Partie III La voie des sens Nicolas Julhès
Suite de la seconde partie:
https://thedevildiesforfrenchspirit.wordpress.com/2021/07/10/nicolas-julhes-et-le-design/
À l’attention du lecteur: cet article n’a pas pour vocation quelconque notation ou jugement, ma recherche va au-delà de » l’esthétique du goût ». Pour ceux qui pensent lire un pamphlet, voir un brulôt sur la Distillerie de Paris, qu’ils swipent à droite comme sur Tinder.
Article écrit avec comme supports deux numéros de la revue Hermès aux éditions CNRS. »Le XX’s saisi par la communication » et « La voie des sens ».
Hans Markat : Les cinq sens
Usine à parfums *
Usine à parfum —tropicale moiteur & suie de bouc (suif de cochons en débandade, en vérité) usine à parfum — comme au temps de la chasse à courre vous convoitiez les bouvreuils, leur spermatozoïdes élastiques jusqu’à l’épopée du lit !
Usines à parfum — miennes chasse guerre : rien n’existait — vous le saviez — que vous & moi peut-être si le diable le veut bien —et le monde aussi
Usine à parfum — vôtre maintenant :vous cultivez bouffons (mysère ! mysère) — mon coeur d’alorscousu de fil et d’épines : de quoi faire dormir N.S.J.C & pleurer les vierges fondues comme cierges d’antan
*Avec possiblement en arrière-plan la silhouette de la Parisienne passante telle que modélisée par Giuseppe de Nittis dans La parfumerie Viollet, boulevard des Capucines et en surimpression une eau de violette dont le bleu, toujours mystérieux, des flacons d’éther.
Les éditions Lanskine publient Si et seulement si d’Olivier Apert.
Version officielle:
Julhès s’est lancé dans la production de spiritueux mais nul ne sera surpris d’apprendre qu’un de ses maîtres à penser est Edmond Roudnitska, l’immense parfumeur à l’origine de quelques-unes des plus belles fragrances du siècle dernier (pour Dior et Rochas, entre autres). Julhès ne cherche pas à faire des produits attendus, demandés.
Avant de succomber à sa passion, il a voulu un temps être marchand de chevaux dans la région de Compiègne mais cela ne l’a pas épanoui, pas plus que le monde des voitures «vite devenues trop électroniques et cela ne m’a plus intéressé». Il a vécu aux États-Unis, puis est naturellement rentré à Paris pour retrouver sa famille, son quartier.
Depuis deux ans, il dirige avec son frère Sébastien l’unique distillerie de la capitale.
La précédente avait fermé ses portes en 1914. Il a récolté l’argent nécessaire à l’investissement sur KissKissBankBank, le site de crowdfunding. L’alambic flambant neuf est immatriculé 751301: 75 pour Paris, 13 pour 2013, année de création, 01 pour la première distillerie du XXIe siècle, qui sera sans doute aussi la dernière, tant l’État désormais exige de garanties pour une telle activité.
Version The Devil dies for French Spirits
Après une longue période durant laquelle la connaissance de l’olfaction est restée stagnante, l’attribution du prix Nobel de la physiologie et de médecine à deux chercheurs américains Richard Axel et Linda Buck pour leurs travaux sur la reconnaissance des odeurs (1991) est venue relancer l’intérêt pour ce sens longtemps négligé. Leurs travaux a gagné l’attention des savants et surtout des industriels parfumeurs.
Une marque dans un flacon
Les parfums sont en lien entre le grand public et le monde du luxe. Même le parfum le plus cher demeure à la portée du consommateur moyen qui si il regimbe devant le prix d’une robe du soir Chanel, peut faire une petite folie pour un flacon de N5.
D’après Mintel ( bureau d’études ) , les parfums et les cosmétiques représentèrent 37% des 70 milliards de dollars du marché des produits de luxe. Il s’agit de à 100% de construire la marque, de communiquer ses valeurs et d’ouvrir la marque à une large clientèle. Côté mode , les prix continuent d’augmenter pour ainsi dire, les parfums et les cosmétiques rendent plus accessibles et aident les créateurs à maintenir leurs entreprises à flots.
