Serge Valentin Part II

Suite de  https://thedevildiesforfrenchspirits.blogspot.com/search/label/Serge%20Valentin%20France-Ecosse%20part%20I

Seconde partie de l’article dédié à Serge Valentin

SV: Serge Valentin

LMDW: La Maison du Whisky

Je pense à ces bouteilles de Bushmill et de J. Walker dont mon enfance a été marquée (Enfin en même temps si j’avais accès à des éditions limitées maybe je changerai d’avis )
Dans l’introduction de mon blog j’évoque : « L’inconscient, d’histoire, l’héritage? Que rejouons-nous du point de vue de l’alcoolier, que renvoie l’effluve, l’amertume, la longueur en bouche chez les passionnés? »
 
J’évoque l’amertume, en effet, il s’agit bien de cette amertume au sens propre. Pourtant  SV, est drôle avec ce physique à la Mastroianni…
Serge Valentin façon cinémathèque et pas spirithèque

Une prise de pouvoir façon girl power dans ce milieu réputé masculins voir machiste.

Nous assistons à la passation entre les aïeux le flambeau cathartique, en effet les contributions d’Angus se font de plus de plus présentes sur Whisky Fun. De plus, Martine Nouet expatriée en Ecosse, ajoutez à cela la montée en puissance de Christine Lambert  son style scriptural…Une reine s’en va une autre lui succède.
Démocratisation, simplification de la ritualisation du whisky, évoque une nouvelle génération de consommateurs tout comme l’arrivée dans la curration vinique de Gabriella Vizzavonova face au retrait de Bernard Burtschy…
Les mentalités ont donc changé, tout comme de nombreuses femmes au demeurant indépendantes financièrement, ayant accès dès l’adolescence aux cursus estudiantins. Celles-ci à terme seront en mesure de challenger les hommes sur leurs propres hobbies de prédilection voir même de profession. Une victoire?
Photographie de Maximilien Struys
Martine Nouet
France Bouie fondatrice de Shake Well
Christine Lambert
The Whisky lady blog qui a crée le festival de whisky à Toulouse….Blonde,  féminine, manucurée et surtout vraie pro, connaisseuse du nectar whisky…
Je pense encore à Charlynne fondatrice de Trend Spirits, Trend Cocktails notamment… Qui s’est donné beaucoup de mal pour cette première édition…
Sans compter Delphine d’Emile et Marguerite fonceuse vêtue de sa cape entrepreneuriale
                                Delphine
 Nathalie fondatrice de Spirits Hunters
Sarah co-fondatrice de La Compagnie du Mieux Boire
 
      
  
« Dans mon enfance, en Argentine, mes parents m’avaient poussée à faire aussi bien, sinon mieux que les garçons…et depuis, j’ai toujours vécu péniblement le fait d’être une femme plus intelligente et plus brillante que la plupart des hommes. Avoir plus de succès que son mari peut susciter une sorte de haine meurtrière. 
 
Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie, mais un homme que j’ai autrefois aimé m’a en quelque sorte tuée. Je respire encore, mais il m’a tuée ! C’est ce que j’ai voulu raconter dans cette histoire. Il y a quelque chose dans l’intelligence féminine qui humilie les hommes, une grande partie du malheur des femmes vient de là. L’ego narcissique surdimensionné des mâles est à l’origine de presque toutes les grandes catastrophes humaines. Les femmes ne sont pas comme ça »
 
Marcela Iacub, Professeur à l’EHESS et écrivain    
 
 
 
