le dernier tabou médical. Lorsque vous effectuez une visite chez le médecin, il vous demande toujours si vous fumez, jamais si vous buvez…
Les boissons alcoolisées regorgent de symboles dans de nombreuses religions. Doté de pouvoirs psychotropes, l’alcool a été rejeté par l’islam et le bouddhisme. Cependant, il participe aux rituels d’autres religions. Ainsi, la bière chez les Fali est présente dans toutes les cérémonies alors que le vin dans le judaïsme endosse une fonction sacrée.
Bière, vin, pulque (issu de sève d’agave) en Amérique centrale, chicha (à base de maïs) dans les Andes, ou alcools de riz en Extrême-Orient : ces boissons fermentées regorgent de symboles. Le processus de la fermentation, complexe, exige un savoir-faire dont le résultat incertain a parfois été attribué à l’intervention divine.
L’alcool peut également devenir synonyme d’excès et confusion. Sa consommation entraîne des effets psychotropes qui peuvent autant jouer un rôle libérateur et convivial que mener à l’égarement et au désordre social. Certaines religions ont distingué tempérance, ivresse et ivrognerie.
Elles réprouvent une consommation désordonnée et ne tolèrent une certaine ivresse que dans un contexte bien défini. Le bouddhisme et l’islam la condamnent, parce que l’alcool fait perdre la maîtrise de soi. La tradition sunnite considère que « l’alcool est la mère de tous les vices et c’est le vice le plus honteux » (Sounan Ibn-Majah, Hadith 3371).
Deux choses définissent une religion et la distinguent d’une superstition magique c’est d’une part la croyance en un système d’ordre particulier. D’autre part la conviction que ce système est d’abord particulier et non pas d’origine humaine mais de l’ordre du divin.
Yuval Noah Harari historien et auteur va jusqu’à comparer la religion à un jeu vidéo. il s’agit dans les deux cas, dit-il de s’imposer des règles non naturelles de comportement qui nous permettront de gagner de points pour atteindre un but Un religieux vit au milieu de nous dans sa propre bulle ludique, voyant le réel au travers du prisme des règles qu’il a choisi d’observer.
Impossible donc de négocier avec un tel ordre. Les règles du jeu religieux sont donc à la différence du jeu vidéo pas considérée comme arbitraire.
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| Yuval Noah Harari |
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| Fali du Cameroun |
Fonctions ritualistiques de l’alcool
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| Cuisson de la bière Mil |
Elle est utilisée pour réchauffer le corps lors des initiations. Elle peut être offrande et permet d’établir le contact avec les ancêtres et les puissances surnaturelles.
L’usage d’autres boissons psychotropes pour accéder au monde de l’au-delà et entrer en contact avec les esprits se retrouve d’ailleurs dans le rituel chamanique, avec par exemple l’ayahuasca (une boisson à base de lianes) en Amazonie.
Autant boire dans des rites très différents, avec des effets bio-organiques attendus similaires (l’ivresse éthylique) mais des modulations d’intensité, de sens et, par extension, de fonction relativement dissemblables.
L’analyse des ces trois systèmes religieux comparés présentent des caractéristiques particulièrement dissemblables.
D’un côté, le judaïsme, qui est un monothéisme né dans le monde sémitique, fondé sur une figure divine transcendante et omnipotente, un corpus religieux textuel , dogmatique qui fait autorité (en tant que «), inscrit dans une tradition scripturaire particulièrement normative, adossé à un système d’observances proscriptives (sexuelles, alimentaires, attitudinales, sociales) mais comprenant également des pratiques festives et prescriptives où l’alcool est proposé voire recommandé.
Les fonctions sociales et anthropologiques de l’alcool par l’analyse de transmission lors des fêtes ou regroupements familiaux, amicaux, festifs contribuent à la recherche de la complexité des liens sociaux. Elles montrent en effet que ces espaces sont ambivalents par l’aspect intégrateur en excluant la dimension festive.
En présentant les différents éléments matériels et immatériels transmissibles, elles explorent la variété de ces processus entre autre pour mieux questionner les propriétés et fonctions de l’alcoolisation dans contexte religieux et familial.
Une ethnographie menée au plus près de l’activité religieuse les caractéristiques saillantes, les contrastes, similitudes entre les matière, manières du boire religieux; culturel, l’alcoolisation il y a, dans les deux cas, celle-ci assure des fonctions différentes sous la surface des similitudes formelles .
Les ethnographes reconnaissent que les conduites d’alcoolisation sont enserrées dans des cadres sociaux ritualisés) et des contextes ritualistes. Mais ces conduites sont aussi assujetties à des variations de contenu liées au cadre culturel ou religieux dans lequel elles s’inscrivent.