La hiérarchie des sens : polysensorialité
L’esthétique, cette science des sensations, ne s’occupe pas que de celles relatives au toucher et de l’odorat; quoi agissant sur nous plus fortement, elles sont cependant trop « trasho » pour avoir quelques rapports avec les beaux-arts ou arts plastiques, ces derniers ne se sont que pour « vue » selon les dires.
Néanmoins au XVIIIe siècle, F.Milizia rappelle « la pseudo supériorité » du visuel et du sonore dans le domaine de l’esthétique, des arts, à l’opposé des sens de proximité considérés comme » bas : le goût, l’odorat et le toucher » .
Cette hiérarchie des sens est gardienne d’une histoire, dont témoigne la fortune de la métaphore lexicalisée du goût pour désigner la sensibilité du palais.
Au croisement de distillation et de celle des sens, l’articulation entre la perception visuelle et celle des « facultés sensorielles dites basses » dans les lieux tels que les distilleries, salons cafés, bars, ou encore dans les boutiques, contribuent d’une part l’existence sociale puis aux nouaisons sensorielles intempestives, comme sources contributrices à une histoire de l’esthétique gustative par une approche matérielle sensorielle.
Les processus sensoriels réputées basses dans leur acception littérale sont par exemple l’interdiction de toucher l’alambic, la formalisation de la « bonne » distance à observer dans les espaces de production, ou bien encore les effluves pour souligner leur proximité avec le distillateur, leur familiarité avec son travail.
Ils impliquent un contact, en prenant du recul au profit d’un rapport plus viscéral au produit, les sens réputés bas sont censés agir davantage sur le corps que sur l’intellect. Ce qui est loin d’être le cas de figure au sein d’une distillerie.
Cette hiérarchie des sens est gardienne d’une histoire, dont témoigne la fortune de la métaphore lexicalisée du goût pour désigner la sensibilité du palais. L’humanisme et la science vont alimenter le débat sensoriel, la nomenclature classique des cinq sens n’est pas aisé. Le socle du savoir sur les organes récepteurs a été posé par Aristote (Traité de l’âme Liv III, II 1-6)
le visible, le sonore, la saveur, l’odorat, le tangible sont intégrés dans une théorie générale de la perception où sont distingués les sensibles communs, tels que les mouvements et le repos appelés sensibles propres que je nommerai plutôt besoin primaires (termes employés en économie). Leur ensemble forme un seul sens considéré comme un sixième sens.
D’autres perspectives sur les sens ont été ouvertes depuis Aristote, au travers diverses disciplines, notamment avec la psychanalyse et l’anthropologie qui se sont intéressées à l’olfactif et au tactile.
Sigmund Freud
L’odorat si important chez l’animal s’est retrouvé nous dit Freud affaibli chez l’homme. L’hypothèse est affairant au fil de textes qui la psychologie insiste dès son avènement sur l’orientation ou en tout cas à prendre en considération les travaux sur l’étude des sens et sensations.
C’est ainsi que le Professeur Charles Henry prend la direction du laboratoire des sensations en 1897 « le laboratoire de physiologie des sensations ». Celui-ci met au point des différents appareils destinés à mesurer l’intensité des excitants et à tracer les effets des sensations tel que le photomètre ( vue), l’audiomètre ( ouïe) l’olfactomètre (odorat)…
Nous pouvons dès lors considérer les voies sensorielles olfactives comme différente de celles des autres sens ( vue, ouïe, et toucher) car les messages nerveux envoyés par leurs récepteurs sensoriels sont centralisés dans un relais : le thalamus , avant de parvenir au cortex qui analyse les signaux reçus.
La sensation est l’état de conscience qui se produit lorsque le son, la lumière, la chaleur etc… agissent sur l’organisme dans des conditions déterminées ( je pense notamment à l’IRCAM l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique est un centre français de recherche scientifique).