 
King Kong théorie de Virginie Despentes (2007), invoque la réalité des rapports hommes-femmes nés du formatage par une société fondamentalement patriarcale, ainsi l’homme se doit d’être viril, dominer la femme qui ne connaît qu’une posture : la soumission.
L’auteur présente ses réflexions les femmes et par extension la féminité, au coeur notre société  stéréotypée. Il ne s’agit pas d’un pamphlet « féministe » violent ou dogmatique, mais d’une gueulante forcément contestataire envers tous les diktats (éducatifs, moraux, sociaux, religieux) plombant notre inconscient collectif.
Une oeuvre courageuse sans langue ni gueule de bois contre le trio : bien-pensance, tabous ancestraux, soumission du « sexe faible ». Les couilles d’engager sa parole, d’affronter, de déranger! Un bouquin cohérent, qui en jette bien plus qu’un discours chienne de garde/ FEMEN enragées qui se voit IN  en s’exhibant nues à la vindicte populaire le tout graffée, nimbée d’un bitch .
Les années 90’s incarnait les mecs badass, aujourd’hui partout pullulent ce mot badass excepté qu’il s’agit de femmes…Googolisez le terme badasses vous ne verrez apparaître que des nanas figures cinématographiques, voir de mangas. Hunger Games, Kill Bill, Queen of the South, Wonder Woman et j’en passe.
La femme du XXI’s? Une badass experte en whisky fumeuse de cigares telle que Camila Vargas? À sa vue moi-même, j’ai peur… Tempérament, appétence aux cigares, targuetter, sniper, shooter.
La série Claws évoque la métamorphose de femmes en badass: dans un petit salon de beauté de Floride, cinq femmes de caractère tentent de s’offrir une vie meilleure. À la tête de cette institut de beauté Miss Desna, tuteur de son frère handicapé mental, résiliente, décide de blanchir de l’argent au bénéfice d’un trafiquant sans vergogne. Fort heureusement l’amitié ainsi que le soutien de ses amies employées Jennifer, Ann, Polly et Virginia vont l’épauler dans cette aventure digne de Breaking Bad!!
Dans « Le pouvoir« de Naomie Alderman: ce roman se présente comme un récit historique écrit dans plusieurs millénaires par Neil Adam Armon, qui interroge l’origine de la domination féminine du monde et suppose, à la risée de sa correspondante, que jadis le monde était patriarcal.
Suite à une mutation génétique, les femmes se découvrent détentrice de supers pouvoirs, cela se manifeste avec quelques adolescentes dont les vidéos des exploits deviennent virales, puis le phénomène s’étend à toute la population féminine. Dès lors les hommes commencent à les éviter, des écoles non-mixtes apparaissent dans le seul but protéger la gente masculine. Les femmes victimes d’agressions se vengent, des révolutions féminines éclatent à Riyad ou New Delhi ville dans laquelle les viols au sein de la population féminine sont légions.
À ce titre, Naomie Alderman questionne la sexualité: les pratiques, la pornographie évoluent, intégrant par la même occasion l’éclectisme dans la conjuration du plaisir biblique. La pléthore d’agressions sexuelles d’hommes en est la résultante, qui plus est l’entrée sur le marché de nouvelles drogues permettent d’exacerber le pouvoir.
Cette inversion ne se passe d’ailleurs pas sans heurts: des armées masculines se créent afin de retrouver leur statut perdu. La série Motherland, s’est inspirée de Pouvoir au travers d’exemples tels que les armées féminines mettant galvanisant l’agressivité féminine.
Pour certaines, ce pouvoir est une intervention divine, de nouveaux cultes se créent, affirmant que Dieu est féminin. Un couvent fait office de sanctuaire à des femmes ayant conscience de leur puissance, la domination féminine s’appuyant  notamment sur la religion.
L’histoire se construit autour de la question suivante: « quelles seraient les nouveaux agrégats, habitus si
les femmes étaient craintes des hommes »La thématique a déjà été abordé, notamment dans l’utopie féministe Herland (1915) de Charlotte Perkins Gilman.
Ce roman anticipatif d’Alderman a cependant l’originalité de ne pas stagner dans l’utopie; la violence des rapports de domination persiste en demeurant ancrée dans notre réalité du XXI. Alors que la moitié de l’humanité est submergée par une angoisse face à  l’idée de voir la femme gagner en assurance provoque, interroge sur la façon d’utiliser ces nouveaux pouvoirs.
L’individu pourvu de toute puissance , est-il considéré comme un autre de surcroit dangereux, dérangeant? Quel est le laps de temps écoulé avant que cette puissance vous corrompe?
Dans son évocation d’un groupe de femmes, peut évoquer le travail de Margaret Atwood qui a été le mentor d’Alderman, lui suggérant l’idée du couvent. Les clés de lecture, d’interprétation du Le Pouvoir  peuvent être considérées comme l’inverse de La servante écarlate, dépeignant une société totalitaire érigée au son et pas d’ hommes.
The Boys se déroule dans un univers uchronique dans lequel des personnages aux pouvoirs surnaturels sont considérés tels des super-héros, intervenant pour le compte du conglomérat Vought International, cotée en bourse en charge de négocier les contrats de ces derniers.
Bien loin de leur apparence héroïque, la plupart d’entre eux sont corrompus et arrogants. Certains critiques/ stars du milieu me contait Serge Valentin seraient à la solde de l’industrie et de grands groupes que l’on pourrait assimiler à l’éthique douteuse des Boys ce qui nous emmène à définir, limiter le champs de compétences , la fonction de l’ influenceur, critique.
 
