Serge Valentin Part I " Whisky Fun". Une note de dégustation, c’est une photo d’un whisky.

Serge Valentin, est un l’influenceur précurseur en terme de curation gustative…Je ne cesse de me questionner sur ce qu’est le bon, le mauvais, ce qu’est l’esthétique du goût… Un questionnement sans fin…
Enfin, je n’ai pas jugé astucieux de rédiger classiquement le profil de Serge Valentin, je pensais plus intéressant de mettre en perspective ses propos jumelés à l’actualité sociétale notamment la disparition de Tom Moore dit  » Captain ».
Version officielle extraits tirés du journal l’Alsace 28 mai 2018
En surfant sur internet, les références à son statut de fin spécialiste du whisky sont légion. Pléthore de médias, notamment étrangers, n’hésitent pas à parler de Serge Valentin, non pas comme une référence, mais bien comme la référence en matière d’eau-de-vie maltée. Mieux encore, il « influence le monde » de ce spiritueux, estime Le Figaro-Vin …
Il est « le malt maniac français », « le pape du whisky », commentent pour leur part les rédacteurs des sites Slate et Passionduwhisky.com. Difficile alors d’imaginer que ce dernier puisse avoir un pied ailleurs que dans la tourbe écossaise. Et pourtant ! Serge Valentin vit au milieu du vignoble près de Colmar. C’est de là qu’il anime whiskyfun.com, son « journal de dégustation en ligne ».
Version The Devil dies for French Spirits
Lecteur qui me lit tu vas avoir droit à un petit extrait de ma ligne éditoriale, lorsque je sévis sur mon autre blog dédié à l’art… Pas même registre syntaxique, lexical et surtout pas le même totem, fétiche! !
L’esthétique, cette science des sensations, ne s’occupe pas que de celles relatives au toucher et de l’odorat; quoi agissant sur nous plus fortement, elles sont cependant trop « trasho » pour avoir quelques rapports avec les beaux-arts ou arts plastiques, ces derniers ne se sont que pour « vue » selon les dires.
Néanmoins au XVIIIe siècle, F.Milizia rappelle « la pseudo supériorité » du visuel et du sonore dans le domaine de l’esthétique, des arts,  à l’opposé des sens de proximité considérés comme  » bas  : le goût, l’odorat et le toucher » . 
Cette hiérarchie des sens est gardienne d’une histoire, dont témoigne la fortune de la métaphore lexicalisée du goût pour désigner la sensibilité du palais.
Au croisement de distillation et de celle des sens, l’articulation entre la perception visuelle et celle des        « facultés sensorielles dites basses » dans les lieux tels que les distilleries, salons cafés, bars, ou encore dans les boutiques, contribuent d’une part l’existence sociale puis aux nouaisons sensorielles intempestives, comme sources contributrices à une histoire de l’esthétique gustative par une approche matérielle sensorielle.
Les processus sensoriels réputées basses dans leur acception littérale sont par exemple l’interdiction de toucher l’alambic, la formalisation de la « bonne » distance à observer dans les espaces de production, ou bien encore les effluves pour souligner leur proximité avec le distillateur, leur familiarité avec son travail.
Ils impliquent un contact, en prenant du recul au profit d’un rapport plus viscéral au produit, les sens réputés bas sont censés agir davantage sur le corps que sur l’intellect. Ce qui est loin d’être le cas de figure au sein d’une distillerie.
De la bonne distance sensorielle: olfactive, gustative. 
 