En résumé le lien qui existe entre l’acte de boire et son contexte symbolique admet de significatives variations déterminées par des situations sociales très localisées. Cela n’empêche nullement les sciences sociales de forger des modèles de portée plus large, et d’établir, sur des cas très particuliers, des théories générales ou de vaste portée sur l’alcool et la société ou l’alcool et la religion en général exemple
Des Rhums et des hommes de Delphine BURGUET and Olivia LEGRIP-RANDRIAMBELO
En retour, de toujours plus nombreuses ethnographies situées portant sur les pratiques de consommation d’alcool en contexte religieux, ou en contexte laïc mobilisant des références religieuses obliques (Castellain 1989 ou Fainzang 1996, pour la France).
Ceci semble, peu ou prou, confirmer la pertinence de grands modèles d’analyse, ceux-là même qui stipulent que l’alcool est un facteur de facilitation de la sociabilité en contexte rituel. Cependant son potentiel de modification des états de conscience peut dans le même temps produire des effets psychologiquement et socialement destructeurs pour les individus et par extension pour les communautés.
En filigrane de ce modèle, une autre idée plus générale est défendue, celle qui veut que le contexte rituel anthropologique comme embrayeur de sociabilité (Segalen 1998), représente un garde-fou préventif, cadrant toujours les dérives d’alcoolisation excessive.
Un boire ritualisé serait donc, un boire social relevant d’un ethos culturel, qui aurait pour vocation de prémunir contre les excès d’alcoolisation, désocialisés et désocialisant.
Un cas bien identifié d’alcoolisation festive dans les cultes des dieux territoriaux au Japon (Cobbi 1991) ou d’alcoolisation sociale et professionnelle en Corée (Sang-Gil Lee 2007), pour n’en citer que deux parmi bien d’autres.
Car la religion en général, que ce soit pour judaïsme, chamanisme en particulier, ils invitent aussi à la consommation; à l’ivresse, et ont également des effets qui présentent une valeur à connotation positive dans le cadre de la ritualité religieuse .
Dans les deux cas, l’ébriété est un facilitateur d’états psycho affectifs dont les rituels sont les vecteurs,effusions qui forment le terreau du sentiment religieux, du moins depuis la sociologie durkheimienne (Durkheim 1916).
Elle a été théorisée à partir d’une vingtaine d’occurrences enregistrées dans des contextes variables en France et en Israël, en diaspora et dans la territorialité politique et religieuse, dans des milieux ashkénazes et séfarades, en petit groupe (de quatre à cinq personnes) ou en plus large comité (de plusieurs dizaines de convives). Le rituel a été ici recomposé en ses éléments de base nécessaires à l’analyse.
Célébrer le rapport aux esprits : le « guru-puja » au Népal
C’est un environnement naturel et culturel radicalement différent qui figure l’arrière- plan matériel, social et symbolique du rituel chamanique qui servira de base d’écriture. Le rite chamanique de guru-puja, observé dans le nord du Népal milieu sherpa et magar dans le district du Solukhumbu (nord du Népal), une zone de moyenne montagne située entre 2.800 et 3.200 m d’altitude, aux pieds de l’Everest .
Zone rurale par excellence, elle est connue pour être la région de résidence historique des Sherpas dont le déroulement est émaillé le temps d’un boire récréatif qui assure néanmoins lui aussi des fonctions de facilitation sociale du rite.
Il s’agit du guru-puja, traduit par « l’offrande » ou « l’adoration », plus généralement la « cérémonie » ou le « culte » rendu au « maître ». C’est une pratique de premier ordre dans le sous-continent indien, qui se déploie autant dans le monde hindouiste que dans les environnements chamaniques de l’Inde et du Népal, et qui s’inscrit dans de complexes cycles rituels locaux (Toffin 1982 ; Bouillier 1982).
Le terme puja a aussi pu être assimilé à celui de « rituel » en général (Peeters 1981). La variante spécifique du rituel guru puja dont il est ici question est une pratique qui s’inscrit dans le complexe calendrier des festivités des chamanes de type dhami-jhankri qui officient dans la zone himalayenne et auxquels échoient des rôles de prêtrise, de thérapie et de divination (Miller 1997).
Dans les groupes bothia, populations d’origine tibétaine, comme les Sherpas et les Magars, dominants sur le plan démographique et culturel dans cette région du nord du Népal, les rituels chamaniques ont pour théâtre les espaces domestiques et le chamanisme n’a pas de temple ni de prêtre ; il n’a que des médiums, désignés par les forces de la surnature, et les résidences des chamanes eux-mêmes, qui se transforment pour l’occasion en salles de rituel.