Serge Valentin: un influenceur amoureux de la contre-culture
« Loft Story » a vingt ans. Et les « influenceurs » semblent le dernier avatar de ces bouleversements médiatiques qui renvoie la télévision et ses cassettes VHS à un ancien monde .
Si Delphine de Vigan dans son dernier opus « Les enfants sont rois » décrit ce nouvel « écosystème » de l’influence,
Aurélien Bellanger au travers de « Téléréalité » semble presque regretter les grandes heures de la téléréalité érigée en « forme d’art compagne d’infortune de la télévision ».
Ces deux auteurs cheminent ainsi dans les méandres d’une nouvelle réalité médiatique où les réseaux sociaux jouent un rôle majeur.
« La téléréalité, a influencé de manière durable notre langage, elle a aussi défini les codes et les langage YouTubeur et Instragramer. Avec Internet, chacun peut créer sa propre télé-réalité domestique » . Delphine de Vigan.
Quant à Natalie Heinich dans son essai : « De la visibilité synonyme d’excellence, singularité du régime médiatique » examine l’ascension de l’élite sociale des XX-XXI ceux que l’on rassemble sous l’appellation, peoples. 
L’ambition de l’auteur est de rendre compte de ce mode moderne « promotion sociale vitesse grand V » dans toutes ses dimensions anthropologiques.
Dans cet ouvrage, par « visibilité », Heinich désigne cette qualité sociale, spécifique au régime médiatique: la reproduction, diffusion massive de sa propre image .
« Ce n’est pas la vedette qui est à l’origine de la multiplication de ses visuels, mais ce sont ses dernières qui en font une people ». Natalie Heinich
La notoriété se défini ainsi, en déminant toute forme de jugement, offrant ainsi un critère neutre quant à l’appréciation du capital visibilité. Celui-ci étant mesurable en nombre de like, d’abonnés, photographies, couvertures magazines et autres occurrences dédiées à sa propre effigie.  
 