Le: » j’aime ou le j’aime pas »
» Comme d’autres esprits voguent sur la musique, le mien, ô mon amour! Nage sur ton parfum
Baudelaire dans la Chevelure ( 1975 p 26)
» Oui ben tu dis que ça ne te fais pas voyager c’est quand t’aime pas.. » Alexandre Vingtier.
(Tu m’étonnes le gourou du bon goût avec ta belle chevelure de blonde)
Ce que l’on nomme » phénomène mental » entre comme élément constitutif dans les autres états de l’esprit, tels que les images , les idées, les émotions. L’effluve appelle le souvenir, émeut le goût, s’exprime en musique et sa puissance tant de fois éprouvée, transforme son évanescence en une étrange substantialité.
Comme le souligne Sigmund Freud l’odorat est affaibli chez l’homme au fil du corpus freudien qu’à réunit Alain Delrieu en 1997 » Freud Index Thématique Psychanalyse Anthropos » d’un refoulement organique dû au redressement postural, des sensations olfactives, phénomène qui aurait ouvert la voie à la civilisation et en particulier à l’origine des névroses.
De même que sont liés abandon de l’olfaction et refoulement, peur du toucher et refus dans le travail psychanalytique. Sens privilégié de la mémoire affective l’odorat capte l’instant perdu et soudain recouvré dans la fraîcheur de l’émotion primitive. Nous évoquons, voir incriminons souvent les rapports qu’entretiennent la mère et son enfant notamment via les objets transitionnel dit » doudou » imprégnés de l’odeur maternelle voir paternelle.
Benoit Schaal et Hubert Montagner ont confirmé ce fait vérifié empiriquement ; le rôle de l’odorat dans la constitution du lien unissant une mère à son nouveau-né.
Cela a été mon cas enfant , j’ai la souvenance de m’être souvent endormie avec le haut d’un pyjama appartenant à mon père faisant office d’objet transitionnel. Mes étés bourguignons ont été marqués de pleurs sans mon doudou.
C’est donc dans l’examen de la vie mentale, des sciences mentales qu’il convient d’aller puiser une analyse sensorielle et non pas d’une fragmentation organique inspiré de l’anatomie. Ainsi, dans l’entre cœur de cette activité mentale que Charles Blondel propose un éclairage dans son « introduction à la psychologie collective « dans laquelle la perception générique est le fait de groupe et non de l’espèce ou de l’individu en particulier via l’œuvre de Proust sur l’espace, la vie affective, les troubles du comportement. L’odorat pour ce dernier « la madeleine de Proust » est un agent socialisant puissant comme le confirme en partie l’apparition des pratiques d’aromathérapie actuelles.

«Petit, j’étais passionné par le parfum qui me réconfortait, m’énergisait. Mon arôme préféré est la bergamote. Je l’ai senti pour la première fois à l’âge de six ans. J’étais à la montagne, je skiais et pour me protéger du soleil j’avais une crème coco, monoï, bergamote. J’ai tout de suite compris que je ne pourrais plus me passer de cette odeur Depuis, j’en suis fou. Dans mes compositions, elle est capitale, elle tient le rôle de centre de gravité aromatique. À côté, le jasmin lie les éléments entre eux, la cardamome texturise, la racine d’iris fixe les fumets, les écorces d’agrumes fournissent de la tension, la réglisse laisse une impression de fraîcheur en bouche. Sinon, je suis tout aussi fasciné par les effluves de chocolat ou d’umami…». NJ
Une esquisse panoramique d’un langage sensoriel
C’est au XIX’s dans l’héritage des Lumières et conjonction d’une sciences des mœurs de l’esprit que s’opère un point de bascule sensoriel. Les hiérarchies sensorielles héritées du débat philosophique s’émancipent du colonialisme des clichés simplificateurs. Ces derniers sont souvent marquées par des préjugées contextuels au travers de l’histoire des mentalités ou idéal de la nation .
Souvenons-nous des répliques politiques de certains au regard des odeurs…
Plaisante ou non, la fragrance d’autrui forme et informe un entre deux corps, car la chair de l’autre investi d’emblée nos narines sous une forme d’effluves soi-même et l’autre.