Le chamanisme des Magars du Népal, culte himalayen de la transe (de Sales 1991) est fortement hindouisé (Lecomte-Tilouine 1993) mais le chamanisme en général est largement répandu dans l’ensemble du Népal (Miller 1997) où il revêt des formes différenciées selon les régions et les groupes ethniques (Hitchcock et Jones 1976).
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| Magars du Népal |
Les Sherpas, bouddhistes de tradition tibétaine résidant dans le Nord, ont développé une culture singulière avec des spécificités liturgiques. Leur bouddhisme a largement absorbé le chamanisme, qu’il soit tribal et local (von Fürer-Haimendorf 1964) ou d’ascendance tibétaine (Paul 1979), et est organisé autour de complexes cycles rituels qui sont d’ailleurs principalement des exorcismes (Ortner 1978).
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| Sherpas bouddhistes de tradition tibétaine |
Bouddhisme et chamanisme se combinent ainsi dans un même univers culturel mais en occupant des temps et des lieux divers : au bouddhisme reviennent le temps diurne et les festivités publiques et fortement organisées, et au chamanisme le temps nocturne et des ritualités plus confidentielles – l’une et l’autre traditions figurant une facette particulière d’une société complexe (von Fürer-Haimendorf 1964 ; Kunwar 1989).
Le bouddhisme, une religion qui impose peu de contraintes sur le plan domestique pour les laïcs, laisse largement s’exprimer le goût des villageois pour les boissons alcoolisées dans le cadre de la sociabilité ordinaire.
Les normes de l’hospitalité villageoise et clanique, dans ces sociétés à forte solidarité fonctionnelle, incluent des temps de festivité et de commensalité qui engagent la distribution de boissons alcoolisées. Cette alcoolisation se manifeste à l’occasion de rituels sociaux, en particulier les nombreux protocoles de l’hospitalité tels qu’ils caractérisent les formes culturelles ritualisées et locales (Ortner 1978). Ils ne sont pour autant pas nécessairement au centre des pratiques religieuses collectives (Kunwar 1989).
Le chamanisme, en contraste d’un bouddhisme aussi socialement structurant, figure la part sombre, extatique, effervescente et violente de ces sociétés de moyenne montagne (Obadia 2010). Dans le contexte de la pratique chamanique, le boire apparaît alors comme un lubrifiant social particulièrement important puisqu’il est un ingrédient fondamental « dans le » rituel mais pas nécessairement « du » rituel.
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| Les Magar |
qui pratique un chamanisme hindouisé, et chez les chamanes lhawa du groupe ethnique tibéto-sherpa, dont le bouddhisme prend des couleurs médiumniques et extatiques, en marge de l’ascétisme monastique qui est méditatif et exclut presque totalement l’usage d’alcool. Les deux constituent des modèles de référence, car les pratiques d’alcoolisation sont empiriquement saillantes et donc faciles à saisir pour l’analyse.
De cette dernière dérive une production d’alcools artisanaux, une bière de millet (chhang) et le rakshi (ou rokshi) un spiritueux façonné à partir de la distillation du moult de la bière non consommée, et, de manière plus spécifique aux bouddhistes sherpas, une macération absorbée chaude qui se nomme thongba. A l’image du vin dans la Pâque juive (voir plus loin), la consommation de ces alcools est un élément clef des rituels chamaniques.
Les rituels d’extase chamanique, dans cette région de l’Himalaya, n’ont pas besoin de l’aide de psychotropes pour faire accéder à l’état de transe qui s’obtient par le rythme des tambours : ni psychotropes ni alcool ne sont requis pour susciter l’extase des médiums. Pourtant l’alcoolisation est bien présente dans ce cadre religieux.
Car l’alcool est un ingrédient mineur mais néanmoins toujours présent dans les petits comme dans les grands rituels de la région, au premier rang desquels se range le guru-puja. Il semble assurer des fonctions essentiellement socialisatrices, en l’absence de références directes à des fonctions symboliques dans la tradition orale ou de prescriptions liturgiques aussi explicites que celles que l’on trouve dans le judaïsme (voir plus loin).