À cette qualité première celle de « visibilité » correspond d’autre part un principe de dissymétrie, voulant qu’une inégalité numérique s’établisse entre l’individu vu et la majorité entre la personnalité consacrée par sa notoriété/ masse anonyme de ses spectateurs/ lecteurs.
« Cette propriété structurelle, souligne Heinich, prime sur les propriétés substantielles talent, héritage, beauté, charisme, etc. qui justifient l’accès au rang de personnalité ».
Elle classifie différentes type de personnalités médiatiques, réparties, hiérarchiquement selon l’origine de leur visibilité. Suivant une logique l’auteur panélise, oppose d’abord l’individu dont la visibilité représente
-une valeur ajoutée, (comme c’est le cas pour Serge Valentin) car motivée par une performance ou un talent 
 visibilité au  demeurant accidentelle
– visibilité  d’origine filiale patronymique au point de devenir une valeur endogène, lucrative (Paris Hilton).
Cette dernière catégorie est évidemment en grande expansion depuis les 80’s, avec un flux constant de concepts télé-réalités. Il est significatif que cette catégorie, soit ici simplement caractérisée dans des modalités en rupture avec l’idéal méritocratique depuis la Révolution ( X, Ena…)
« Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » Guy Debord.
Le phénomène spéculative : la flambée ( pas bananière) des spiritieux   
Il a peu LMDW organisait leur première vente aux enchères… On ne consomme plus, on spécule, le plaisir n’existe plus ou si peu manifestement.
La théorie du revenu relatif de James Duesenberry (1949) observe une certaine asymétrie dans le comportement de consommation. Pour expliquer cela, il évoque l’effet mimétisme venant des catégories sociales supérieures. Les individus restent influencés par leur environnent social avec cette tendance à aligner leurs comportements sur ceux des voisins.
Ainsi cherchant à imiter les classes supérieures, les défavorisés ou bien nouveaux riches ont une forte propension à consommer, phénomène que l’on peut retrouver au travers de la consommation effrénée: spéculation de grands-vins (nouveaux riches) en Asie, l’exemple du faussaire Rudy Kurniawan ( américano-asiatique)  et/ou encore dans la consommation du cognac dans l’imaginaire collectif américain
(voir article : une courte histoire du cognac).
 
C’est précisément cette dernière postulation que conteste Alain Caillé. La théorie du marché , pour exister doit opérer une scission entre ce qui a de la valeur marchande et ce qui relève de la gratuité: « les prix ne mesurent pas tant la rareté que le degré de soumission du rapport social à une axiomatisation marchande».
Avant l’existence de besoins susceptibles d’être satisfaits sur le marché de l’offre et la demande, il faut qu’une décision sociale, ait disjoint la sphère marchande de celle des relations non marchandes.
La théorie du marché dépend de la valeur sociale des sujets humains qui les produisent, la valeur des biens est ainsi indissociable de la valeur sociale des producteurs de spiritueux ici dans ce cas de figure.
Alain Caillé propose donc une nouvelle lecture de la consommation : la formation des prix prendrai naissance via cette l’hypothèse:  «même sur le marchés impersonnels, la valeur des biens est une fonction sociale  (au même titre qu’une trophy wife) de ceux qui produisent».
Il reprend à son compte une distinction déjà établie par A. Etzioni entre: valeur économique et valeur sociales des biens. Or cette dernière est inséparable de considérations morales dont la science économique se fout.
Etzioni prend pour exemple l’achat de biens que l’on considèrent comme « coupables/ hédonistes addictifs» mais non illégaux (cigarettes, alcools) et qui supportent les taxes spéciales comme c’est le cas des spiritueux ( droit d’accises) avec une préférence pour les produits nationaux plutôt qu’étrangers.