« L’essai sur la sociologie des sens » de Georg Simmel publié en 1912, dont le dessein est d’analyser les différents faits provenant de la constitution sensorielle de l’homme, les modes d’aperception mutuelle ainsi que les influences réciproques dérivant relatives à la vie collective ».

Georg Simmel
À la fin de son essai ce dernier consacre un chapitre à l’odorat: ce sens évoluant entre désagrément, anti-social voir son contraire par excellence. Dans les questions des classes ou de » races » le dégoût invisible que produisent les impressions de l’odorat, origine de l’expression: » j’peux pas le sentir lui »…
Si la puanteur alibi de la haine , prétend toucher à la nature profonde de l’ennemi , le parfum illumine l’amour : » je connais son odeur, pas seulement les parfums qu’elle préfère; non son odeur sienne » Jules Romains.
Assurément les odeurs sont dynamiques et ne demeurent pas confinées aux limites du corps qui les produits. Elles s’échappent en sécrétions et excrétions qui alimentent tout un pan des représentations du « sentir ».
La porosité des corps se manifeste aux limites des canons esthétiques établis.
La culture visuelle, picturale, iconographique de l’Europe du Nord représente au XVII l’odeur putride et odeurs corporelles comme signifiant et non plus telle que des marginalia du corps ressuscité de Lazard était destinée à rappeler l’humanité peccamineuse.
Dans des estampes satiriques, les emblèmes , les scènes de genre ou la caricature, l’évocation régulière des relents corporels d’autrui transgresse le bon goût de l’establishment et s’affiche héritière de l’esthétique carnavalesque chère à Rabelais et Luther et tous les satiristes germaniques de la Réforme.
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d’une manière générale nous assistons à mesure que notre civilisation s’affine, à l’acuité de la perception des sens s’amenuisant , tandis que leur capacité de jouir et de sentir s’accentue.
Que la communication engage , les cinq sens tombe sous le sens… Ce n’est pas toujours le cas. En effet, la civilisation occidentale a établi la prédominance de la » vue » et « l’ouïe » au delà de la dévalorisation du » toucher » de l’odorat et du goût, réputés animaux.
La dictature des écrans et des casques confirme aujourd’hui cette mise en ordre en nous engageant dans des formes de communication de plus en plus désincarnées. Une réaction semble pourtant se produire avec des initiatives pour valoriser le sens de l’intime à savoir: ateliers olfactifs, aromathérapie, dégustation de vin…Notre époque remet en question la hiérarchie des sens et découvre de nouvelles thérapeutiques consuméristes sensitives.
Par ailleurs, les sciences humaines, la science : médecine, biologie, neurosciences nous poussent dans nos retranchement : la classification de nos sens n’est le reflet que de nos choix culturels. Nous possédons plus de cinq systèmes sensoriels, nos perceptions fonctionnent d’une manière globalisée , entre croisée, multimodale.
L’apogée des sites de rencontres et notre besoin de sensualité a beau être exprimé de différentes façons, il échoue souvent face à des angoisses archaïques. La vulnérabilité de la chaire par exemple, menacée par la la covid-19, la déchéance, nous terrifie, étouffant le désir de jouissance en refermant l’individu sur lui même.
L’esthétique, cette science des sensations, ne s’occupe pas que de celles relatives au toucher et de l’odorat; quoi agissant sur nous plus fortement, elles sont cependant trop « trash » pour avoir quelques rapports avec les beaux-arts ou arts plastiques, ces derniers ne se sont que pour « vue » selon les dires.
Campagne publicitaire de l’Artisan Parfumeur
L’émergence du dessin publicitaire pour les parfums, savons et autres odorants, notamment dans les dernières décennies du XIX’s est bien une autre grande étape de la valorisation du corps parfumé.
Le parfum ou la création comme un récit
Pour composer un parfum, la connaissance des matériaux ne suffit pas et la parfumerie comme tous les arts , dépend de son passé historique et culturel. La créativité est le fruit d’un héritage choisi.