Serge Valentin, Alexandre Vingtier, Nicolas Julhes, Cyril Mald ritualisent l’approche du spiritieux au travers du verre Tulipe, la distance entre le nez, position verticale de l’outil.
Haut et ventru avec les bords resserrés pour concentrer les arômes, il est le verre le plus adapté pour déguster n’importe quel spiritueux et crus. Il existe des verres spécifiques pour les dégustations, les verres INAO qui répondent aux normes AFNOR.
Le goût, le toucher, l’odorat ont également permis de métaphoriser un type de savoir singulier que l’on se représente comme incarné et moins intellectuel, et de ce fait rétif à toute verbalisation.
Serge Valentin
Cyril Mald & Alexandre Vintgier
Nicolas Julhès
Une forme de connaissance innée, instinctive, héritée, mais aussi de l’intime autant de connotations associées aux sens de promiscuité que l’on retrouve dans notre champ lexical: avoir l’œil, avoir du goût, du tact, du flair, être touché, je ne peux pas le blairer.
La circulation entre les sens et les interactions créatives au travers de la synesthésie. Le regard, le nez saisissent la dimension haptique: la perception gustative est intimement liée au tandem gustatif /olfactif. Le questionnement « des sens bas » de met en exergue la compréhension non seulement de la nature  accompagnée de l’intensité de l’expérience gustative, mais aussi les modèles sensoriels régissant alors le rapport de la société à ses tradition séculaires.
Que renifle-t-on?  Le parfum, amplificateur de l’âme. L’odeur est notre ADN, « Le parfum, c’est l’odeur plus l’homme » Jean Giono.
 
Mawtini de Hratch Arbach
 
L’odeur du sang. Quand le parfum s’élève au rang d’Art, seule l’émotion importe. La collaboration avec l’artiste syrien Hratch Arbach, pour son œuvre Mawtini, inscrit le parfum dans l’actualité sombre et funeste de l’année 2014. »
 
L’odeur de l’argent par Sophie Calle
 
Le souvenir d’un billet d’un dollar usagé sert de point de départ : une odeur de papier de lin, l’animalité de l’encre d’impression, les salissures des manipulations successives. Une création présentée à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain. Première carte blanche créative offerte par l’artiste Sophie Calle.
 
Eventail parfumé de Sylvain Le Guen
 
Fruit d’une collaboration en Mai 2011 avec l’artiste Sylvain Le Guen, à l’occasion de la célébration des 10 ans de l’atelier de parfum sur mesure de Francis Kurkdjian. L’imagination extraordinaire de l’artiste et sa fascination pour les touches de papier parfumé ont donné naissance à un éventail poétique d’un infini détail, véritable hommage à la beauté du geste.
 
Numéro 13 de Christian Rizzo 
 
Novembre 2003 et octobre 2004. Série de quatre parfums composés pour une performance commandée à Christian Rizzo par la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain et le Mudam à Luxembourg. Le parfum final étant le résultat des effluves de fleurs évadés des costumes des danseurs mêlés à ceux de leur corps en mouvement.
Napoléon à Joséphine
« Ne te lave pas! J’accours et dans 8 jours je serai là ».
Ritualisation et vecteur de convivialité: une liturgie gustative
 
Mathieu Sabbagh fondateur de l’Alambic Bourguignon dans Gueuleton sacralise la convivialité en nous conviant autour de l’alambic dans sa fonction sociale, vecteur du collectif. Une première approche lumineuse, saine, sereine du rapport à autrui, au monde.
Mathieu Sabbagh dans Geuleton
Néanmoins, lors de mes dégustations saisonnales, je piétine volontairement « la Tulipe » mais oui!  Pire que tout je suis au goulot! Direct.
 