« C’est qu’il y a entre les choses du monde moderne et le bonheur, un rapport obligé. Une certaine richesse de notre civilisation rend un type de bonheur possible : on peut parler, en ce sens, comme d’un bonheur d’0rly, des moquettes profondes, d’une figure actuelle du bonheur qui fait, je crois, que pour être heureux, il faut être absolument moderne. Ceux qui se sont imaginé que je condamnais la société de consommation n’ont vraiment rien compris à mon livre. Mais ce bonheur demeure un possible ; car, dans notre société capitaliste, c’est : choses promises ne sont pas choses dues. » Georges Perec
Dans ce récit (1965) Georges Perec met au service d’une entreprise romanesque tout comme Zola, Balzac les enseignements de l’analyse sociologique. Fait particulier de ce roman, les protagonistes ne sont  pas  au coeur de l’interaction, mais bien les choses qui sont décrites en long en large et en travers .
L’œuvre de Perec traite d’une quête du bonheur à travers le consumérisme et sa vacuité. Les personnages sont matérialistes, leur boulimie d’achat est no limit, pas des bibelots, ou de vêtements, mais des marques. Leur conception du bonheur est intrinsèquement lié aux choses acquises, donc à l’asservissement de l’individu face aux objets et à la consommation.
À contrario Jean Baudrillard dans « La société de consommation» (1970) tente de trouver une seconde interprétation à ce mimétisme consumériste. Selon lui, au sein des sociétés occidentales actuelles, les relations sociales se structurent par la consommation massive. Dans cette approche, cette dernière n’est plus, le moyen de satisfaire ses besoins mais plutôt de se distinguer de la masse .
Pour rebondir à ce  sujet « Le spectacle »  de Guy Debord est à la fois l’appareil de propagande de l’emprise du capital sur les vies, aussi bien qu’un « rapport social entre des personnes médiatisé par des images ».
L’apogée, victoire triomphante de nos débits de CB, supplante à coup de matraque, karcher, la morale, le corps incarnant un objet de marchandisation.
Preuve à l’appui, la publicité utilise à des fins marketing, commerciales des représentations érotiques, il s’agit purement d’une censure des fantasmes. En effet ces derniers sont sacralisés par un jeu de signifiants, signifiés  sexuels, pour mieux lénifier les discours , désengorger les pensées.
Le pouvoir de la société de consommation est protéiforme à la fois destructeur, créateur  Thanatos/ Vierge Marie : ce qui est matériellement détruit est ainsi souvent recréé de façon factice sous forme de messages, symboles ou signes: emojis, smiles….
« Si la société de consommation ne produit plus de mythe, c’est qu’elle est elle-même son propre mythe. À un Diable qui apportait l’Or et la Richesse (au prix de l’âme) s’est substituée l’Abondance pure et simple. Et au pacte avec le Diable le contrat d’Abondance ».
Jean Baudrillard.
Serge Valentin serait donc une valeur sociale enfin tout du moins son palais, « son goût »… Tout comme le travail du master blender de Balvénie référence à la quille que se sont fait dérobées les épicerie Julhès ( Balvénie 50 ans) QG des bobos cultivant le mimétisme consumériste.
Éducation, transmission au grand dam des adversaires du consumérisme
Former le grand public dont je fais partie demeure primordial afin d’affûter le goût du consommateur d’une part. Paradoxalement, se sont les passionnés qui font et défont les tendances devenus objet de convoitise des services marketing. Baurdrillad, Debord, Perec sont certainement des adversaires de la surconsommation, cependant cette vulgarisation du bon goût permet à l’industrie des spiritueux d’exister de manière pérenne (création d’emploi, croissance, R&D, exportations, soft power géopolitique).
Nicolas Julhès se positionne comme un ardent défenseur du bon goût en usitant le terme: « esthétique du goût» au travers des salons Julhès qui furent pour toute une génération d’entrepreneurs: Baptiste Bochet, Rhumerie Parisienne…une source d’inspiration.
 