Extrait du site KISS KISS BANK lors de leur levée de fonds
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Aujourd’hui, les deux frères reviennent avec un nouveau projet : créer le premier parfum fabriqué à Paris dans leur distillerie. « Nous proposons quelque chose de vraiment différent dans le monde du parfum. On fait le parfum en utilisant de l’alcool qui est produit sur un alambic traditionnel, avec une vision du parfum un peu disruptive et décalée », souligne NJ.
Parfum mixte, le créateur explique : « J’ai un peu du mal à composer les parfums de manière sexuée. Est-ce qu’un parquet est féminin ou masculin ? Et la lampe ? C’est assez bizarre en fait. Le rose pour les filles, le bleu pour les garçons, c’est purement social. Si on dit rouge et bleu. Tout le monde pense rouge chaud et bleu froid. Mais dans le spectre chromatique, le rouge est plus froid que le bleu. Il y a plein de choses que nous avons intégrées qui sont purement sociales. Mais par contre, le goût, moi je le crée plus avec mes tripes. Du coup, intégrer des données sociales, je trouve ça chiant. Et… je ne sais pas le faire. » NJ
Réunir deux mondes divorcés : l’alcool et le parfum
Extrait du site KISS KISS BANK BANK
« Avec ce nouveau projet, Nicolas Julhès revient aujourd’hui à sa passion d’enfance, le parfum : “Le parfum est fait en majorité à base d’alcool et ces deux mondes avaient divorcé pour des raisons de fiscalité. D’un côté, à cause des taxes sur l’alcool et de l’autre, parce qu’à partir des années 1860, les arômes de synthèses sont arrivés et ont définitivement séparé ces deux univers. Et nous, on a remis ces deux univers ensemble en distillant notre parfum dans la capitale.”
À nouveau, les Julhès s’inspire de l’énergie créative, des rencontres et du bouillonnement parisien. Leur force ? Proposer un parfum très différent de ce qui se fait sur le marché : “La matière première utilisée est notre alcool aromatique, structuré, texturé et ce qui n’existe pas chez les autres.”
De Gin Fizz de Lubin à Juniper Sling de Penhaligon’s, en passant par Spiritueuse double vanille de Guerlain, Batucada de l’Artisan parfumeur et toute la gamme des parfums F rapin, l’évocation de cocktails rafraîchissants ou de notes d’alcool plus liquoreuses est presque devenue un classique de la parfumerie. » Le parfum et les spiritueux ont tant de choses à se dire : matières premières communes, familles d’arômes partagées, profondeur, complexité, pouvoir d’évocation « , NJ.
Pour sa première gamme d’eaux de parfum, il a poussé le rapprochement plus loin que la simple inspiration. Il a remplacé l’alcool neutre dénaturé habituellement utilisé pour diluer le concentré de parfum, à la « vibration métallique et astringente », par des coupes de distillation de rhum, de whisky ou de gin, travaillées dans son alambic en cuivre « tout en texture et en relief ».
Un procédé qui « permet à chaque fragrance de gagner en finesse tout en prenant une nouvelle dimension», promet la marque. Le même concentré – composé par Benoît Lapouza – dilué dans trois alcools différents permet ainsi d’obtenir autant de parfums aux rendus olfactifs étonnamment distincts.
Fasciné par le parfum, Nicolas Julhès cherche à discuter avec des nez. De fil en aiguille, il se retrouve chez Drom Fragrances,
puis entre les mains du parfumeur Benoist Lapouza. Les parfums sont rarement, voire jamais développés par les créateurs seuls.
L’anti chambre d’un parfum :les process et pourparlers
Dans l’industrie du luxe, ils sont souvent sous licence par de grandes sociétés de produits de beauté tel que l’Oréal ou Uniliver. Les créateurs n’ont ni le savoir-faire ni les budgets pour créer , fabriquer , distribuer, et commercialiser les parfums.
C’est pour cette raison que la création d’un parfum est une affaire délicate. Le résultat doit être dans l’air du temps sans passer pour quelque chose d’éphémère affairiste. Il doit refléter les valeurs de la marque sans être trop complexe . Ces derniers temps qu’importe le flacon, ce qui est jugé est le contenu c’est à dire le « jus ». Et comme un parfum qui n’a pas de succès peut-être radié des noms de commandes et porter préjudice à la maison mère, les créateurs ont tendance à contrôler le développement de leurs parfums.