Le rite du guru-puja se déroule dans la maison d’un(e) chamane réputé(e) dans la région qui, à l’occasion, réunit une vingtaine de membres de son groupe ethnique, incluant vieux, femmes et enfants en bas âge. Il se déroule de nuit, sous la forme d’une longue cérémonie qui transforme temporairement
Le principal breuvage alcoolisé distribué au cours du guru-puja est le chhang, bière traditionnelle qui est brassée à la fin des récoltes dans quasiment chaque foyer qui dispose d’un lopin de terre ; les membres qui exercent des métiers non agricoles se fournissent auprès d’autres villageois. Fruit de la fermentation du millet, elle est fabriquée par pressage à la main et conservée dans de grands bacs.
Elle est en général servie dans le cadre de la sociabilité villageoise, lorsqu’un invité est reçu dans un foyer : la qualité, le volume de la boisson servie, ainsi que les manières de la servir, sont des révélateurs des rangs sociaux.
La bière est distribuée de manière collective et bien moins solennelle lors du rituel du guru-puja. Un grand récipient en plastique bleu, de type réservoir d’eau, ou une barrique en bois contient un grand volume de chhang, que l’on sert généreusement dans de simples verres, en laissant quelques gouttes tomber au sol (en signe de fertilité et en guise d’offrande aux esprits chtoniens).
Elle est absorbée, consommée par les chamanes et par l’audience dans des moments très particuliers, les pauses entre deux temps où le rite atteint des pics d’intensité. Sans autre forme de procès que le penchant plus ou moins marqué des villageois à l’endroit de ce breuvage, et surtout à la manière locale : aspirée à grand bruit, ce qui est un signe d’appréciation du contenu.
Il s’agit en l’occurrence, des temps de possession strict- sensu, lorsque le corps du chamane dhami-jhankri est saisi de spasmes et qu’à travers sa voix s’expriment les esprits de « l’autre monde ». L’audience est toute entière absorbée par ce point culminant du rituel, sur le plan émotionnel.
Elle est à l’écoute et concentrée sur la dramaturgie qui se joue ici : l’incarnation des forces invisibles dans le visible, la mise en présence du divin et du sacré dans la spatialité humaine, ce qui est la base d’une religiosité populaire fondée sur la possession, telle qu’on la retrouve dans l’ensemble du sous-continent indien (Assayag et Tarabout 1999).
La bière de millet est en effet servie dans ces pauses qui séparent deux séquences rituelles d’une forte intensité, après de longues séances de danses et chants, et des moments fugaces, mais particulièrement intenses où les corps sont secoués par la présence des esprits et où le son des tambours et cymbales fait monter la tension à son paroxysme.
Ensuite, le ou la chamane jhankri et ses « aides » (dole) suspendent l’activité rituelle durant quelques minutes où tous les sons sont neutralisés et tous les corps sont de nouveau domestiqués par les humains : on ne chante plus, on ne danse plus, on ne joue plus d’instruments et le/la chamane retrouve sa voix originale, qui s’exprime en dialogue avec d’autres humains, avec courtoisie et badinerie.
Car le rite dure de nombreuses heures, et même aidés par des forces surnaturelles, les chamanes n’ont pas la force physique ni morale de maintenir cet état d’extase au-delà de quelques dizaines de minutes, de même que le public ne peut maintenir une attention soutenue et être continuellement absorbé par la transe des chamanes.
Le rituel de guru-puja prévoit donc des aménagements suspensifs du déroulement rituel proprement dit, mais qui font demeurer les médiums et l’audience dans un cadre religieux, même si lorsqu’on boit, on converse, on s’amuse les uns des autres, on allège la pression du rituel.
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| Lévy-Bruhl |
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| Emile Durkheim |
Le judaïsme est une religion tributaire de son ancrage premier dans une économie agricole, qui a initialement marqué (et qui continue de marquer profondément) de son empreinte sa ritualité et sa liturgie, qui compte quantité de références à une économie productive de type agropastoral.
Cependant lorsque le regard de l’anthropologue quitte le plan textuel et se focalise sur le rite ou dans des religieux, alors la signification des actes qui le constituent, le sens qu’il assume et les effets qu’il engendre changent: la fonction symbolique de la fertilité, motif premier de l’alcoolisation religieuse, se trouve associée à des fonctions socialisatrices par et pour le rite.
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| Hervé Le Bras et Emmanuel Todd |
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| Georgio Gobat 1661 Theologia iuridico-moralis seu accusatio canonica ebriosi |
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| Saint-Jean Chrysostomeil |
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| Basile le Grand |
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| Saint-Augustin |
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| Platon |
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| Sénèque |
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| Plutarque |
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| Charles-Quint |
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| Encore un essayages godasses! Emmaüs Alternatives Paris II |
















