(Personne au moins ne prendra le risque de me voler mes samples) .
Au delà  de cette impression imaginaire « briser les codes » d’être rebelle… À l’instar de ces ados au jean déchirés en se croyant ultra in, à la mode. Envisager la critique gustative sous l’angle des sensibilités permet l’émergence entre évocation des sens bas/ émotions suscitées par les produits au sein desquels les seuils de sensibilité s’arrogent le droit à la transgression.
Ritualiser demeure un acte de conjuration, ce verbatim désangoisse, tout comme ces anorexiques orthorexiques, dans la ritualisation pour mieux lutter contre les kilos, les calories, besoins obesessionnels d’alimenter cette faim sans fin, de l’indice glycémique, du gras saturé…Podomètre, brûleur de graisse, capteur sucre…
À l’effigie de la célébration eucharistique dont la fonction matriarche participe à la communion avec le Christ, les fidèles se délectent de la liturgie orale dans laquelle se perpétue le sacrifice du corps et du sang du Jésus. Deux visions faisant foi syncrétique notamment dans une « liturgie gustative» à mettre en perspective avec ce rituel de l’esthétique du goût.
Les individus manqueraient-ils de religiosité? L’église ne parvient plus à convaincre, la désertion des synagogues, les temples protestants les chiffres n’ont jamais été aussi bas… Je pense au contraire que nous n’avons pas perdu de notre spiritualité, nous l’avons tout bonnement déplacé. Les masterclass lors des Whisky Live ou Fest Rhum aussi bondés qu’un office dominical..entre un quotidien pas funky, une vie pour certains subie: l’ivresse collective se révèle médicinale, pansant nos maux.
Nommons dès lors le prêtre Serge Valentin face à ses ouailles!!
 
Depuis que je mène cette extrospection auprès des alcooliers, je découvre petit à petit les liens familiaux unissant pharmacopée et distillation… « Sœurs de lait ». Comme je le mentionne régulièrement, je cartographie « le bon goût à la française » en passant irrémédiablement par l’histoire de France et celle la distillation.
Les alcools d’antan étaient considérés en France tels des soins,  thérapeutiques chimiques. Nous retrouvons d’ailleurs à ce titre au sein des sociétés africaines-asiatiques, des guérisseurs, chamanes dont le rétablissement de la patientèle se nourri d’abord de «symbolique» croyances légendes, contes,  incantations, concoctions voir de produits menant à l’ivresse si ce n’est un état second (transe).
À mettre en corrélation avec la liturgie gustative tant dans la ritualisation que dans la portée, car l’ absorption de ses remèdes s’exécutent publiquement ou en famille, la phase transe communiant collectivement.
Photographie de Maximilien Struys
Photographie de Maximilien Struys
 
Critique sensorielle et traditions séculaires culturelles 
Ayant bien visionné les 3 vidéos ci-dessus, j’ai de suite pensé aux travaux de Levi-Strauss dans «  Mythologies ».
« Tous les observateurs ont noté avec raison que le rituel assigne aux objets une fonction s’ajoutant à leur usage pratique. Il n’accomplit donc pas des gestes, ne manipule pas des objets comme dans la vie courante. Le rituel substitue plutôt les gestes et les choses à leur expression analytique. Les gestes exécutés, les objets manipulés, sont autant de moyens que le rituel s’accorde pour éviter de parler» 
« La fluidité du vécu tend constamment à s’échapper des mailles du filet que la pensée mythique a lancé sur lui, pour n’en retenir que les aspects les plus contrastés. En morcelant des opérations qu’il détaille à l’infini et qu’il répète sans se lasser, le rituel s’adonne à un rapetassage minutieux, il bouche les interstices, et il nourrit ainsi l’illusion qu’il est possible de remonter à contresens du mythe, de refaire du continu à partir du discontinu »
Les banquets: liturgie gustative, rassemblements initiatiques au collectif et la bonne chaire
Les banquets «  entoilés » les plus connus ont été peint dans un monde qui au XIV’s et XV’s était souvent dévoré, animé par la faim. Les châteaux, palais, urbanité de l’aristocratie apparaissent comme « partouzes, gang- bang » de goinfrerie.
 