NJ a tenté avec l’aide de Benoist Lapouza de traduire l’esprit de la marque : D2P dans un parfum , il est donc essentiel que NJ et BL aient travaillé ensemble. Le créateurs respecte le fait que le parfum est un métier à part entière et non le sien mais conserve un contrôle absolu sur le processus.
Avant même le parfum, il y a un nom, en général ce dernier est choisi au début du processus. Imaginer un nom de parfum est ardu, la preuve : il s’agit d’une jointure entre un grand groupe et un créateur exemple: Flower by Kenzo. Ce qui n’est pas le cas de NJ qui lui a choisi la sobriété intitulé avec « le parfum de la D2P ».
Extrait du FB de la D2P :
751301 🤔 Ce numéro sur nos bouteilles vous intrigue ?
Il s’agit en fait du numéro d’immatriculation de notre alambic magique ! 75 Pour la ville de Paris, 13 pour son année d’installation (2013) et 01 car c’est tout simplement le premier alambic légal de la ville de Paris 🇫🇷
Le parfum en lui même est un travail équipe qui associe le créateur BL, l’entreprise D2P qui a la licence et le producteur du parfum NJ. Il existe seulement une poignée d’industriels du parfum dans le monde et chaque parfum sur le marché a été créer par l’un d’entre eux. Les plus célèbres sont les IFF ( International Flavours & Fragrances). Les personnes collaborant dans ces entreprises associent les talents de chimiste, de musicien et d’œnologue.
Les odeurs sont comme les notes de musique mais ce sont aussi des molécules qui travaillent ensemble et de différentes manières. Les parfum est tout autant une science qu’un art.
Chaque nez travaille avec une palette de 300à 500 parfums qu’il respire constamment pour bien garder les odeurs en mémoire. Les variations sont infinies. Certains nez ont un style, un ADN, une patte, comme celle de NJ et Thibault de la Fournaise ( créateur d’ôdevie) dont les marqueurs gustatifs sont similaires.
À eux deux NJ et BL, créent un concentré sur une idée de Cologne puissante et galvanisante, que des alcools différents, non neutres réinterprètent. « J’ai une certaine inclination à sortir des sentiers battus « , reconnaît le distillateur. Il ne s’agit pas là d’une fin en soi, mais d’une quête de sens et d’un refus des idées reçues. Après tout, spiritueux et parfums ont longtemps fait bon ménage. » Au point de n’être parfois qu’un seul et même produit, comme l’eau de Hongrie ».
Pourquoi ne pas travailler un alcool qui représente en moyenne 85% de la composition d’une fragrance ? Résultat : trois eaux de parfum sur la canne à sucre, les agrumes et les baies de genièvre, saluées par les spécialistes et à la clef, de nouveaux contacts. Là, auprès de grands parfumeurs tentés par l’idée de développer un alcool sur-mesure.«
Purée!!! NJ Tu nous vends du Made In France mais DROM c’est allemand!!!! T’as oublié la ville de Grasse!!!! Je note que les pages de DROM te cause normal, les codes sont ceux de ta clientèle…
« Le parfum obtient par l’intermédiaire du nez les mêmes effets que les autres parures obtiennent par l’entremise des yeux ».
Georg Simmel 1989 ( extrait de Philosophie de la modernité chapitre : Coquetterie)
Tu vois NJ , toi qui détestais l’école, ben t’es devenu un cas d’école qu’on étudie…T’avais raison lorsqu’à Beaune lors des « jours de Bourgogne » de me dire : »Il ne vous manque plus que la fourrure de Cruella d’Enfer ». Tu crois pas si bien le dire, à qui le dis-tu.
Call me: The Devil, yes, mais plutôt vu les trois parties:
AP /The Devil dies for French Spirits
# Parfums Distillerie de Paris
# Nicolas Julhès