Concernant le volet didactique-éducatif: le magazine en ligne Spiritueux Magazine dont le fondateur Fréderic Bourgoin (Cognac Bourgoin) demeure une référence devrait être considéré comme le mag en line des jeunes afficinados, sa fonction première : la transmission l’apprentissage. L’écriture synthétique, claire, limpide se prête bien aux préoccupations des jeunes gourmets.
Nous y trouvons tout type d’alcools étrangers comme français, pour ainsi dire l’ambassadeur des spiritueux internationaux français: Frédéric Bourgoin. D’ailleurs, lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux spi, son blog a été salvateur… J’ai pu y apprendre le B.A.B.A, aujourd’hui encore, il demeure pour moi une référence.
 
Jamais de pub pour un produit.. Hors impressions gustatives, cependant, comme Serge Valentin, au préalable d’ une nouvelle dégustation, j’étalonne mon palais avec une référence pour chaque spiritueux.
Exemple avant une horizontale de Gin, je déguste du Citadelle ou celui de la Distillerie de Paris.
Pour le Calvados ce sera un Marie-Laure Leplat, pour du Cognac un Bourgoin, Armagnac un Laballe.
Ratafia : Maison Chopin…Tout comme le Diapason et le la.
Serge Valentin : Le Che Guevera du spiritueux contre l’Easy Drink et l‘uniformisation du goût (de la pensée)? 
Ma crainte, (ce n’est pas faute d’échanger avec les producteurs) l’uniformisation du goût. En effet, je vois inscris sur les étiquettes   « vieilli en … et finishing en… » À faire vieillir dans des fûts de whisky ou rhum des spiritueux d’un terroir français ou étranger, sommes-nous en train assister à l’uniformisation gustatif?
Je reviens sur les propos de Fréderic Bourgoin qui se définit comme terroiriste:
 
Sergio le Che du spiritueux a mis 86 points à  De Fre Bourgoin (ce qui est en soi plus que bien)!
En insistant sur ce côté terroiriste sans caramel ni colorant! 
La déliquescence de notre patrimoine gustatif? De nos spécificités régionales? Le lissage, l’homogénéisation des cultures, des physiques? Certains asiatiques optent pour la blépharoplastie, certaines africains ou des îles adoptent la rhinoplastie ethnique .
Gilles de la Strawball distillerie, évoquait sans filtre son incompréhension face à l’hégémonie de la Rolls Royce des alambics couronnée de prix, décorations : l’alambic Stupfler..Partant du postulat suivant: old school: le whisky devrait conserver son ADN gustatif par conséquent être produit, fabriqué à l’écossaise et non pas avec Stupfler.
Par conséquence, le combat de Serge Valentin s’inscrit gustativement dans la verve de la contre-culture du latin contra,  contre-culture désignant un ensemble de manifestations culturelles, d’attitudes, de valeurs, de normes utilisé par un groupe, qui s’oppose à la culture dominante ou la rejette.
C’est dans à ce propos dans les années 70’s que le terme contre-culture caractérise l’explosion des mouvements contestataires de la jeunesse du monde libre envers la domination culturelle de la bourgeoisie, en particulier dans cet article : envers et contre le «  Easy Drink ».
Alambic Stupfler
Alambic Pot Still
Alambic charentais
Alambic armagnacais
Alambic Bourguignon
Dans le milieu viticole le phénomène, parkerisation a déjà fait des émules. De nombreux viticulteurs rencontrés relataient l’effet Parker ( est-ce une légende urbaine? ) : produire des vins selon les sensibilités gustatives de ce dernier … pas de fumée sans feu.
Nous n’avons pas encore assisté à de telles manœuvres dans le secteur des spiritueux, effectivement SV ne vit pas de sa curration gustative, contrairement à Parker.  Cela offre un champ des possibles, liberté aux distillateurs dans les processus fabrication, perspectives créatives. (Les notes chez l’un comme chez l’autre tablent sur 100).
Pour autant la notation (rating) pourrait se révéler inquiétante, le quotidien des citoyens serait différent en fonction des appréciation chiffrées, si celles-ci n’entraient pas dans ce standing compétition à savoir  définir tous objets, personnes dignes ou non de Standard and Poor, Moody’s…
Le développement de la culture de masse a donc entraîné la modification productives des régions viticoles: utilisation à gogo de pesticides, d’engrais…Cela sonne le glas d’une érosion des culture populaires (donc gustatives), la dissolution entre autres des liens sociaux, familiaux (plus de déjeuner dominical) au profit d’un monde devenu ultra-consumériste: visionnage boulimique de séries streaming, replay, addiction aux jeux vidéo, gamification des activités sociales, consommation spiritueux devenue ordinaire, pornographie banalisée, invasion des musées par les marques, etc.
Dieu est devenu culte de la légèreté amusement, de la transgression, le refus des contraintes, la quête de sensations d’ivresse.
 
Plus aucun espace n’échappe aux productions culturelles du capitalisme hypermoderne.
 