Lorenzo Monaco. Le banquet d’Hérode (1387-88)
Tempera sur bois, 67,7 × 33,8 cm, musée du Louvre, Paris
 
Chansons françaises de la Renaissance du XVIe siècle
Manger plus et manger mieux (slogans médiatiques linguistiques «  se nourrir » du XX ‘s-XXI’s reprit à la sauce obésité) sont en effet des privilèges de ce groupe social qui dans ses réunionnites se déhanchent, trouvent de nombreuses occasions pour s’encanailler les ripailles.
    Paolo Caliari « Les noces de Cana »
Faculté des Lettres de Sorbonne Université
Costanzo Festa (c. 1485-1545), compositeur italien de la Renaissance
Jacopo Bassano « La dernière cène »
Les banquets les orgies fascinent parce que dans notre imaginaire par leur côté glamour élitiste. Caligua et Néron seraient aujourd’hui associés au porn food.
Au XVIII siècle, les libertins tels que Sade et Casanova étaient également de très grands mangeurs et ont abondamment écrit sur leurs repas ainsi que sur leurs aventures bibliques. Casanova était un épicurien, un gourmet si l’on peut le nommer ainsi, d’ailleurs, il avaient créer un jeu à base d’huîtres (Histoire de ma vie). 
Sade quant à lui devient un grand vorace lorsqu’il est fait emprisonné à la Bastille, sa femme lui lire des objets sexuels, accompagnés de toutes sortes de victuailles, denrées… Il finira obèse! Assurément, il existe de nombreuses similarités entre que l’on introduit dans notre bouche: le fameux stade oral freudien et la pénétration/ fellation.
  Donatien Alphonse François
de Sade
Le rapport singulier que les sens bas entretiennent avec la promiscuité, jouant un rôle catharsique dans l’appréhension des registres sensoriels, débats esthétiques gustatifs : opposant d’un goût rugueux, puant tel que le MOUTAI/ Duriand à un produit destiné au grand public Gin Citadelle.
                 
Les critiques spiritueux tels que Serge Valentin convoquent abondamment « les sens bas » dans des métaphores destinées à exprimer leurs jugements notations. Il suffit de parcourir  chacune de ses notations d’une bonne vingtaine de lignes bien loin du marronnier.
À l’aune des revendication paritaires, « la critique genrée » « sens bas » : les préjugés gouvernant la hiérarchie des sens sont à de nombreux égards, soumis à des dynamiques genrées ; les femmes un temps discriminées (dans la limite de la critique spiritueux en France) jusqu’à «l’apparition » de Martine Nouet au nom de leur dimension incarnée, de leur approche réputée moins intellectuelle, mais aussi de leur sororité gustative.
Critique sensorielle et traditions séculaires culturelles 

… »Autant pour le vin nous avons identifié que le nez avait son importance autant sur les spiritueux je trouve que c’est un parent pauvre un peu abandonné ! Pourtant le monde de la parfumerie et du spiritueux sont très proches, (distillation, infusion…). 

 

En réalité pour moi un spiritueux c’est avant tout une aventure olfactive, Enrico Bernardo (meilleur sommelier du monde en 2004) ne dégustait presque jamais un vin, il n’en avait pas besoin tout simplement! Dans une interview il disait que lorsqu’il goûtait c’était de manière exceptionnelle, pour confirmer une impression.

 

Je partage presque ce point de vue à la différence qu’il existe un certain nombre de spiritueux qui n’ont pas la bouche de leur nez. Ce n’est pas énorme mais ça vaut le coup de confirmer à chaque fois pour moi, comme cela on est certain »…

Les conceptions évoquées déterminées par la focale du champ historial, culturel, présente dès lors une perspective comparatiste que j’ai  opté en questionnant ces héritiers ou nouveaux aventuriers du goût.
Si les celles-ci associées aux sens « réputés bas » nous permettent d’apporter un éclairage nouveau sur la critique gustative, celle-ci, en retour, nous renseigne sur l’histoire des sens en mettant en lumière les modèles critiques sensoriels au delà des productions alcooleuses prévalantes; dans notre cas de figure ici: Serge Valentin.
AP
# SERGE VALENTIN
# WHISKY FUN

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