La goutte : la goutte, la goutte, la goutte Papa!
Avis aux lecteurs: le live est la ligne éditoriale, pas de retouche syntaxique, ni grammatical.
J’ai donc benchmarké les distilleries bouguignonnes sur l’ami ou le grand ennemi Google… par ailleurs sur mon FB j’aperçois de nombreux d’afficionados du monde des spi likant le compte d’Anne…finalement je décroche mon téléphone sans plus attendre…
Allo? J’ai appréhendé notre RDV, en effet la distillerie Anne Mean demeure confidentielle, je n’ai donc pas trouvé d’avis et ou de critiques sur sa production. Et il faut bien l’avouer, je suis habitée par des archétypes en pensant (à tort) que le métier de distillateur serait avant tout une affaire d’hommes.
En dépit du fait que je suis une fille, amatrice de spi en talons aiguilles en robe moulante, rouge à lèvres rouge, fumant le cigare et je suis c’est plus fort que moi réact! Je me suis tapée l’affiche comme dirait-l’autre: la te-hon car Anne me fait remarquer au cours de notre entretien que mon stéréotype est plus qu’arriéré…
Après avoir rencontré François Moutard j’ai été rassurée… en effet, celui-ci a été plus ou moins formé par le père d’Anne lorsque les Champagnes Moutard souhaitaient distiller leur Marc à la distillerie Mean il y a maintenant 30 ans.
« Le père n’a jamais été avare en conseil, toujours très généreux de son temps, les chiens ne faisant pas des chats, vous êtes bien tombée ».
Anne m’accueille à la gare de Tonnerre tout comme l’avait fait François cette même semaine. L’entretien débute durant le chemin en voiture. Elle m’indique être « médiéviste » passionnée par la période médiévale, ce qui explique sa passion pour les alcools anciens, ce côté apothicaire, pharmacopée. D’ailleurs, c’est assez drôle, nous retrouvons encore ce marqueur du médical, en lien avec la distillation.
La distillerie Mean est installée derrière les décombres enfin ce qu’il reste (2 tours cylindriques ainsi que les douves) d’un château ayant appartenu au Marquis de Louvois (François-Michel le Tellier de Louvois).
Mes Grands-Parents étaient agriculteurs, mon père l’était lui aussi jusqu’en 1975. Cette année-là ( pas vrai Claude- François 🙂 mon père rencontre un bouilleur ambulant « Pierron », j’étais alors âgée de 10 ans. Mon père m’annonce ceci: « Lorsque Pierron prendra sa retraite, je prendrai sa succession ». C’était à l’époque pour nous, une seconde activité.
Lors du 1er hiver, la période de distillation a duré 2 mois, puis a augmenté graduellement d’année en année. En effet, il a été sollicité petit à petit par les villageois des environs. C’est ainsi que l’histoire a débuté, mon frère est revenu sur la ferme, et s’est mis à travailler avec mon père. Ce dernier distillait, quand l’autre s’occupait de la production maraîchère, puis le point de vente a été créé. En 1984, mon frère a complètement repris la ferme, puis je suis arrivée.
Aviez eu le choix de reprendre la succession de votre père ou vous l’a-t-il imposé?
Lorsque j’avais 10 ans, un après-midi j’ai accompagné mon père et j’en suis ressortie émerveillée, la matière première: produit pas forcément propre ragouteux, ressortant limpide, beau, blanc distillat, l’ambiance, quand je suis revenue le soir enthousiaste : « Je ferai la goutte, lorsque je serai grande! » Non, je l’ai choisi.
J’ai la souvenance de poires que l’on déposait dans l’alambic et par lequel ressortait le distillat, ce nectar puissant aromatique, c’est ce côté alchimie, magique que je trouvais fascinant. Oui on peut appeler cela une vocation.
D’ailleurs pour quelles raisons nommez-vous cela « la goutte »?
À la campagne nous disons ceci: « on boit la goutte », car nous en buvons peu, c’est aussi la goutte qui ressort de l’alambic, et surtout on ne peut pas boire un fût d’une traite! Je voulais être pharmacienne, je voulais déjà créer des produits, au milieu de l’année scolaire en première scientifique, je me suis rendue à Châtillon rencontrer un pharmacien qui fabriquait encore ses produits: le lait, les concoctions, et cela me fascinait la création médicinale, le maniement des plantes, des herbes, le côté potion.
Il me dit: » Mais il ne s’agit plus de cela aujourd’hui! » Je suis donc ressortie effarée, sonnée. « Non ce n’était pas cela que je veux faire, je voulais être apothicaire! Je refais la goutte alors! «
Mes parents ferraillaient contre vents et marées: « Passe ton bac d’abord »! Du coup j’ai effectué ma terminale sans passer mon bac!
Je suis d’ailleurs très étonnée vu les stéréotypes ancrés dans mon inconscient, que l’on puisse déjà « détenir » en soi une vocation de cet acabit enfant.