À travers No Logo (1999) s’agençant tel un quadriptyque  Zéro espace, Zéro choix, Zéro boulot et Zéro logo, Naomi Klein dresse un état des lieux de la société de consommation en examinant les stratégies utilisées par les marques pour mieux saturer la vie quotidienne des consommateurs. Naomi Klein tente de dresser un bilan de la mondialisation économique en particulier du pouvoir grandissant des multinationales, face au mouvement de résistance .
« La Société du spectacle » se veut essentiellement une critique de la marchandise et de sa domination sur les individus, l’auteur  y voit une  forme particulière d’« aliénation »  issue société de consommation. Cet ouvrage analyse les processus d’individualisation dans la société post-industrielle 60-70.
Guy Debord prolonge dans cet essai la critique du fétichisme de la marchandise que Marx développe  dans « Le Capital» (1867), elle-même extension de la théorie de l’aliénation exposée dans ses «Manuscrits» ( 1844).
La réflexion de Debord consiste à décrire l’avancée contemporaine du capitalisme via notre quotidien, c’est-à-dire dans son emprise, prisme sur le monde via la marchandise.
Depuis l’introduction des chaines de montages dans lesquelles le travailleur est séparé de ce qu’il produit, d’abord par le taylorisme, puis fordisme et enfin par toyotisme. Les années 1950 ont créé  une interaction sujet/consommateur engendrant la dichotomie: besoins primaires / industries socio-culturelles. Celles-ci ont un impact à l’heure d’aujourd’hui. En effet l’exemple  même stéréotypes du jeune branché ou du rebelle deviennent des modèles de comportements à suivre, faisant de notre individualité un pastiche d’une reproduction consommable, interchangeable .
« Tu t’es vu quand t’as bu ? » À la recherche des jeunes adultes dans les représentations télévisuelles de l’alcool (1978-2016) de Sébastien Le Pajolac.
Selon Debord, le concept de spectacle se réfère à un mode de reproduction de la société fondé sur la reproduction des marchandises, toujours plus nombreuses, identique. Il est le stade achevé du capitalisme un pendant concret de l’organisation de la marchandise.
« La Société du spectacle » est une idéologie économique, en ce sens que la société contemporaine légitime l’universalité d’une vision uniforme de la vie, en l’imposant aux sens ( ici gustatif) et à la conscience de tous, via une sphère de manifestations audio-visuelles,  économiques, toutes solidaires les unes des autres. Ceci, afin de maintenir la reproduction du pouvoir et de l’aliénation des populations.
Dans les sociétés spectaculaires, la marchandise devient le vecteur, le dispositif des conditions économiques sociales qui les produisent. Debord décrit l’évolution de la société spectaculaire en ceci que ces rapports marchands se sont totalement fondus dans la société à tel point qu’ils sont devenus systémiques.
« Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération. Mon seul et unique crédo : sois belle et consomme. Je m’appelle Hell, j’ai 18 ans je vis à Paris  dans le 116, je me défonce à la Coke, je suis griffée de la tête aux pieds, je ne fréquente que des filles et des fils de, chaque semaine je dépense  l’équivalent de votre revenu mensuel et  je baise comme vous faites vous courses ».
Extrait d’Hell de Lolita Pille (2007)
Cette uniformisation des comportements, des aspirations se présente comme l’affranchissement de toutes les contraintes (sociales, spatiales, temporelles, etc.).
Whisky Fun mène une critique tambour battant, voire l’expression d’un refus intransigeant face au mode de vie capitaliste, démontrant de manière sibylline que notre civilisation du loisir participe à la domestication des palais,  créant simultanément un nouveau type de goût:  l’« Easy Drink » .
Au delà du ce dernier, se sont les rapports de domination entre conglomérats et individus : Constellation Brands, Pernod Ricad, Diageo…Serge Valentin et son blog prennent le contre-pied de ces abdications en s’inscrivant dans une tradition de critique contre le mode de consommation massale (aliénation gustative et du spectacle ritualisation mondains du spiritueux).
Il ravive en mettant en exergue la manière dont certains avatars de la culture de masse (whisky bas de gamme, cognac insipides, rhum au sucre..) omniprésents (soirées étudiantes, festives) plus efficients que jamais , prêts à laminer les petits producteurs pour mieux baillonner le « bon goût ».
AP
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