Ma mère était fonctionnaire et souhaitait il me semble une certaine sécurité et franchement, j’ai passé un concours dans la fonction publique. Lors des oraux, parmi les questions posées je tombe sur les fonctions du maire, autant dire que je n’ai pas botté en touche, mais le style, la profession, la perspective fonction publique ne m’enchantait guère. J’ai un peu déchanté.
Les douanes un rapport pas si compliqué que cela.
J’avais dans mon inconscient une idée préconçue : douane synonyme de répression et pas forcément sympathique…
Au regard des autorisations d’ouverture de distillerie, il faut s’adresser aux douanes, puis une autorisation préfectorale est nécessaire pour distiller, ensuite les douanes reprennent le suivi. Depuis 1993, ce sont les douanes qui sont en charge de la réglementation, avant eux: le service des impôts. Lorsqu’il y a eu une restructuration de la fonction publique, ils ont par la suite délégué cela au service des impôts. D’ailleurs au sein de ces derniers, existait un service dédié aux distillateurs : « la volante » nrdl : la répression des fraudes. Je les ai toujours considérés comme des personnes à qui je pouvais demander des renseignements.
Merci, Anne pour l’historique et pour votre témoignage.
Si je suis bien votre raisonnement dans l’inconscient collectif, la distillation est donc assimilée à l’interdit ?
Je pense notamment à la prohibition aux USA.
Dans le passé, l’alcool était très précieux, j’ai d’ailleurs beaucoup lu à ce sujet et je peux vous assurer qu’à l’époque, l’activité était tant surveillée que les gens fraudaient. Des « descentes » avaient lieu afin de trouver la goutte, les propriétaires d’alambic stockaient ceux-là dans les fermes, c’était donc très tentant de distiller à l’abri des regards.
On les appelait des « rats de caves », en effet, ils descendaient dans les caves contrôler. C’était un produit très contrôlé, aujourd’hui cela peut paraître anodin, car peu de gens consomme de la goutte enfin le marc et la fine étaient des denrées rares, recherchées. Cela était aussi surveillé que la drogue aujourd’hui.
Maintenant les répressions des fraudes préfèrent porter leur attention sur le cannabis: drogue douce, drogues dures. L’alcool était considéré comme le cannabis si l’on peut dire. Nous sommes assujettis à bon nombre de taxes, et il est normal que nous soyons à ce titre « étudiés ».
Par exemple sur une bouteille de Marc : (nous sommes taxés au degré : droit d’accise), TVA, droit de consommation et vignette de sécurité sociale : j’honore 50% du prix de ma bouteille mensuellement, sans compter le RSI, IS, Impôt sur CA… C’est pour cela que l’alcool est un peu cher, nous sommes un peu des percepteurs car à chaque fin de mois, nous effectuons nos virements. Nous avons un logiciel dédié aux douanes et nous rentrons les chiffres à chaque opération.
La retraite des alambics …
Lorsqu’il n’est pas utilisé. Législateur oblige les propriétaires à détruire l’outil en question.
Votre premier émoi olfactif ?
Une eau-de-vie de banane, c’est un client qui m’a demandé cela, avant 2001 je crois, c’était magique, j’ai adoré, cela m’a beaucoup ému.
Consommez-vous vos produits ?
Je ne goûte jamais ma production, parce que ça ne va jamais, je suis tellement exigeante… Afin de « calibrer » au mieux, j’ai mon comité de travail constitué d’amis avec chacun leur spécialité : un fan de Marc, une autre pro d’Hypocras… Ratafia…Eux valident ou non. Les eaux de vie ne sont pas mes produits préférés, je préfère la Gilane, Hypocras, Ratafia dans les cocktails.
Distribution
Nous avons des particuliers, aussi des grandes surfaces locales qui nous distribuent.
Production
3000 bouteilles de spiritueux et 2000 bouteilles d’hypocras. Toujours en direct, grandes surfaces locales. Je travaille avec le château Guédelon avec 300 000 visiteurs par an, ils affichent mes produits Hypocras, Ratafias, crèmes. Je pensais à ce moment précis au Puy du Fou Oui, en effet mais encore faut-il pouvoir suivre la production ! J’ai préféré privilégier une qualité de vie et non pas la quantité de production. D’ailleurs, vous allez rire, mais mon premier Hypocras je l’ai goûté au Puy du Fou !
Moi et mes clichés
J’ai toujours pensé que cette profession très virile ; la preuve, il n’y a pas beaucoup de femme sur ce blog, hormis moi ! Intriguée je me lance donc : la séduction et l’alambic ? Comment cela se déroule ? Réponse : non, pas de problème en particulier. Cela intrigue mais sans plus.
Votre succession?
Ma fille très probablement qui après réflexion et s’être réalisée professionnellement.
Elle a une formation d’assistante sociale mais exerce dans le tourisme.
Non là? Un seflie? Mais je suis moche, il faut que je me peigne!
AP
# DISTILLERIE MEAN




